‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 90 sur 154 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

« mes et à l’élever comme sa propre fille. Cette nou- « velle charge semblait l’avoir rajeunie et avoir « doublé ses forces ; elle suffisait à tout. Son fils , « âgé de deux ans seulement , était trop jeune en- « core pour se souvenir plus lard de l’événement « qui avait procuré à son enfance une compagne « inattendue ; il la regardait et l’aimait comme sa « propre sœur. Sa mère , heureuse de l’affection qui « les unissait, entrevoyait pour eux bien des choses « dans l’avenir. Quand ils eurent atteint tous deux « l’àge de raison, elle ne crut pas devoir les laisser « plus longtemps dans l’ignorance de la vérité. Elle » les fit donc venir un jour et leur raconta, avec tous « les ménagements possibles, la circonstance à la « fois fatale et heureuse qui les avait réunis. Elle « finit en disant : « Vous voyez qu’il est urgent de « vous séparer maintenant, quoi qu’il vous en coûte « ainsi qu’à moi ; car vous êtes d’un âge où un « jeune homme et une jeune fille , étrangers l’un à « l’autre, ne peuvent vivre sous le même toit sans « donner lieu à de méchants bruits. » A ces mots , « le jeune homme sentit son âme se briser de dou- « leur et la jeune fille éperdue se vit tout-à-coup « lancée dans le monde , seule , sans famille , loin « de ceux qu'elle chérissait. Mais la vieille mère sait vait bien ce qu’elle faisait et ne craignait point « cela; elle connaissait trop bien le cœur de son « fils. En effet, ce dernier tendit la main à la jeune « fille pâle et tremblante , en lui disant : « Nous » avons été frère et sœur jusqu’à ce jour ; dès à

« présent, nous sommes fiancés. Le veux-tu? » Et « ils se jetèrent ensemble dans les bras de leur « mère.

■< Peu d’années après, ils se marièrent, et ils pos- « sèdent un enfant depuis quelques mois. Grâce à « leur travail et à leur ordre , ils vivent sans trop de « privations et leur mère jouit d’une vieillesse tran- « quille et bénie. »

En disant ces derniers mots, mon guide m’indiquait du doigt la vieille femme qui attisait le feu. Cette histoire était celle des trois personnes qui m’avaient accueilli sous leur toit. Commentleur prouver la sympathie que j’avais pour elles et l’intérêt que je leur portais ? je n’avais avec moi que le simple bagage d’un voyageur qui craint d’être dévalisé et qui n’emporte que le strict nécessaire. Par bonheur, je trouvai dans mes poches une pièce d’or; j’appelai la jeune femme et je la lui donnai. Elle prit d’abord cela pour un bijou; cependant, après l’avoir bien admirée et retournée dans tous les sens, elle reconnut que c’était une pièce de monnaie , me remercia avec embarras et se retira. Je craignis de l’avoir offensée ; mais, un instant après, elle revint toute souriante, me montrant son collier de sequins auquel elle avait enfilé ma pièce d’or, à côté des autres petites monnaies d’argent et de cuivre. Cela voulait dire qu’elle n’acceptait point mon offrande comme le prix de l’hospitalité que j’avais reçue , mais comme le souvenir d’un étranger qui s’était reposé chez elle ; souvenir qu’elle allait conserver

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