CHAPITRE X
que l’amour obscurcit l’esprit même des habitantsdc l'Olympe). Cythéron conseilla à Jupiterde faire faire une statue en bois , de la voiler et de la promener dans tout le royaume sur un char magnifiquement orné, en disant que c’était la fille d’Asopus qu’il allait épouser. Junon, ayant appris sur-le-champ ce prétendu mariage, accourut en toute hâte, transportée de jalousie et ne sachant trop ce quelle allait faire. Mais, lorsqu’elle se fut approchée du char et que d’une main furieuse elle eut déchiré le vêtement de la statue , elle vit avec plaisir qu’on l’avait trompée et qu’au lieu d’une femme c’était une statue de bois. Elle se réconcilia donc avec Jupiter. Les Platéens célébrèrent dès-lors, en l’honneur de cette réconciliation, des fêtes appelées Dœdales , parce qu’aulrefois on appelait dœdales toutes les statues de bois.
Quel silence parmi ces ruines ! quelle tristesse et quelle surprise elles inspirent! A voir ces villes, gisant'es comme des masses de cailloux informes et à travers lesquelles on ne reconnaît ni l’action du feu , ni l’action des eaux , ni l’action d’un désastre quelconque de la nature, on se demande quelle main a pu passer sur elles un si uniforme niveau ! On est tenté de croire que la colère de Dieu a renversé d’un souffle tous ces monuments d’une civilisation qui devait disparaître devant la religion nouvelle, et que c’est elle qui a jonché la terre des idoles de ces ruines inexplicables. Quelques grands troupeaux, qui changent de pâturage au commencement des hivers, les traversent seuls de temps à autre; ils s’y arrêtent
pour brouter quelques chardons et pour lécher de leur langue altérée la surface humide de ces pierres, sur laquelle rampent des mousses imperceptibles qui retiennent une âcre fraîcheur.
J’allais quitter ces ruines, lorsque, arrivé sur leurs limites, je rencontrai une superbe rangée de sarcophages. Ces tombeaux ouverts et vides étaient rangés debout les uns à côté des autres , comme de grandes niches de marbre. Une jeune fille gardait là ses moutons et s’était paisiblement endormie, assise dans un de ces sarcophages. Sa tête était renversée contre la paroi ; sa bouche entr’ouverte respirait doucement; ses cheveux tombaient en désordre et sa main, blanche comme celle d’une statue ancienne, était allongée le long de sa taille, et avait laissé glisser sa houlette près d’elle. On eut vraiment dit une habitante de ces tombes, morte autrefois à la fleur de l’âge, conservée à travers les siècles par je ne sais quel phénomène , et affaissée maintenant sur elle-même, lasse de garder depuis si longtemps cette attitude verticale dans laquelle on l’aurait ensevelie. Elle se réveilla au bruit de nos pas, et parut effrayée au premier abord; mais, ayant reconnu en nous des étrangers inoffensifs , elle se rassura et nous offrit du raki dont elle portait une gourde pleine. En songeant aux vainqueurs de Mardonius et aux héros qui plus tard ensanglantèrent ces mêmes campagnes du sang ottoman , j’aurais pu boire à ces vaillant s hommes qui sont morts pour la liberté de la Grèce. Telles étaient les paroles que