‹ Voyage dans le sud de la BolivieChapitre 35 sur 84 · I A K IJ A · texte numérisé non relu

I A K IJ A

niveau de la mer. La température moyenne de l’année est à peu près de 13 degrés centigrades. Le mois le plus froid dans cette partie de la Bolivie est celui de juin, pendant lequel le thermomètre s’abaisse continuellement au-dessous de zéro, la nuit. Les froids viennent ordinairement par accès subits ; ils durent environ une semaine, et l’atmosphère se tempère presque aussi subitement qu’elle s’était refroidie. Le ciel s’obscurcit souvent et persiste ainsi quelquefois durant plusieurs jours ; mais une fois que l’on se trouve dans la saison sèche, il ne pleut plus pendant les six ou huit mois qu’elle dure. Sous ce rapport, cette époque de l’année diffère de ce que l’on nomme la saison sèche, au Brésil, où il y a presque constamment de temps à autre quelque orage.

Les conditions hygiéniques dans lesquelles se trouve bâtie la ville de Tarija sont excellentes ; aussi les maladies que l’on y observe sont-elles en assez petit nombre, et dépendent-elles en général d’écarts de régime. La dyspepsie et la dysménorrhée sont les affections pour lesquelles j'ai été consulté le plus fréquemment. Les fièvres d'accès sont fréquentes dans quelques parties des environs, et je remarquai que beaucoup d’autres maladies affectaient souvent une forme analogue, découverte qui me permit de faire à peu de frais un assez bon nombre de miracles.

elle ne doil, par conséquent, être regardée que comme une mesure approximative.

TÀRIJA . 1 89

Pendant tout le temps que dura mon séjour, je ne vis pas un seul cas de phthisie pulmonaire.

Je crois avoir dit que lors de mon arrivée à Tarija mes deux collègues en médecine m’avaient reçu avec une certaine affabilité; mais cette bonne intelligence ne dura pas longtemps. L’un de mes rivaux, le docteur S., surtout, supportait avec peine que je lui tisse concurrence ; et il cherchait sans cesse le moyen de faire tomber en discrédit la science médicale du jeune francès.

Cette occasion se présenta enfin, du moins c’est ce qui lui sembla, et il la saisit avec empressement. Une vieille dame, assez riche, souffrait depuis longtemps d’une tuméfaction considérable du ventre. Elle fit appeler le docteur S., et elle commença, sous sa direction, un traitement curatif qui durait déjà depuis plusieurs mois lorsque j’arrivai. Voyant que son état, loin de s’améliorer, empirait au contraire tous les jours, ses parents lui conseillèrent de m’appeler en consultation. Le docteur S., que je rencontrai au lit de la malade, me fit l’histoire de la maladie, et donna comme son opinion que l’enflure était causée par une obstruction de l’intestin ( una obstruction); et il plaida fortement pour la continuation du traitement purgatif qu’il faisait suivre à sa malade dans le but de vaincre cette maladie obstinée. Je constatai de mon côté que l’intestin était sain, et que c’était le cœur qui était malade; et après avoir essayé, mais en vain , de démontrer à mon confrère que son obstruction

19P T^RJJA.

n’était qu’une liydropisie consécutive à la îpqjacjip du cœur, nous nous séparâmes. Le docteur S. ne manqua pas de publier que j’étais tombé au sujet de sa patiente dans une suite d’erreurs.

Quinze jours ou trois semaines après, on m’appela de nouveau, et je trouvai cette fois la malade dans un état désespéré. Elle avait donné congé au docteur S., et désirait que je lui donnasse des soins; j’y consentis volontiers, mais j’eus soin d’avertir ses parents qu’il n’y avait plus de ressource. Je cessai même, au bout de peu de jours, tout traitement, et je ne m’occupai que d’alléger les souffrances qui ne compagnèrenl ses derniers moments.

À peine eut-elle rendu le dernier soupir que pion impitoyable rival s’empressa de dire que l’erreur dans laquelle j’étais tombé au sujet de la nature vraie de sa maladie, et le traitement qui en était résulté, avaient été les seules causes de sa mort ; que si la pauvre dame fût restée entre ses mains, elle eût été infailliblement sauvée.

Dans un semblable état de choses il n’y avait qu’un seul moyen possible de faire éclater la vérité, c’était de faire l’ouverture du corps en présence de témoins, et de constater le véritable siège du mal. Mais jamais il ne s’était pratiqué d’autopsie dans le pays. Dès que la famille en entendit parler, elle s’empressa de faire enterrer le corps. Je m’adressai alors au préfet (qui était un homme de progrès), et non seulement j’obtins de lui tous les pouvoirs néces-

Page 1