CHAPITRE XI
penche sur le cou de sa monture, enveloppé d’un manteau noir, silencieux, invisible et rapide comme un esprit de l’air. Arrivé au bas de la colline, il met pied à terre , rampe entre les broussailles, se glisse dans le camp des Grecs et atteint la tour , sans avoir été aperçu. Là, il trouve son cheval, couché sur la paille humide et gardé par un Albanais profondément endormi. Il allait frapper ce dernier, mais il se retint, afin de ne pas risquer de donner l’alarme. Il s’approche ensuite de son coursier chéri, qui le reconnaît et pousse un hennissement de joie en revoyant son maître. A ce bruit, le pallikare ne se réveilla pas ; mais il crut entendre , dans un mauvais rêve, le cri d’une sauvage cavale qui le poursuivait, et il se retourna plusieurs fois péniblement sur lui-même, comme pour fuir son atteinte. Le pacha passait sa main sur l’encolure luisante du géné reux animal, et ses doigts dans sa profonde crinière; il lui prodiguait les plus tendres caresses et les noms les plus doux ; il plaignait le triste état où il le retrouvait, regrettant pour lui la lente somptueuse qui lui servait d’écurie, et les palefreniers noirs qui le pansaient , et les seïs couverts d’or qui tenaient l’étrier au moment du départ. Sortant alors de la tour pour aviser au moyen de s’échapper ensemble, il vit poindre avec désespoir le premier crépuscule du jour et reconnut l’impossibilité de fuir avec son cher coursier ; il rentra donc et , le front baigné d’une froide sueur, tirant soudain de sa ceinture un large cimeterre, il en frappa l’animal entre la tète et
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le cou et laissa dans la blessure son arme enrichie de diamants, afin que les Grecs apprissent quelle main avait frappé. Le cheval, en tombant, se pencha sur son maître et mourut en attachant sur lui un regard humide et plein de tristesse. Le pacha , les yeux gonflés de larmes, sortit en implorant Allah. Il n’eut que le temps de regagner le pied de la colline, où il retrouva sa monture, et de fuir; car déjà les Grecs commençaient à s’éveiller. Peu d’heures après, renonçant à tenter une seconde fois le sort contre des forces trop supérieures, ils levaient leur camp et regagnaient précipitamment l’intérieur de la Livadie.
Thospies, Eriinocastron.
Au fond du vallon qui sépare la colline des premiers revers de l’IIélicon , il est une petite plage unie, couverte d’un sable fin et doré, parsemée de touffes d’herbes et semblant ainsi un tapis fait de la peau d’une grande bête fauve , et jeté sur le sol comme si quelque dieu allait s’y asseoir. Un mince filet d’eau suit le bord de cette plage , et forme un peu plus loin un bassin auprès duquel de grands arbres ont pris racine. Là, des groupes de laveuses
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