‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 75 sur 154 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

mourir, la transforma et en fit la blonde et rêveuse

Hccate.

Eleusis.

Nous partîmes avant le jour et je quittai Mégare sans l’avoir revue, car la lune était couchée et la nuit était sombre. Il me semblait ainsi que je m’en allais laissant un rêve inachevé ; Mégare du moins restait dans mon imagination telle qu’elle m’avait paru hier, et je n’avais point à craindre que l’aspect du lendemain vînt ternir à mes yeux celui de la veille. Tandis que Progné dormait encore en attendant le soleil, Philomèle, sa sœur, chantait sa mélancolique et mélodieuse chanson , dont les dernières notes allaient se perdre sur la mer, faiblement répétées entre les lointains rochers de Salauiine. Nous perdîmes notre chemin à plusieurs reprises , et nous nous enfonçâmes dans d’inextricables fouillis d’arbustes du sein desquels partaient rapidement des oiseaux effarouchés. Enfin, à l’aube du jour, nous avançâmes sur le vrai chemin d’un pas plus assuré.

Au-delà d’un petit pont jeté sur un torrent, le chemin prend une pente insensible et vous conduit dans la plaine d’Eleusis. Quelques moulins à vent

MEUARIUE.

nous annoncèrent bientôt la petite bourgade Lcpsina , sur l’emplacement même de l’antique Eleusis construite autrefois, comme elle l’est encore, en partie près de la mer, en partie sur la colline au pied de laquelle était le temple.

La baie d’Eleusis est silencieuse , calme et romantique. De tous côtés , de hautes montagnes s’élèvent comme pour dérober la plaine sacrée aux regards des profanes ; une mer bleue , tranquille et close comme un lac inaccessible au souffle des tempêtes , baigne mollement son rivage.Une suave et religieuse tristesse est répandue dans l’atmosphère où nagent des vapeurs diaphanes , émanées des eaux pures du golfe , comme pour tempérer les clartés trop vives du soleil. Il semble que ce soit là le séjour réservé plus tard aux mânes purifiés des initiés que les eaux lustrales ont aflranchis de l’enfer.

Eleusis était le sanctuaire du paganisme ; son temple , le plus immense et le plus magnifique de la Grèce , était le temple de toutes les nations ; les rois les plus puissants tenaient à avoir le droit d’y pénétrer, en qualité d’initiés aux mystères. Son origine se perd dans la nuit des temps; Cérès en indiqua elle-même l’emplacement , auprès du puits de Callichore. Cléomène, roi de Sparte, fut le premier qui porta sur ses murs une main sacrilège; les Furies , pour le punir , s’emparèrent de son esprit. Les Perses le détruisirent une seconde fois. De nouveau rétabli , il fut enfin ruiné de fond en comble par les hordes barbares d’Alaric.Des siècles entiers avaient

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