‹ Voyage dans le sud de la BolivieChapitre 52 sur 84 · A SAN-LUIS · texte numérisé non relu

A SAN-LUIS

vite de leur partie évasée est un peu oblique par rapport à l’horizon, de manière qu’elles reçoivent plus utilement le choc de l’eau qui tombe sur elles d’en haut, et un peu d’arrière en avant. Pour que ces roues puissent résister à la force qui les meut, et à l’action continue de l’humidité, on est obligé de les faire d’un bois très dur : c’est celui du Quinaquina dont le général fit choix pour les siennes. J’ai déjà parlé des qualités toutes particulières que présente ce bois. L’odeur qu’il répand lorsqu’on le coupe est des plus agréables.

Pendant les courses que nous fîmes à la foret pour surveiller les progrès du travail, j’eus une idée que je me hâtai de mettre à profit, car il aurait été difficile de retrouver une occasion aussi favorable. C’était de faire une collection des bois des arbres forestiers de ces environs. Mon aimable hôte, auquel je fis appel, se mitaussitôt à l’œuvre, et, peu après, la hache et la scie avaient si bien fait leur devoir qu’il ne me restait que peu de chose à désirer sous ce rapport. C’était la famille des Légumineuses qui avait, parmi les soixante espèces que nous recueillîmes, le plus grand nombre de représentants. J’ajouterai qu’un assez grand nombre d’entre elles n’étaient pas suffisamment développées , dans celte saison, pour qu’il ait été possible de déterminer leurs noms botaniques avec toute la précision désirable.

Les plus beaux bois du pays sont, outre le Quina quina , le Cedro , dont il a été aussi plusieurs fois fait

SÉJOUR

mention, le Lauret , le Nogal , le Soto, I e Mocan, le Lama , le J area gateada7\e Jarca coloraday\e Tipa et deux espèces de Lapacho . Le Nogaln’est pas, comme son nom semble l’indiquer, le Noyer, dont il se rapproche cependant par la forme de ses feuilles : c’est le Rhusjuglandifolium des botanistes ; son bois est d’un brun foncé. Le Laurel , qui est un des plus beaux arbres de la forêt, est un vrai Laurier; il fournit un bois qui ressemble un peu, lorsqu'il est frais, à celui de notre Noyer que je citais tout à l’heure; mais en vieillissant il devient presque noir. Le cœur du Jarca gateada est brun et présente des marbrures magnifiques; celui du Lanza est très dur etpresquenoir. Les bois de Solo et de Chirimolle sont d’un rouge clair vers le centre du tronc, et celui de Jarca colorada est d’un rouge foncé. Enfin, les Lapachos (1), ainsi que le Churqui , fournissent des bois qui ont beaucoup d’analogie avec le palissandre.

Tous les arbres que je viens d’énumérer ont un aubier plus ou moins blanchâtre; ceux dont le bois est blanc dans toute son épaisseur, sont 1 eMongil, le Suiquillo , le Tipa , le Yuruma , etc.

Les richesses minérales de cette partie de la Bolivie sont encore très peu connues; j’ai entendu plusieurs fois parler de gisements considérables de sables aurifères que les Indiens ont découverts du côté du Pilcomayo; mais on ne les exploite pas

fl) Ce sont des Bignoniacées.

A SÀN-LIJ1S.

encore (1). En définitive, la seule mine que j’y aie vue est une mine de sel gemme qui se trouvait sur les terres du général, etqu’ilmemenaun jour visiter. Tous les petits cours d’eau que nous passâmes pour y arriver avaient un goût saumâtre, mais les efflorescences qu’ils déposaient sur leurs rives n’étaient pas à beaucoup près aussi abondantes que celles que j’avais vues au bord des ruisseaux de Polla.

Le sel gemme constitue un dépôt horizontal, d’une épaisseur inconnue, au-dessous d’une couche d’argile au sein de laquelle se rencontrent des masses d’une roche cristalline très polymorphe , qui n’est autre chose que du gypse ou ijeso. Tantôt compacte et blanche, d’autres fois cette matière est d’une couleur violacée ou grisâtre ; après l’avoir brûlée, on l’emploie, dans presque toute la Bolivie, pour blanchir les maisons.

L’exploitation de la matière saline n’avait consisté encore que dans le percement de puits verticaux, qui traversaient les argiles et la couche de gypse. Mais ces puits se remplissaient constamment, au retour des pluies, et il fallait sans cesse recommencer le travail. La situation de la couche saline dans l’épaisseurd’une

(1) Mon liôte m’assura qu’il était rare qu’après une crue un peu forte du rio de Tarija,on ne découvrît pas dans son lit quelques fragments de quartz, plus ou moins mêlés d’or.

On dit également avoir constaté aux environs de la capitale, la présence de la houille, et cela à une très faible profondeur. Il serait à désirer que le gouvernement fît faire de nouvelles reclieiches à ce sujet.

SÉJOUR A SAN - LUIS

berge dont la pente s’incline jusqu’au bord d’un ruisseau a permis au général de l’attaquer d’une manière bien plus avantageuse. Au moyen d’un chemin à ciel ouvert dont la pente permet aux eaux de s’écouler facilement, il retire aujourd’hui son sel avec des brouettes , et peut le livrer aux éleveurs de bestiaux à raison de quatre réaux ( deux francs cinquante centimes), la charge de six arrobes (environ 70 kilogrammes). 11 s’en consomme annuellement, par celte classe d’agriculteurs, une quantité considérable. La manière de le donner est d’en mettre un morceau dans le lieu où les animaux se tiennent habituellement, et où ils vont tour à tour le lécher. Ce sel natif contient toujours une certaine proportion de sel de magnésie, et donne lieu à des effets purgatifs lorsqu’il est administré en quantité considérable; il est quelquefois parfaitement blanc, et transparent comme du cristal; mais il est, tout aussi souvent coloré par des oxydes minéraux, et il devient opaque, en présentant une coloration rose ou ferrugineuse.

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