TA RUA
qui les accompagnent se font remarquer par des caractères analogues. Dans les moments de repos, qui étaient peu nombreux, on se réunissait pour chanter en chœur; les verres, pendant ce temps, continuaient à circuler. Vers minuit , on était appelé dans une autre pièce, où se trouvaient étalés de grands morceaux de viande rôtie, que l’on dévorait à qui mieux mieux ; ils étaient suivis de ragoûts fortement pimentés , qui excitaient à faire de nouvelles libations. Pendant que les uns continuaient à danser, d’autres dormaient sur les bancs , ou dans quelque chambre voisine; on voyait quelquefois deux individus sur le même lit. Il y en avait enfin qui ne dormaient pas, mais dont la liqueur avait singulièrement modifié l’allure.
Comme on le doit bien supposer, il devait naître d’un tel état de choses des scènes assez singulières, quoique pas toujours très poétiques. En voici un exemple dont je me souviendrai longtemps. J'errais un peu à l’aventure dans la ville, lorsque, voyant ouverte la maison d’une jeune femme de bon ton, à laquelle on avait expédié quelques minutes auparavant un messager, pour l’inviter au bal, j’y entrai. Le logis paraissait désert. J’allais rétrograder, lorsqu’ en poussant une dernière porte, je me trouvai dans la chambre à coucher. Voici ce que j’y vis : l’invitée était étendue sur son lit, ivre morte; sa bouche était remplie de gros morceaux de rôti Le messager était
assis à côte d’elle, également ivre, la tète inclinée
TARI JA
sur l’oreiller, et la ligure baignant dans une mare de produits stomacaux
Je sortis sur la pointe des pieds, pour ne pas troubler le repos de ce joli groupe.
Enfin , c’est surtout pendant les orgies du carnaval qu’ont lieu de bizarres mariages , qui ne le cèdent eh rien aux unions de Gretna-Green , et qui ne sont pàs moins valides. Ils se font en surprenant le curé , comme on dit ( sorprendiendo al cura). Il y en eut un pendant mon séjour ; mais je ne fus pas assez hèureux pour en être témoin. Le soir que le mariage fut célébré, le Provisor fut réveillé en sursaut, et, en s'e mettant sur son séant, il vit un jèune homme eit une jeune tille, à genoux au bord de son lit, qui lui déclarèrent qu’ils désiraient être unis par les liens du mariage. Derrière eux étaient d’autres personnes qui servaient de témoins. Le curé leur donna aussitôt, et sans autre formalité, la bénédiction nuptiale. Ces unions par surprise ont aussi lieu dans d’autres parties de l’Amérique, mais elles ne se font pas toujours comrhe à Tarija. Il arrive, par exemple, qu’à la fin dé la messe , au moment où le curé étend les bras pour donner la bénédiction , les futurs se lèvent et prennent à témoin les assistants que leur désir est d’être unis l’un à l’autre. Il n’en faut pas davantage pour qu’ils soient aussitôt reconnus comme mari et femme.