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mencements quelques apparences de succès, ils furent obligés de se retirer au bout de deux ans. Les sorciers de ces nations étaient même parvenus a exciter à un si haut degré, contre eux, l’esprit des néophytes, que les courageux Pères ne sauvèrent leur vie qu’avec peine. Cependant, vers le même temps, un autre missionnaire, Fray Augustin Sabio, se rendit au milieu de cesnalions, en compagnie d’un second Père. Les deux religieux réussirent, contre toutes les espérances, à élever parmi eux une église, et à se faire écouter d’un grand nombre de naturels; mais leur succès ne dura que deux années; car Fray Augustin s’étant vu alors obligé de s’absenter momentanément, une rébellion éclata, et tous les fruits de ses travaux précédents furent perdus. Ils essayèrent de regagner l’obéissance des Indiens, mais leurs efforts n’aboutirent à aucun résultat.
Enfin, en l’année 1690, le Père Jésuite, José de Arce, qui s’était déjà signalé au nord de Pilcomayo, entreprit de faire des tentatives dans la région du sud. Il pénétra, à cet effet, en compagnie du P. Miguel de Yaldolivas, dans la vallée de Salinas, à trente lieues à l’est de Tarija, où se trouvait déjà établi un lieutenant du curé de Tarija , qui exerçait le gouvernement spirituel sur les Espagnols de cette partie de la province. Les missionnaires établirent, tout d’abord, à l’extrémité sud de celte vallée, quelques familles de Mataguavos ; et passèrent de là aux vallées encore peu connues de Chimeo et de Curacuti.
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A leur retour, les Pères trouvèrent les Mataguayos qui se préparaient à partir, quoiqu’ils eussent déjà élevé des habitations. Plusieurs années se passèrent ensuite en tentatives, pour assurer les bases de l’établissement nouveau; mais les Indiens, constamment excités par les Espagnols apostats qui s’étaient réunis à eux, ne s’y prêtèrent que très imparfaitement. Enfin les Indiens de Chiquiaca et de Tariquea, qui étaient déjà à moitié soumis à la direction des Pères, se soulevèrent de leur côté, et mirent à sac la vallée de Salinas ; ils détruisirent l’établissement naissant-de la Compagnie, et avec lui, trois petites Missions établies dans le même district par les Pères Dominicains, sous les noms de Rosario, San-Miguel et Santa -Rosa. Trois de ces religieux y cueillirent la couronne des martyrs.
11 faut arriver à l’année 1734 pour voir une nouvelle tentative faite dans cette contrée. Les jésuites entreprirent à cette époque de restaurer la mission de Nuestra-Senora del Rosario, et ils y réunirent un assez grand nombre d’indiens , mais le troupeau se dispersa encore, et ce ne fut enfin qu’en 1737 que le Père Pons réussit à établir la Réduction sur les bases solides où elle s’est maintenue constamment depuis , malgré les bouleversements auxquels ont été soumises la plupart des autres.
En 1769, cette Mission passa, après l’expulsion des jésuites, entre les mains des pères franciscains, qui la firent reconstruire presque en entier, en 1794. On
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la divisa alors en deux parties : l’une pour les Chiriguauos qui étaient en plus grand nombre, et l’autre pour les Mataguayos; mais cette dernière, par suite de l’incurie naturelle de ses habitants, n’a jamais été dans un état bien prospère. L’habitation des pères, l’église et les écuries ( corrales ) furent entourées de murs épais en adobes, de manière à constituer un véritable fort , dans lequel tous les habitants pouvaient au besoin se retirer. Le nombre de ses habitants ne s’élevait pas, au commencement de ce siècle, au delà de 375.
20. Itau. — Un missionnaire du Collège deTarija, nommé Lorenzo Ramo, fonda en 1791, dans la vallée d’Ilau, une mission sur l’emplacement d’un village indien, appelé Tabarillo, et y fit élever un petit fort en adobes pour la défendre contre les attaques des tribus hostiles; mais les Indiens s’étant obstinément refusés à s’y fixer, il se décida à l’abandonner. Alors un capitaine, du nom de Tabicha Mini, l’invita à s’établir à quatre lieues plus loin vers le nord, dans la même vallée ; ce qu’il fit, en donnant à la nouvelle réduction le nom de San-Miguel. Les Indiens qui l’occupaient étaient des Chiriguanos. A six lieues au nord se trouvait le village de Zapalira ou Zapatera, où on a élevé depuis un fort; et à neuf lieues on rencontrait celui de Chimeo, où il y a aujourd’hui une Mission assez florissante. A une lieue vers l’est, on voyait une petite peuplade de Chiriguanos, appelée Nacagaya, et une autre à cinq lieues, que Von dési-
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gnail sous le nom de Curaculi. Salinas était à l’ouest, et, entre les deux, on remarquait un autre village de Chiriguanos , appelé Ibuica-Tapuri. Carapari enfin occupait le sud, et on rencontrait au delà de nombreuses peuplades de Mataguayos et de Chaneses. Ces derniers envahirent la mission d’Itau en 1798 ; ils incendièrent la plus grande partie du village, et mirent au pillage toutes les habitations de la vallée. Ils tuèrent dans cette occasion cinq Indiens et emmenèrent soixante-deux captifs. Pour empêcher une seconde invasion, les Pères prirent la résolution d’enfermer dans un fort flanqué de quatre bastions l’habitation et les officines qui en dépendaient; grâce à cette précaution, la Mission résista avec succès à toutes les nouvelles attaques qui furent dirigées contre elle. A cette époque, le village d’Itau contenait trois cent quatre-vingt-sept habitants, dont cinquante-neuf chrétierts.
Outre les Missions dont il vient d’être question, il y en avait deux autres dans le district de la frontière de Tarija, qui s’appelaient Tariquea et Garrapatas, et qui étaient habitées par des Chiriguanos; mais ni l’une ni l’autre n’existaient plus à l’époque a laquelle se reporte cette revue. Il a déjà été question de la première au sujet d’une invasion que ses habitants firent dans la vallée de Salinas; je n’y reviendrai pas. Leur abandon eut lieu vers l’année 1788.
Il me reste à dire quelques mots d’une dernière Réduction dont il n’a pas été parlé jusqu’ici : elle est
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située dans la province de Salta (qui dépend, comme on le sait, de la république Argentine ou de la Plata), à quatre-vingt-dix lieues environ de la ville de Tarija, et à un quart de lieue seulement de remplacement où s’éleva, en 1794, la ville d’Oran.
21° La mission de Nuestra Senora de Angustias de Genta était composée d’indiens Yejoses et de Mataguayos. Elle fut fondée en l’année 1779, époque à laquelle on y construisit, pour sa défense, un fort en adobes, avec des bastions, une habitation pour les pères, et une église.
Les cases des Indiens étaient , dans le principe, construites sans ordre, et elles étaient à peine habitables; mais, en 1795, les Pères obtinrent d’eux qu’ils en élevassent de nouvelles en bois et en boue, qu’ils recouvrirent de chaume; avant cette époque, on avait établi, dans la Mission dont je parle, de grandes plantations de cannes à sucre, d’orangers et de limons, et des cultures étendues de froment , de riz et de légumes.
Quoique entourée de toutes parts d’indiens barbares, de Chiriguanos au nord, de Matacos au sud, de Tobas à l’est, Centa n’eut jamais à souffrir d’attaques de leur part, mais sa population avait souvent des disputes avec les habitants de la nouvelle ville qui s’était élevée dans son voisinage. A la suite de l’une d’elles, les Indiens se retirèrent tous de la Mission, et gagnèrent les bois où ils vécurent quelque temps, et ils ne cédèrent aux instances
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des Pères, qui les invitaient à se remettre sous leur direction, qu’à condition qu’on les fixerait à quelque distance d’Oran. Quelques uns des chefs indiens allèrent même à Salla pour en demander la permission au gouverneur.
On établit alors la Réduction à six lieues au sud d’Oran et à une lieue du fort de Pizaro, sur les bords du rio Bermejo. Tous les Indiens Yejoses s’y portèrent; mais les Mataguayos,quine vivaient pas toujours en parfaite harmonie avec eux, et qui craignaient le voisinage des Yejoses barbares, dont les premiers villages n’étaient qu’à deux lieues, résolurent de retourner à l’ancienne Mission. C.es derniers étaient, en 1800, au nombre de quatre-vingt-treize. Les Yejoses établis dans la Réduction nouvelle comptaient, à la même époque, quatre cent vingt-sept âmes, dont cinquante-trois étaient déjà converties à la religion chrétienne.
Aux détails qui viennent d’être donnés j’en ajouterai , pour terminer , quelques autres d’une nature plus générale , sur le mode d’administration des Missions.
Les Capilans ou Caciques que les Indiens reconnaissaient, lorsqu’ils étaient encore à l’état sauvage, conservaient leur prééminence dans les Réductions ; on leur donnait, comme une nouvelle marque de distinction, un bâton à poignée d’argent (1); et ils avaient,
(1) Aujourd’hui la canne à pomme d'argent est donnée dans les
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dans l'église, un siège d’honneur. La dignité de Capitan était héréditaire ; mais il n’en était pas de même quant aux autres fonctionnaires indigènes qui portaient le titre de Gouverneurs, de Lieutenants, d’Alcades, et d’Agents du fisc. L’élection de ces personnages se faisait chaque premier jour de l’an, avec toute la solennité possible ; et, à la même époque, ceux qui avaient occupé antérieurement ces emplois, venaient remettre leurs insignes entre les mains du Père principal qui profitait de cette occasion pour les louer ou les blâmer publiquement de la manière dont ils avaient rempli les fonctions qui leur avaient été confiées. Le rôle principal du gouverneur , de son lieutenant. et des alcades, était de réunir la population de la Mission à l’église , et de faire la petite police. Les agents fiscaux ne leur venaient guère en aide que lorsqu’il s’agissait de la répartition des aliments , et surtout des viandes qui se distribuaient de temps à autre aux habitants. Mais dès qu’il s’agissait d’une intervention plus active , ces fonctionnaires n’étaient plus que des canaux par lesquels passait la volonté du Père. Ainsi, s’il se commettait quelque excès, ou un crime dans la Réduction, le gouverneur, le lieutenant ou l’alcade en donnaient aussitôt connaissance au Père , et apprenaient de, lui la peine qu’ils devaient appliquer aux délinquants. Les punitions le plus
villages de la Bolivie, et clans le Pérou, aux Alcades Indiens, comme signe de leur mandement.
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souvent employées étaient la prison, le pilori ou le fouet.
Des ordres sévères étaient donnés pour que lés Indiens de la mission n’entretinssent aucune communication avec les établissements espagnols, mais cëfc ordres n’étaient pas partout également bien exécutés. Ils l’étaient cependant très rigoureusement , si ces communications avaient pour but l’introduction dé l’eau-de-vie.
Les devoirs religieux occupaient, comme on doit le penser, une grande partiedesmomentsdeslndiensqui composaient les Missions ; cependant il n’y avait quë les plus jeunes qui y fussent absolument tenus ; ceux qui étaient mariés s’en dispensaient souvent, plus ou moins. Le matin, au lever du soleil, tous les habitants étaient appelés à l’église et y entendaient réciter les articles de la doctrine chrétienne alternativement , un jour en espagnol , et un autre eti leur langue propre.
Au coucher du soleil , ils étaient réunis de nouveau pour entendre les prières du soir et ils se retiraient ensuite pour la nuit. Dans les réductions récemment établies, toutes les prières étaient dites pai* les Pères; mais, lorsqu’il se trouvait déjà dans le village quelques jeunes gens suffisamment instruits, c’était l’un d’eux qui les faisait sous leur direction.
Les jours où les Pères expliquaient à leurs ouailles quelques points de doctrine ou un mystère de la religion (ce qui avait lieu tous les diman-
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clies et les jours de fête) , un des fonctionnaires répétait les explications dans la langue du pays.
Enfin, chaque année, à l’époque du carême, les pères soumettaient leurs disciples à une sorte d’examen ; et ceux qui s’en sentaient capables se confessaient et communiaient. Mais en cela chacun était libre de faire ce que bon lui semblait ; aucune espèce de contrainte n’était exercée sur eux. Il en était de même du baptême, qui ne se donnait qu’à ceux qui le désiraient et qui avaient séjourné dans la Mission un temps suffisant pour qu’ils eussent quelque idée de ce qu’ils allaient recevoir.
Les Pères faisaient chaque jour la visite des malades, leur appliquaient les remèdes et les secours dont iis pouvaient avoir besoin, et les administraient quand cela était nécessaire. Les mariages avaient lieu selon les rites de l’église chrétienne. Les enterrements se faisaient de même. 11 y avait à cet effet un cimetière attenant à l’église ; mais il va sans dire que les Indiens baptisés y étaient seuls ensevelis. Les autres habitants de la Réduction , que l’on nommait, comme il a été dit, des Catéchumènes, et qui formaient en général la masse de la population , étaient enterrés en dehors du village.
Tous ces services rendus par les Pères missionnaires à leurs troupeaux l’étaient gratuitement, et ils entreprenaient au même titre l’éducation des enfants. A cette fin, il y avait constamment, attachées à l’habitation, des écoles où les garçons et les filles ap-
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prenaient, dans des divisions séparées, le catéchisme, la lecture, un peu de chant, à filer, à coudre, etc. Les élèves les plus avancés servaient de maîtres aux autres. A quelques enfants enfin, on enseignait éga~ lement la musique et divers arls mécaniques.
Quelque économie qu’on y mîf, on comprend que ces établissements ne pouvaient se fonder qu’au moyen de sacrifices souvent considérables. Toutefois c’était par des aumônes que beaucoup d’entre eux furent élevés. Il faut dire que le gouvernement aidait aussi très fréquemment à leur fondation au moyen de sommes assez considérables, sommes qui se sont élevées quelquefois jusqu’à trois ou quaire mille piastres (trente ou quarante mille francs) pour une seule Mission.
Les frais d’alimentation auxquels les fondateurs des Réductions étaient constamment obligés de subvenir pendant les premiers temps où les Indiens étaient occupés à élever les habitations, absorbaient une bonne partie de ces fonds. Plus tard l’établissement se suffisait en général à lui même, au moyen des plantations et des semis qui se faisaient dans son voisinage, et surtout par l’élève de bétail, dans les fermes ou estancias qu’elle créait dans des sites convenables. Chaque année les bestiaux étaient comptés sous les yeux de l’autorité , et les nouveaux-nés étaient marqués au fer rouge, du sceau de la mission.
Les cultures consistaient, selon la nature du climat , en plantations de cannes , de cotonniers et
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d’arbres fruitiers, ou en semis de niais, de haricots, de riz, etc. Il y en avait qui dépendaient de la commune, et dont les fruits revenaient à la Direction; mais chaque habitant avait au moins, à lui, quelques cotonniers d’où il tirait les matériaux propres à se vêtir ; et beaucoup d’entre eux avaient quelques têtes de bétail. La plupart des Missions pouvaient par ces moyens se suffire entièrement à elles-mêmes après quelques années d’existence, et beaucoup d’entre elles avaient un surplus qu’elles vendaient ou échangeaient contre les articles qui leur étaient apportés par quelques commerçants de Santa-Cruz et de Valle-Grande, de Laguna ou de Tarija. Mais les Pères ne permettaient aux Indiens de se défaire des objets de première nécessité, que lorsqu’il était bien démontré qu’ils pouvaient s’en passer.
L’habillement ordinaire des Indiens des Réductions consistait en une chemise courte et un pantalon. Les femmes portaient le tipoi.
Le tableau qui suit complétera les idées que j’ai essayé de donner dans ce chapitre , sur l’ensemble des Missions de Tarija. J’ai marqué, dans la troisième colonne, la latitude des Réductions, telle qu’elle est donnée dans l’ouvrage que j’ai cité. La dernière colonne indique le nombre de bestiaux que possédait, vers une même époque, chacune d’elles. On pourra en inférer jusqu’à un certain point quelle était alors leur prospérité relative.