TARDA
Beaucoup objecteront, sans doute, qu’il y a bien loin de la taille des géants du père Osorio à celle des hommes dont le corps aurait eu pour charpente les monstrueux ossements des alluvions de Tarija ; mais à cela les habitants actuels ont toujours une réponse prête : c’est que les os ont subi une certaine croissance depuis qu’ils sont enfouis dans le sol (1). Il me semble qu’avec cet argument on pourrait facilement arriver à prouver que les os de Mastodonte ont appartenu à des nains. 11 suffirait, en effet, pour
(1) Cette opinion est soutenue, dans les termes suivants, dans un ouvrage qui a pour titre : Telegrafo mercantil del Rio de la Vlata , par D. Francisco Antonio Cabello, t. IV, p. 281.
(( Le sol de la ville de Tarija a la vertu de faire croître les os outre » mesure. Si un cadavre de taille moyenne est enterré, et qu’on » vienne à le retirer au bout de quelque temps, on rencontre les os » excessivement grandis; circonstance qui a fait penser qu’il y avait
» des géants dans ce pays Mais les faits ayant été exa-
» minés par des hommes capables, il est resté bien démontré qu’il » n’y a jamais eu de géants de ce côté, et que la grandeur des os » provient de ce que la terre a la propriété secrète de les allonger et » de les grossir, tant que leur trame continue à exister; dès que » celle-ci se détruit, la terre n’ayant plus sur quoi travailler, les osse- » ments se réduisent en poussière. t>
Pedro de Angelîs, qui cite également ce passage dans le sixième volume de sa précieuse Colleccion de documentas , fait mention, à ce sujet, de la découverte d’un immense squelette, à l’exhumation duquel aurait été présent le général O’Conor, alors colonel. Je profiterai de l’occasion pour dire que le général m’a assuré n’avoir jamais vu, durant son séjour à Tarija, de squelettes proprement dits, mais simplement des os isolés. Ce que lui et d’autres avaient pris pour tels
TÀRIJÀ.
cela, de faire une part suffisante au temps et aux propriétés nutritives du sol.
Les huesos de gigante ont, à Tarija, la réputation de porter bonheur aux maisons dans lesquelles on les conserve; il m'est souvent arrivé de rencontrer, dans le coin d'une salle, des fragments de tibia ou de fémur dont je n’ai pu, par aucune prière, me rendre maître : c’étaient pour ainsi dire les dieux pénates de l’habitation. D’après cela, on comprend que cesobjets devaient être bien connus de tous les habitants, et que je ne devais pas avoir beaucoup de peine à rencontrer des gens qui m’aidassent dans mes recherches. Dès que l’on sut que j’attachais du prix aux ossements, une foule d’individus se mirent à leur recherche, et il ne se passa guère de semaine que l’on ne m’apportât, de divers côtés, la nouvelle de quelque découverte importante. Je ne tardai pas aussi à m’aper* cevoir que ce n’étaient pas seulement des Mastodontes dont les ruines peuplaient les alluvions de la vallée; et j’engageai mes hommes à diriger leur attention sur les plus petits os qu’ils rencontreraient, tout comme sur les plus gros. Je fis moi-même beau-
n’avait jamais été autre chose que la réunion accidentelle de quelques os qu’on ne pouvait même pas certifier avoir appartenu au même individu. Il suffit de lire la description de l’exhumation citée par Angelis,dans le Voyage de sir E. Temple, pour être convaincu que, dans ce cas, il en était de même que dans les autres. J’ai eu de nombreuses occasions d’examiner le fait , et toujours les choses se sont présentées comme je l’ai annoncé.