‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 8 sur 154 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

roses croissent seuls dans le lit caillouteux du Charadrus qui traverse la plaine. Près du rivage, s’élève un petit tertre conique qu’on distingue de fort loin, et vers lequel je me dirigeai rapidement; l’opinion la plus répandue est qu’il renferme les ossements accumulés des Barbares. Un olivier, brûlé par le souffle acerbe de la mer, couronne son sommet. Assis à l’ombre de ses branches demimortes, je m’efforçai de reconstruire dans mon esprit le plan du fameux champ de bataille. Je me trouvais sur l’emplacement du camp des Perses; en face de moi était celui des Athéniens; à ma droite , le marais où ceux-ci refoulèrent l’ennemi qui périt dans des eaux bourbeuses où s’enfonçaient hommes et chevaux; et, par derrière enfin, la mer, où l’immense flotte de Xerxès attendait les débris de son armée vaincue qui eut à peine le temps de s’y réfugier. Les Athéniens ensevelirent leurs morts à la place même où ils étaient tombés dans le combat; sur chaque tombe, ils élevèrent une colonne en marbre où étaient gravés le nom du héros et celui de sa tribu. Quelques débris de ces colonnes gisent encore épars et demi-couverts par les chardons et les hautes herbes sauvages. L’un d’eux, plus considérable que les autres, est, dit-on , un vestige du monument élevé par la reconnaissance tardive des Athéniens au vainqueur de Marathon , dont la gloire est rehaussée du merveilleux prestige de l’infortune et de l’ingratitude des hommes.

ATTlÿUK.

Le village actuel, distant de la plaine d’environ vingt minutes , consiste en quelques habitations de chétive apparence, construites sur l’emplacement même du Marathon d’autrefois. Une seule de ces maisons jouissait d’un aspect un peu moins misérable. Devant la porte étaient assis trois ou quatre Albanais en costume éclatant, à la ceinture de peau rouge abondamment fournie de pistolets, de couteaux et de poignards, au sabre suspendu à l’épaule par un cordon de soie, à la mine enfin peu rassurante pour un voyageur qui faisait sa première excursion dans un pays peu et mal hanté. L’un d’eux, que je sus ensuite être le démarque de l’endroit, se leva sanshàte à notre approche, et venant à moi, me salua d’un kalâs orisélè (xaX«’ç àpioers, vous êtes le bienvenu) bref et bourru, qui me dispensait de toute réponse; puis il arrêta mon cheval par la bride , saisit mon étrier et m’invita d’un geste à descendre. J’Iiésitais, mais voyant que mon guide était déjà sur ses pieds, je suivis son exemple et j’abandonnai ma monture à mon peu aimable hôte. J’entrai dans la maison , précédé de Dimitri qui la connaissait pour y avoir campé plusieurs fois, et je traversai une salle basse où un jeune homme , à demi-étendu sur un grand banc de bois, la tète appuyée contre la muraille, chantait, en s’accompagnant d’une guitare à trois cordes, un chant d’une harmonie inculte et sauvage. Il se lut à notre arrivée. Je fus reçu à l’étage supérieur par une jeune fille blonde aux veux bleus, chose rare en

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