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autre étaient généralement pris pour les fragments de quelque os des jambes ( canillas ) du géant.
Cependant à l’échantillon qui gisait dans ma chambre, il n’y avait pas moyen de se tromper; aussi je pense que l’hypothèse, que le géant qui portait des canines (< colmitlos ) de cetfe dimension pouvait bien être une bête à quatre pattes, trouva, en ce moment, grâce devant mon interlocuteur.
« C’est bien singulier, » continua le moine. «Et comment supposez-vous que cette race s’est éteinte? » Je répondis que je pensais qn’elle avait été noyée. « C’est juste, » dit-il, « dans le déluge! » — «Alors , mon père, dans votre opinion, l’arche de Noé n’était pas assez grande pour contenir une paire de ces créatures?» L efray.le convint,cettefois,qu’ils’étaittrompé.
J’ai dit que ce n’était pas seulement à Tarija que les restes fossiles du Mastodonte avaient été pris pour des ossements humains. L’histoire des prétendus os de Teutobochus, roi des Cimbres, découverts dans le Dauphiné en 1613, sont là pour le prouver. Il y a près de Bogota, nous dit M. de Humboldt, un champ tout rempli d’ossements de Mastodontes, et qui porte par cette raison le nom de* Campo dos gigantes (Champ des géants). Des contes semblables ont couru au sujet du Mastodonte de l’Ohio. Quant aux géants fossiles du plateau mexicain, ce sont de véritables Éléphants.
Je ferai remarquer ici que ce qui peut avoir contribué à soutenir l’idée que les ossements de Tarija ont réellement appartenu à des hommes, c’est une
TA1UJA.
tradition rapportée par plusieurs anciens historiens du Pérou, d’après laquelle il aurait existé, dans des temps très reculés, une race de géants sur les confins du grand désert d’Atacama. Je dirai plus : j’ai rencontré dans les relations des jésuites du Paraguay un récit qui, s’il était véridique, prouverait qu’il a existé des géants à une époque très rapprochée de la nôtre. Voici, par exemple, ce que dit à ce sujet le Père Osorio, dans une lettre qu’il adressait , du Chaco, à un missionnaire du Paraguay (1) :
« J’ai trouvé (dans le Chaco) une nation dont le » langage est si beau, qu’il ne cède quasi rien, en » politesse et en beauté, au latin ; il est encore si » riche qu’il a quatre mots pour exprimer le nom de » Dieu ; ce peuple se tient pour le plus généreux et » le plus civil de toutes ces contrées ; il est crime » stature qu’à peine puis-ie, le bras est endu , tou- » cher leurs testes . Leur naturel est doux, toutes » fois l’esprit vif, et prennent goust incroyable à tout » ce qu’on leur monstre d’Europe; leur rivière, belle » et fort large, se nomme Taricha. »
(1) Voyez le livre intitulé : Relation des insignes progrez de la religion chrestienne faits au Paraguai, prouince de l’Amérique méridionale, et dans les vastes régions duGuair et d’Uruaig nouuellement découvertes par les Pères de la compagnie de Jésus, les années 1626 et 1627, envoyée au R. P. Alutis Viletesci, Général de la même compagnie, parle R. P. Dvran, prouincial en la prouiuce du Paraguai. — Trad. du latin par un Père de la même compagnie. — Paris, M.DC.XXXVIll.