‹ Voyage dans le sud de la BolivieChapitre 56 sur 84 · DE SAN-LUIS · texte numérisé non relu

DE SAN-LUIS

une quantité immense. L'édit rendu par le président, à son passage à Tarija, était de nature à porter les colons à donner encore plus de développement à cette branche de l’agriculture, qui a formé, en tout temps, la principale richesse du département (1). Presque tous les bestiaux introduits à Caiza ont été amenés des environs d’Oran qui est, sur le rio Bermejo, la ville de la République Argentine la plus voisine. Le prix d'un bœuf d’un an n'est, dans cette localité, que d'une piastre (cinq francs) ; le bœuf de deux ans s'y vend deux piastres ; celui de trois ans trois piastres, et ainsi de suite. A Caiza ils se vendent le double ; et à Tarija, le quadruple ou davantage. C’est dans les villes des parties élevées de la république que les éleveurs réaliseraient de beaux bénéfices s’ils pouvaient y mener leurs bestiaux plus facilement; mais la nature pierreuse des routes de la Cordillère et le manque de fourrages s’y opposent. Ils pourraient obvier en partie à la première de ces difficultés en ferrant leurs bœufs, ainsi que cela se pratique dans quelques parties de l’Europe; mais l'idée ne leur en est point encore venue.

Le village de Yilla-Rodrigo, auquel je ne tardai pas à arriver, me frappa par son aspect de gaieté; les au-

(1) Outre les exportations considérables de bœufs en nature que fait Tarija aux départements voisins de Potosi et de Chuquisaca, il fournit encore ces départements, de cuirs tannés (suelas).

A VILLA-RODRIGO

très villages de la frontière m'avaient inspiré un sentiment tout opposé. Les maisons qui la composaient, quoique cl’une construction un peu trop simple, puisque la plupart ne consistaient qu’en une seule pièce, étaient bien alignées , et avaient un aspect de propreté qu’étaient loin de posséder celles de Carapari. La plupart étaient construites en troncs de Carandaïs ou en bambous , et recouvertes de chaume. Les murs d’un petit nombre d’habitations avaient , en outre , un crépissage de boue. Les meubles qui les garnissaient étaient des plus élémentaires , et quelques unes en étaient dépourvues, à moins qu’on ne voulût donner ce nom à quelques cuirs de bœuf sur lesquels les colons s’asseyaient, mangeaient et couchaient. Quelques uns y avaient ajouté deux ou trois crânes de cheval ou de bœuf qu’ils avaient rapportés de la pampa , et qui faisaient des tabourets assez commodes. En passant devant les portes ouvertes des habitations de cette ville naissante, et en jetant les yeux sur ces intérieurs si peu attrayants , je me rappelai involontairement le bon lit de cannes du capitan d’Abarenda, et je fis encore quelques comparaisons, tout en faveur des sauvages.

Sur un des côtés de la grande place, qui comprenait alors presque tout le village de Villa-Rodrigo, s’élevait un fort de boue, en tout point semblable à ceux dont j’ai déjà parlé. Mais ce fort, n’étant construit que très récemment, avait réellement un aspect séduisant; ses bastions à toits de chaume, me rappe-

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