CHAPITRE X
« conduite ; quoiqu’on fût à peu près accoutumé à « ses manières d’agir, on remarquait autour de lui « je ne sais quoi de mystérieux , et surtout on se « demandait si sa femme était bien réellement morte « comme il l’avait dit. On en était là, lorsqu’un de « ces pâtres qui errent avec leurs troupeaux de « montagnes en montagnes, raconta qu’à peu près « à cette époque, se trouvant sur le mont Géranion, « il fut réveillé au milieu de la nuit par des cris « étouffés.Il ajoutait qu’à la clarté bleuâtre de la lune « il avait aperçu, debout sur un rocher au-dessus « de la mer, un homme de la taille et de la démarche « de Ghéortcha , et qu’il vit cet homme précipiter « dans les flots quelque chose de blanc qui avait une « forme humaine et qui semblait se débattre entre « ses bras. Effrayé de cette apparition, il n’avait pas « osé remuer, de peur de paraître avoir été témoin « de ce qui s’était passé. Quelques mois après cet « événement , Ghéortcha et sa nouvelle compagne « partirent un matin, après avoir mis le feu à leur « habitation d’où s’échappa bientôt un tourbillon « de flammes. Les habitants du village, rassemblés « autour du théâtre de l’incendie , se félicitaient du « départ de cet hôte si longtemps craint et haï; mais « aussitôt la joie fit place à une profonde stupeur, « quand on se souvint de ce qu’il avait dit sur les << poudres renfermées dans ses caves. On s’attendait « à chaque instant à quelque terrible explosion ; il « n’en fut rien, et l’on s’aperçut plus tard que ce « n’était là qu’un mensonge inventé par cet homme
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« pour assurer sa propre sécurité. Déjà la toiture « entière était en feu , quand des cris d’enfant par- « tirent du sein de cette maison presque croulante. « Aces cris, tous s’entre-regardèrent avec horreur, >< et l’on se demandait comment un père avait pu « vouer ainsi son enfant à une mort certaine. « Fallait-illaisser périr ainsi cette pauvre petite créa- « ture sans faire un effort pour la sauver ? Chacun « sondait son propre courage, mais personne ne « s’en trouvait assez pour avancer, car on croyait « encore à l’histoire des poudres. La foule se perte dait en plaintes, en gémissements et en màlédic- « lions, quand une femme, seule, armée d’une hache, « accourt vers la maison maudite , enfonce la porte « qui cède facilement et vomit un torrent de flam- « mes au milieu desquelles elle disparaît. Un silence « plein d’angoisse règne parmi la foule; quelques « minutes se passent , on la croit perdue. Mais « bientôt la courageuse femme ressort, les vête- <• menls embrasés et tenant entre ses bras la petite « fille qui vivait encore. D’unanimes acclamations « s’élèvent et la suivent jusqu’à sa demeure, où elle « emporte l’enfant quelle venait de sauver. Peu « d’heures après, la maison s’affaissait sur elle- « même et, le lendemain, ce n’était plus qu’un « amas de cendres noires et fumantes.
« Cette héroïque femme était veuve , pauvre , « mère d’un petit garçon qui ne lui pouvait être « encore d’aucun secours. Elle n’hésita pas cepen- « dant à adopter l’enfant quelle avait tiré des flarn-