‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 66 sur 154 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

verte. Les paysans n’ont pas le droit de les chercher partout où ils veulent , et ne peuvent déblayer que celles qu’ils rencontrent par hasard dans le champ qu’ils cultivent. Ceux qui vendent les objets antiques qu’elles contiennent encourent une forte amende ; ils doivent les conserver dans leur chaumière comme un dépôt sacré , ou les remettre , contre une indemnité proportionnée à leur valeur, aux agents de l’autorité qui les font passer au Musée d’Athènes. Malgré les précautions prises pour conserver à la Grèce ces trésors convoités par les étrangers , le paysan grec les vend néanmoins, et très cher, aux rares voyageurs qui passent, et il fait lui-mèrae des fouilles en secret. Voici le stratagème qu’il emploie pour se soustraire à la surveillance de l’autorité : il s’arme d’une longue baguette de fer qu’il dissimule le mieux qu’il peut sous ses longs vêtements, et l’enfonce dans la terre à l’endroit où il présume devoir trouver une tombe. Si la baguette rencontre une de ces excavations , elle en ressort fortement oxidée par les gaz délétères qui s’en dégagent. Le paysan marque la place, y revient pendant la nuit , y creuse un trou le moins grand possible, y engage, au risque de périr asphyxié , la moitié supérieure de son corps , et ramasse tout ce qui lui tombe sous la main. Le sol de la Grèce renferme à coup sur des trésors enfouis et ignorés ; le temps n’a pu dévorer ni anéantir toutes les oeuvres d’art qui ornaient ces villes si riches et si somptueuses, dont il ne reste que quelques pierres à la surface ; ils existent sans

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doulc , enterrés par les bouleversements qui ont changé la face du terrain. Si des fouilles avaient lieu , persévérantes et bien calculées, les Grecs retrouveraient à se dédommager amplement de la perte de tous les chefs-d’œuvre qui leur ont été enlevés à une époque où ils ne pouvaient défendre, contre un vol sacrilège , cet héritage sacré de leurs ancêtres.

De nombreuses contrefaçons d’antiques s’expédient d’Allemagne aux paysans grecs, qui réussissent d’autant mieux à ce petit commerce qu’on ne les soupçonne pas. Ce sont de petites urnes , des fragments de pieds et de mains en bronze , des statuettes empreintes d’une couche factice de vétusté , à laquelle il est impossible de ne pas se méprendre. En passant dans un petit village , presque au sortir de Corinthe , mon guide fut reconnu par un paysan qui se trouvait sur sa porte et qui s’opposa à ce que nous allassions plus loin avant d’avoir accepté un verre de raki. Tout en buvant , mon guide lui demanda s’il n’avait point quelque curiosité à vendre. Le pauvre homme, n’ayant point été prévenu que je savais le grec, lui répondit franchement : « Si c’esl « pour toi, je n’ai rien à te donner maintenant; si « c’est pour ton maître, j’ai là des contrefaçons de « statues et de vases; il n’aura qu’à choisir; je ne les « lui vendrai pas cher. » Dimitri se prit à rire en se tournant vers moi ; cela me fit rire aussi, et nous repartîmes au galop , en souhaitant le bonsoir au paysan qui resta tout ébahi à nous regarder courir. Après avoir franchi les vestigesde l’immense muraille

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