CHAPITRE IX
thémocrite et au tombeau de Sciros, puis aux temples d'Apollou et de Vénus. Arrivée plus près de la mer, la sainte procession couronnait la pierre lumulaire de Théodore, le plus grand acteur tragique de son temps. Enfin , au bas du défilé , on chantait des hymnes autour du figuier sauvage sous lequel Cérès s’était reposée lorsqu’elle cherchait Proserpine que Pluton lui avait ravie. Par une bizarre coïncidence , un énorme figuier tapisse les murs d’un khan à cet endroit même. Je m’y arrêtai, non point pour chanter des hymnes à Cérès, mais pour jeter un dernier coup d’œil sur la romantique baie d’Eleusis. Puis je montai le défilé de Gaïdarion, bordé de pins et de rochers.
Au haut du chemin , en face d’un poste de gendarmerie, se trouve le monastère de Daphné construit sur l’emplacement du temple d’Apollon. Le site est solitaire , les rochers arides , la vue bornée par des montagnes qui forment comme un cloître naturel. Des femmes avaient choisi ces lieux pour s’y retirer du monde et s’adonner à la prière, à une distance égale d’Athènes, la métropole politique, et d’Eleusis, la métropole religieuse, sur les bords d’une route qui fut ainsi de tout temps consacrée par le culte de la Divinité.
On entre sans peine aujourd’hui dans l’intérieur du couvent; quelques vieilles femmes, sales et misérables, ont remplacé les chastes nonnes dans leurs cellules humides. Les arceaux du vieux cloître entourent une cour remplie de décombres, au
MEGARIDE.
fond de laquelle se trouve la chapelle. Une vieille en haillons m’y conduisit, moyennant une petite aumône. Cette chapelle est à moitié détruite; le toit est crevé en plusieurs endroits. L’odeur de l’encens, qui brûlait autrefois autour de l’autel, a pénétré les pores humides de la pierre et rappelle le souvenir des augustes cérémonies qui s’y accomplissaient. L’autel est debout, dans le fond; des chandeliers de cuivre ornent le tabernacle dont la porte est brisée; quelque chose de divin est resté dans celte enceinte profanée ; la prière vous y vient encore sur les lèvres, et le cœur y ressent une impression triste et religieuse. Je remarquai sur les bas-côtés une colonne antique; sur le parvis, des mosaïques usées; sur les murailles, de grandes fresques de saints. Un ciel bleu parsemé de larges étoiles d’or est peint au plafond. Des passereaux et des tourterelles volaient en liberté au-dessous, trompés par les riches couleurs de ce firmament factice. Ces oiseaux ont niché entre les crevasses de la voûte, et leur voix seule éveille les échos vibrants du sanctuaire. Ce sont peut-être les âmes de quelques nonnes, encore éloignées du ciel et revenues dans leur ancienne demeure , pour achever le temps de leur exil, sous cette gracieuse métamorphose.
Bientôt après , nous descendîmes sur Athènes à pas précipités. Au bout de quelques détours, la plaine de l’Attique se déroula tout-à-coup à mes yeux ; j’aperçus à la fois le Penthélique, l’Hymette, le Parthénon , le rocher du Pnvx, le temple de Thésée ,