‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 76 sur 154 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

à peine suffi à sa construction; il fut , comme le furent ensuite les cathédrales du moyen-âge, l’ouvrage de plusieurs générations ; il ne s’acheva complètement que sous le règne brillant de Périclès. Ictinus en avait dressé le plan, et son portique était l’œuvre de Philon; il était si vaste, qu’il pouvait contenir autant de monde que la ville elle-même. Sénèque disait: « que les mânes des mortels, se pressant aux portes des Enfers, ne sont pas plus nombreux que les habitants de l’Attique désertant leurs demeures pendant la nuit, pour assister à la célébration des mystères. » Ces cérémonies en effet avaient lieu pendant la nuit, à cause de la superstitieuse épouvante qu’inspirent les ténèbres. L’enceinte principale du temple était richement décorée , et cependant on y était saisi d’une sainte horreur; elle était sombre , un jour rare et mystérieux y pénétrait par une seule et étroite fenêtre.

Il ne reste rien de ce temple , car je ne puis compter pour quelque chose des éclats de marbre épars, quelques vestiges de soubassements et un énorme chapiteau de colonne, orné de gigantesques sculptures. Près de l’endroit où je retrouvai ce dernier débris , était située l’entrée par laquelle on pénétrait dans les parties souterraines du temple. Les initiés y descendaient le jour de l Epoplée, le dernier et le plus solennel des fêtes, celui où se dénouait le drame religieux et dont les cérémonies étaient le plus rigoureusement cachées aux impurs. On ne sait trop ce qui s’y passait , et la science ne peut

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faire à ce sujet que des conjectures ; le secret des initiés s’est éteint avec eux; de redoutables serments fermaient leurs bouches. Une mort inévitable attendait ceux qui auraient osé révéler ou cherché à surprendre l’arcane sansy avoir droit. L’historien Pausanias raconte qu’étant sur le point de dire là-dessus ce qu’il en savait , il fut saisi d’un trouble inexprimable et qu’un songe terrible vint le détourner de son projet. On sait seulement que, dans ces sombres souterrains, des apparitions surnaturelles venaient, à la voix de l’hiérophante , épouvanter les initiés; la terre tremblait, la foudre ne cessait de gronder ; puis, avaient lieu des orgies allégoriques et de honteuses débauches. Car les mystères étaient, en apparence , l’emblème de la vie de Cérès dont beaucoup d’épisodes ne brillaient pas par la décence.

Les personnages les plus illustres tinrent à se faire initier aux mystères, depuis les temps héroïques jusqu’aux dernières époques de l’histoire des Grecs. Hercule voulut obtenir cette faveur pour se purifier du meurtre des Centaures; mais comme il était de race étrangère et ne pouvait, à cause de cela, prendre part aux grands mystères, on en institua de petits en son honneur. Quelques écrivains ont prétendu qu’à travers les étranges désordres des fêtes d’Eleusis , une plus haute doctrine s’enseignait , telle que l’immortalité de l’âme et l’unité de Dieu. J’ai peine à croire que ce fut là le dernier mot des mystères de la Bonne déesse , et que toutes les turpitudes du paganisme servissent à receler une si pure doctrine.

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