‹ Voyage dans le sud de la BolivieChapitre 51 sur 84 · A 3AN-LUIS · texte numérisé non relu

A 3AN-LUIS

qu’il se sérail, rétabli; il comptait pour cela retour ner sans retard à Tarija.

L’obligation où le capitaine se trouvait de se rendre de nouveau à la capitale devait me retenir près d’un mois à Sau-Luis. Il avait, en effet, pris à son service, depuis plusieurs jours, et engagé pour ce voyage , le seulliomme du pays qui connût la langue desChiriguanos, c’est-à dire le guarani, et il m’était complètement impossible de mettre mon plan de voyage à exécution sans l’assistance de cet homme, qui s’appelait Celestino Valdibiezo. J’eus avec lui une longue conversation qui me confirma dans la bonne opinion que je m’étais formée sur son compte. Décidé alors à prendre patience jusqu’au retour de mon guide, je repris, avec le général, le chemin de la ferme.

Le 14, on célébra la Fête-Dieu ( et Corpus) , et j’eus la curiosité d’aller au village pour voir comment les choses allaient se passer. Cela pouvait se comparer à ce qui a lieu, lors de cette même fête, dans un pauvre village catholique de l’Europe, si ce n’est qu’il y avait, en plus, à San-Luis des Chiriguanos et de la chicha; et que la laideur des paysans de ce village dépasse infiniment tout ce que j’ai vu de plus laid de ce côté-ci de l’Atlantique.

La procession fut tout à fait en harmonie avec les lieux , et il en fut de même pour le reste. Le capitaine Gardner, qui s’était traîné, ce jour-là, à sa porte, pour recevoir un peu de soleil, devait, je crois, sourire à la vue de tonte cette boiteuse cérémonie ;

SÉJOUR

et les pauvres Indiens, qui la contemplaient si naïvement, devaient se dire que leurs fêtes à eux, avec leurs vêtements déplumés de toutes couleurs, étaient bien plus jolies; c’est précisément aussi ce qui me vint à la pensée. Le fait est que j’ai rarement eu l’occasion de voir la religion aussi misérablement représentée. La fin de la journée se passa à boire, partie de la fête que les sauvages comprirent bien mieux. Les scènes bouffonnes qui s’y passèrent ne méritent pas d’être racontées. Une seule d’entre elles excita un peu ma gaieté, qui fit bientôt place à la pitié. Deux drôles, pour nous divertir, tenaient à terre un pauvre Chiriguano, pendant qu’un autre vaurien, déguisé en vautour, lui bécotait le dos avec un énorme bec crochu qui lui masquait la figure.

Les jours qui suivirent la fête du Corpus se passèrent pour moi bien agréablement dans la société de mon hôte, que je ne quittai que pour faire quelques excursions dans les forêts d’alentour. Le général s’occupait en ce moment à renouveler les roues de son moulin. Ces roues n’étaient pas construites sur le plan des roues hydrauliques que l’on voit ordinairement en Europe, c’est-à-dire que ce n’étaient pas des roues verticales. Celles que j’ai vues partout en usage dans cette partie de l’Amérique sont horizontales et de dimensions bien plus petites que les autres. Elles sont formées de palettes en forme de cuillers, au nombre de huit à douze seulement, qui s’attachent immédiatement à l’axe. La conca-

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