‹ Voyage dans le sud de la BolivieChapitre 19 sur 84 · DES MISSIONS DE TA RIJA · texte numérisé non relu

DES MISSIONS DE TA RIJA

et Ton peut dire que leur persévérance otivril dans l’Amérique du Sud le chemin à bien des conquêtes importantes, parmi lesquelles aucune ne le fut peutêtre davantage que celle de la nation des Chiriguanos, accomplie par les missionnaires de Tarija. L’histoire de cés faits étant celle de plusieurs des lieux à travers lesquels j’ai conduit mes lecteurs, je crois qu’il ne sera pas sans intérêt de leur consacrer quelques pages, qui trouveront d’autant mieux leur place ici, qu’elles serviront à donner quelques idées générales sur la nature de cëtté espece d’établissements coloniaux.

La fondation du couvent de Tarija remonte à celle de la ville elle-même, c’ést-à-dire à l’année 1574. Dans le principe, et même pendant bien longtemps, cet établissement, qui portait le nom de Convento de N. P. S. Francisco de religiosos observantes, n’eut aucune espèce d’importance. Mais la Compagnie s’étant aperçue que sa position la rendait propre à devèttit un excellent point de ralliement pour les Missions qu’elle avait créées, et un point de départ pour celles qui étaient encore à fonder dans cette partie de l’Amérique, l’agrandit considérablement, ou, pour mieux dire, la réédifia complètement, et en fit le siège d’un de cës principaux Collèges . 11 fut désigné dès lors par le nom de Colegio de propaganda Fe dé Nuestra Senorade los Angeles de Tainja. En 1769, lors de l’expulsion des Jésuites, il passa entre les mains des Pères Franciscains-, où il se trouve encore.

HISTOIRE

Les nations vers la conversion desquelles se dirigeaient les principaux efforts des missionnaires de Tarija étaient celles desChiriguanos ou Chiriguanaës, desChaneses, des Mataguayos et des Yejoses. La première et la seconde, qui sont de beaucoup les plus nombreuses dans les contrées avec lesquelles Tarija était plus spécialement en communication, parlent la langue guarani. Les Mataguayos (qui sont, je pense, les mêmes que les Matacos), lesTobas elles Yejoses, parlent au contraire des dialectes d’une autre langue que F on peut appeler la langue Toba. Les Chiriguanos habitaient au nord du Pilcomayo, entre ce fleuve et Santa-Cruz de la Sierra. Les Chaneses se rencontraient en petit nombre dans la même région ainsi qu’au sud du fleuve. Les Tobas ne s’éloignaient guère des bordsdu même cours au-dessous des points occupés par les Chiriguanos; enfin les Mataguayos et les Yejoses habitaient plus spécialement le voisinage du rio Bermejo.

Les Chiriguanos se distinguaient, parmi toutes les autres peuplades, par leur caractère indomptable. Une poignée de ces sauvages avait suffi pour mettre en fuite les armées des Incas, lorsqu’ils s’avancèrent contre eux, sous les ordres de leur empereur Yupangui; plus tard, ils obligèrent à la retraite le vice-roi don Francisco de Tolède, qui essaya en vain de pénétrer avec les troupes dans ce pays, que la nature avait, en outre, si bien fortifié.

Ces succès donnèrent une si haute idée de la va-

Page 1