CHAPITRE IX
Du reste, pourquoi recourir aux mystères pour retrouver dans l’antiquité les traces de cette philosophiepresque chrétienne, puisque Platon l’enseignait au grand jour à Athènes et sur les inarches du temple de Sunium?
Après avoir parcouru Lepsina où l’on me fit voir une basse-cour pavée en mosaïques romaines et une longue inscription presque intacte enclavée dans une muraille, je me dirigeai vers Athènes par le même chemin que les initiés lorsqu’ils regagnaient leurs demeures après l’Epoptée. La plaine portait le nom de Thria et renfermait le champ Rharion , où Cérès ensemença le premier blé et dont la récolte appartenait aux prêtres d’Eleusis. On aperçoit au nord les basses arcades d’un antique aqueduc qui amenait à Eleusis les eaux du Cythéron, les puits de la ville ne pouvant suffire à la foule qui l’encombrait à l’époque des fêles.
La route, sur le bord de laquelle je remarquai le tombeau de Straton, traverse la plaine en ligne droite jusqu’au défilé de Gaïdarion (l’ànier) entre les monts Corydalus et Icare. A l’entrée du défilé, se trouvent les lacs Rhcli, étangs salés qui étaient, comme le champ Rharion, la propriété des pontifes de Cérès, lesquels avaient seuls le droit d’y pêcher. Ces étangs sont au nombre de deux, l’un consacré à Cérès et l’autre à Proserpine. Les myslhes s’y précipitaient pour se purifier une dernière fois, avant de célébrer les grands mystères. De là , ils se rendaient en chantant et en dansant sur les bords voi-
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sins de la mer. Phryné, la célèbre courtisane, choisissait ordinairement cette heure et ce lieu pour se baigner; elle apparaissait toute nue, et offrait le spectacle de sa beauté aux yeux émerveillés et peu scrupuleux des adeptes de la Bonne déesse. Elle fournit ainsi à Appelle l’idée de son tableau de Vénus sortant des ondes, et à Praxitèles, son amant, le modèle de la Vénus de Gnide.
Un peu après les lacs Rheli , le chemin quitte la mer et s’engage entre les deux montagnes. Pendant un assez long espace , l’antique voie sacrée est intacte et longe le chemin actuel sur le rocher. On voit encore les ornières profondes creusées par les chars et la large trace des pas des chevaux. Quoique la route qui conduit de là à Athènes en passant par Daphné soit exactement l’ancienne voie sacrée , ces vestiges à l’entrée de la plaine de Thria sont les seuls qu’on rencontre. On voit cependant encore, un peu plus loin, des niches creusées dans la haute muraille du rocher et dans lesquelles chacun déposait son offrande à Vénus Pliilé, dont le temple était situé plus haut.
Je suivais donc pas à pas et en sens inverse l’itinéraire parcouru, tous les cinq ans, par les longues Théories qui sortaient d’Athènes, précédées de nombreuses musiques et de la statue d’Iacclius , fils de Jupiter. Le cortège s’arrêtait à divers endroits désignés par le rituel des Eumolpides, famille sacerdotale qui avait seule le droit de fournir les grandsprêtres d’Eleusis. C’était d’abord à la colonne d’An-