TA HUA
semblé que les différences que Ton remarque dans la nature du sol de ces alluvions ne sont pas suffisantes pour expliquer les variétés de pétrification que Ton constate dans les os qui y sont enfouis. Si cette supposition venait à se vérifier, ne pourrait-on pas en inférer, jusqu’à un certain point, que les espèces dont on trouve les squelettes entiers ont vécu à une autre époque géologique , plus rapprochée de la nôtre, que celles dont les ossements sont épars?
Je désirais beaucoup me procurer une tête entière du Géant, et j’offris une récompense à celui qui, le premier, en découvrirait une. Cette promesse porta bientôt ses fruits, car quinze jours ne s’étaient pas écoulés que l’on vint me chercher pour me faire voir l’objet de mes souhaits ; mais cette tête n’était pas très entière, et la pétrification y était tellement prononcée, qu’il fallut six hommes pour la transporter à mon domicile, opération d’autant plus difficile qu’il fallait, pour y arriver, traverser la rivière. Je vis bientôt qu’il me serait impossible de conduire ce bloc jusqu’à Paris, et j’offris une plus forte récompense pour une tête plus parfaite ; mais il se passa longtemps avant qu’on en retrouvât une seconde. On y réussit néanmoins, et, un jour, à la suite d’une pluie torrentielle qui avait ouvert, dans la vallée, plusieurs nouvelles tranchées, on vint me prévenir que des dents s’étaient montrées sur les parois de l’une d’elles dont la profondeur n’était pas de moins de 12 à 15 mètres.
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Je fis aussitôt creuser de haut en bas, afin de mettre toute la pièce à découvert, et j’eus la satisfaction de trouver une tête dans un état de conservation parfaite. Cela ne dura malheureusement pas longtemps. Pour la retirer de la petite terrasse où elle se trouvait, il fallut la monter avec des cordes, et, en faisant cette opération, la partie postérieure se détacha et alla se briser au fond de la ravine ; la partie antérieure, qui comprenait la mâchoire supérieure, fut amenée sans accident. Je me consolai de cette perte par la pensée que, quand même j’eusse réussi à placer le morceau chez moi, sans le briser, il m’aurait été impossible, avec les moyens que j’avais à ma disposition, de le porter plus loin, à cause de son immense poids.
Des occupations du genre de celles dont je viens de parler m’eurent bientôt mené, à travers la triste époque du carême, jusqu’à la semaine de Pâques. Tarija, redevenant alors lui-même, changea encore tout à fait d'aspect. Il y eut une sorte de seconde édition de la semaine du carnaval, avec ses bals, ses festins et ses chants appropriés à la circonstance. Les gens du peuple, ou ckolos , se fabriquent pour cette occasion de tout petits violons, avec lesquels on les voit arpenter les rues et les campagnes par grandes troupes , en chantant à tue-tête un air de Pâques qu’ils accompagnent sur leurs glapissants instruments.
Une seule scène m’intéressa véritablement au mi-
TARI JA
lieu de tout, ce mouvement : ce fut la procession qui eut lieu le dimanche de Pâques. La nuit précédente, la dernière du carême, avait été passée à veiller, en attendant l’heure de minuit où l’on mangea du rôti de bœuf , plat consacré pour cette partie de la fête.
Dès la première apparition de l’aurore, on célébra dans la cathédrale une grande messe , et , aussitôt après, la procession se mit en marche, ayant en tête le clergé richement costumé.
Sur le trajet que devait parcourir la sainte file, on avait élevé pendant la nuit, de loin en loin, des autels devant chacun desquels on faisait une halte, comme cela se pratique à la Fête-Dieu dans les villages de France. Toutes les rues étaient garnies d’une longue série d’arcs de verdure de l’aspect le plus élégant : c’étaient de longues et minces cannes revêtues, dans toute leur étendue, de gerbes de feuilles assez semblables à celles d’un Lis géant. La grande place était complètement entourée de ces légers berceaux, et, vue au clair de la lune , elle présentait un tableau des plus frappants. Lorsque le premier rayon de soleil vint éclairer la scène, et tout ce peuple agenouillé sur le passage de la brillante image, on pouvait se croire au milieu d’un songe.