TA HUA
dona Pancha, qui dédaignaient d’user de semblables moyens. Avant que j’eusse eu l’explication du fait, j’étais presque tenté de regarder ces familles comme douées d’une constitution différente de celle des autres, à côté desquelles elles me paraissaient être affectées de chlorose ; mais mon jugement finit bientôt par se réformer. Les substances employées par les Tarijenas pour se peindre sont, sans doute, en partie, les mêmes que celles dont se servent les actrices , dans nos pays. Cependant on a remarqué que le blanc, qui porte le nom de soliman (1), attaquait et faisait tomber les dents à la longue, ce qui n’a pas lieu, que je sache, chez nous. Il est vrai aussi de dire que les personnes mûres du beau sexe de Tarija, et même quelques unes qui ne le sont pas, en font un usage démesuré ; j’en ai vu qui s’en barbouillaient tout le cou et les épaules, ainsi que les mains, sur lesquelles on pouvait voir se dessiner des petites veines bleues, là où il ne devait pas y en avoir, et des fossettes roses où il n’y en avait depuis longtemps que d’obscures. En guise de rouge, j’ai vu vendre une teinture concentrée de carmin, appelée vinagrilla . On voit par cette description que, sous le rapport de la couleur, au moins, il y a une certaine différence entre les Tarijenas et les Crucenas. Sous celui du caractère, il y a de l’analo-
(1) C’est le nom du sublimé corrosif; mais le fard ordinaire n’est que du magistère de bismuth.
TARIJA.
gie, sans y avoir une complète ressemblance. Chez les Tarijenas, il y a moins de naturel que chez les Crucenas, ce qui dépend de l’isolement remarquable dans lequel se trouve Santa-Cruz. Adossée comme elle l’est aux extrêmes frontières du Brésil, avec lequel elle n'a aucune espèce de communication, et sans commerce, pour ainsi dire, cette ville ne reçoit que rarement des étrangers, et ses mœurs se conservent à peu près inîactes. Tarija, au contraire, quoique presque aussi éloigné des centres commerciaux de la Bolivie que Santa-Cruz, entretient avec eux des communications bien plus étendues. Il se trouve, d’autre part, à la proximité de la Bépublique Argentine, dont il reçoit continuellement les réfugiés politiques (1), et avec laquelle il se livre à un certain commerce. Cette position peut servir à expliquer pourquoi, comparativement, Tarija est ce que l'on est convenu d’appeler plus civilisé que la ville à laquelle je l’ai comparée. On verra néanmoins que, sous plusieurs rapports, ses habitants ont conservé dans leurs mœurs des nuances assez primitives; il en sera question lorsque j’arriverai à parler de la semaine d u Carnaval .
Outre le provisor et un certain nombre d’autres ecclésiastiques qui sont immédiatement sous ses ordres, il y a , à Tarija, une congrégation de frères
(1) J’ai cru cependant comprendre qu’il était défendu à ceux-ci de résider au-delà d’un certain nombre à la fois dans la ville.