‹ Voyage dans le sud de la BolivieChapitre 14 sur 84 · TAH1J A · texte numérisé non relu

TAH1J A

j'avais éprouvé en apprenant l’absence de son mari. Ma satisfaction fut augmentée encore par la réception de plusieurs lettres que me remit la même excellente personne: l’une d’elles me rassurait sur le sort de plusieurs sommes assez considérables que j’avais fait diriger sur Tarija, et qui m’y attendaient depuis quelque temps. Cette nouvelle était d’autant plus importante pour moi, que le voyage que je venais de faire avait complètement épuisé ma bourse ; et quoique je comptasse un peu sur les ressources de mon art, j’étais bien aise de savoir que je pouvais jusqu’à un certain point m’en passer.

L’arrivée de ma troupe, que j’avais précédée, me rappela que je n’avais pas encore songé à chercher où je pourrais me loger. Ce fut encore dona Panchaqui se chargea de ce soin; et, à sa requête, don Sébastien Caïnzo, jeune avocat de Tarija, et député à l’As semblée nationale, m’invita à occuper une partie de sa maison, et me fit en même temps d’autres offres pleines d’obligeance.

Je pris sans tarder possession de ma nouvelle demeure, qui n’était pas brillamment meublée, il est vrai, mais qui, par la tranquillité dont j’y jouissais , remplissait suffisamment mon but. Mon appartement, qui consistait en deux pièces, donnait, d’un côté, sur une rue peu fréquentée, et de l’autre, sur une grande cour entourée d’autres habitations plus ou moins semblables à la mienne ; à l’exception toutefois de celle du maître. Au fond de cette cour était un

TAKIJA.

passagequi menai t d’une parta ungrand jardin potager, et d’autre part au corrcil, ou mon hôte avait un cheval , et où je me décidai à garder aussi un de mes animaux ; les autres furent envoyés par dona Pancha à une des fermes que possédait le général à quelques lieues de la ville.

Apeineeus-je terminéma première installation, qu’il survint un des plus copieux orages dont j’eusse jamais été témoin. Il se prolongea durant toute la nuit, et à peine y eut-il quelques instants de relâche pendant la journée du 2, que je passai à achever les arrangements nécessaires pour rendre mon habitation aussi commode que possible. J’étais retourné dès le matin chez dona Pancha, et je reçus d’elle l’invitation de prendre place à sa table durant tout le temps que je devais séjourner à Tarija, ce que j’acceptai avec reconnaissance. Elle me présenta en même temps à sa famille, composée d’une jeune fille de douze à treize ans, et de sa nièce, déjà veuve à vingt et un ans. Je vis également chez elle, ce jour-là, les deux médecins de la ville, les docteurs Castanoet Serrano; et dans la soirée, elle me fit faire la connaissance du provisor , ou curé principal du département. Ce bon vieillard vivait en patriarche au milieu d’une nombreuse famille qu’il avait élevée , et qui lui témoignait une vénération toute particulière. Il se réunissait tous les soirs chez lui une société d’amis intimes , et j’eus l’occasion d’y passer, durant mon séjour, plus d’une heure agréable. Une visite au pré-

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fet suivit de près celle dont il vient d’être question, et j’en fis ensuite un assez grand nombre d’autres pour distribuer mes lettres de recommandation. Mes premières connaissances en amenèrent d’autres, et au bout de quelques jours, j’étais présenté dans toutes les bonnes maisons de la ville.

Tarija , dont la population ne dépasse pas quatre mille âmes, est Tune du petit nombre des villes boliviennes dans lesquelles l’élément Indien est en grande minorité, et où, par conséquent, on ne parle que la langue espagnole, ce qui fait que le peuple a une couleur locale bien moins frappante que dans celle où l’élément indien est au contraire en majorité, telles que La Paz, Chuquisaea, Cochabamba , etc.. Tarija étant placé sur les confins de la République Argentine, contrée dont il a dépendu longtemps (1), peutêtre considéré, sous le rapport de ses mœurs et de ses coutumes, comme faisant encore partie de ce pays.

Le costume des femmes est semblable à celui des Crucenas; comme elles, les Tarijenas portent leurs cheveux divisés sur le front et réunis en deux tresses qui leur pendent sur le dos. Ce n’est que bien rarement qu’elles les relèvent sur la tête, comme en Europe, et comme le font les femmes de Chuquisaea et de La Paz Lorsqu’elles sortent, elles se couvrent la

(1) Cette partie de la Bolivie a dépendu de la nation Argentine, jusqu’à l’année 18:26, époque à laquelle elle en fut séparée violemment

TARIJA.

tôle d’un chapeau semblable à celui que portent les hommes en Europe, mais à couronne plus basse. Plus souvent encore, elles n’en portent aucun, et se garantissent de l’air en se mettant la tête sous un châle, comme cela se pratique avec la mantille. Je n’ai jamais vu ce dernier vêtement à Tarija ; il est même très rare en Bolivie. Dans l’intérieur des maisons, on voit aussi constamment les femmes enveloppées de leurs châles. Afin qu’ils ne tombent point, elles ont l’habitude d’en jeter un des angles par dessus l’épaule, comme les hommes le font du pan de leur manteau ou capa.

Un usage qui m’a semblé propre à Tarija, ou, du moins, que je n’ai remarqué et qui ne m’a été signalé dans aucune autre ville de l’Amérique, est celui qu’ont les femmes de se farder (1). Cette coutume est portée si loin dans quelques familles, que l’on pourrait dire qu’il s’y trouve des femmes dont on n’a jamais vu la couleur naturelle. De toutes jeunes filles usent même de ce genre d’apprêt, et, certes, elles n’en ont pas besoin, car, sous ce climat tempéré, et surtout à un âge peu avancé, le teint est naturellement coloré.

11 y avait néanmoins, je me hâte de le dire, quelques familles , parmi lesquelles je citerai celle de

(1) Je fais ici allusion aux femmes des classes élevées; car presque partout le fard est employé dans certains rangs du bas peuple.

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