‹ Voyage dans le sud de la BolivieChapitre 47 sur 84 · DE T ARMA. A SAN-LUIS · texte numérisé non relu

DE T ARMA. A SAN-LUIS

ï,o h juin , après avoir pris congé de mes amis pour quelque temps , je partis de Tarija. J’étais accompagné du général O’Conor, avec lequel je devais faire route jusqu’à San-Luis, où il possédait, comme je crois l’avoir dit, une propriété.

Je n’emmenai avec moi que mon cheval de selle et une seule mule. En arrivant à la frontière, je comptais louer d’autres bêles de somme pour me mener au Chaco, afin qu’au retour les miennes pussent résister au voyage que je me proposais de faire immédiatement à Chuquisaca. Mes malles renfermaient , outre une toilette des plus modestes, quelques objets de régal pour les sauvages.

En sortant de Tarija, notre route suivit une direction sud-sud-est, côtoyant à distance le rip de Tarija, qui resta à notre droite. Mais , arrivé au point de la séparation du chemin qui conduit à la vallée de la Concepcion, c’est-à-dire, à environ une lieue et trois quarts de la ville, nous nous dirigeâmes presque directement à l’est, jusqu’auprès du petit village de Santa-Ana. Tournant alors de nouveau au sud, nous arrivâmes en quelques minutes à la ferme du général, où nous devions passer la nuit.

Plusieurs ravins assez profonds s’étaient offerts à notre vue pendant le trajet; mais, comme il ne s’y trouvait presque pas d’eau, ils ne présentèrent aucun obstacle à notre marche. Les principaux de ces ravins, ou quebradas, portent les noms de Quebrada del Monte, Quebrada Fonda, Quebrada del Fuente, et Quebrada de Matarra. Tous sont creusés dans le terrain alluvial dont il a déjà été question, et présentent , à peu de chose près, les mêmes caractères. Dans F un d’eux, je remarquai, au-dessus du limon , une couche assez épaisse d'une terre argîlo-sableuse blanche, qui ne porte pas d’autre nom que celui de tierra blanca , et qui sert quelquefois, comme le gypse, ou yeso, à blanchir les maisons. Cette même substance existe en quantité considérable, mais plus ou moins mélangée, dans un morne assez élevé que l’on traverse à une demi-lieue de la ville, et qui porte, à cause de sa couleur, le nom de Morro-Blanco.

Sur un des ravins que j’ai mentionnés, il existait un pont naturel où passait le chemin, mais il a été emporté par l’eau. La résistance de ces dépôts limoneux à F action des pluies est si faible, quil me paraît certain qu’avec le temps il en disparaîtra une grande partie de la vallée. Les immenses sillons dont toute la plaine est labourée sont des preuves incontestables de la vérité de cette assertion. On est étonné souvent des changements que quelques jours de pluie amènent dans la configuration de certains points des environs de la ville.

DE TARIJA

Le S, le général ayant quelques affaires à régler à Santa -Ana, proposa de prolonger d’un jour notre halte. Pendant ce temps, je m’occupai à parcourir les environs, que je connaissais au reste déjà pour y être venu plusieurs fois pendant mon séjour àTarija. Santa- Ana étant situé à peu de chose près au même niveau que Tarija, le climat y est le même. Mon hôte y avait un très beau vignoble qui couvrait un coteau dont la petite rivière de Santa- Ana baigne le pied. Le capricieux courant venait de causer à la propriété quelques dommages, et aurait pu même en entraîner la destruction totale, si le général n’y eût mis ordre au plus vite. Alors, comme pour se venger de l’obstacle qu’on lui avait opposé, le rio alla labourer les coteaux de l’autre rive , que couvraient également d’innombrables ceps.

Je me trouvais en visite chez le général au moment où la vendange avait lieu : c’était à la fin d’avril. La nouvelle de la visite du président s’était déjà répandue, et l’on avait appelé tous les paysans à la ville pour les enrôler dans les lignes de la garde nationale et leur enseigner les manœuvres. De sorte que ce ne fut qu’avec la plus grande peine, et lorsque le raisin était déjà trèsavancé, que la cueillette put être faite. La vendange fut exposée ensuite pendant deux jours sur le toit du pressoir , afin qu’elle reçût quelques derniers rayons de soleil. Ayant ensuite égrené le raisin , on s’occupa de le fouler. Cette opération se fit à bien peu de chose près comme dans beaucoup de cam-

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