‹ Voyage dans le sud de la BolivieChapitre 57 sur 84 · DE SAN-LUIS · texte numérisé non relu

DE SAN-LUIS

laient quelques pigeonniers de mon pays. Ils avaient une physionomie si coquette que je n’eus rien de plus pressé que de chercher à faire de l’un d’eux ma demeure. Un lieutenant d’artillerie nommé Araniva faisait, par intérim, l’office de commandant du fort ; je ne me fus pas plutôt présenté à lui qu’il m’offrit lui-même de me loger dans l’une des tourelles. Une de mes connaissances de Tarija, le général Raîia, en occupait une autre, en attendant que la maison qu’il faisait bâtir, pour lui et ses gens, fut terminée.

Mon plan de voyage à travers le Chaco était connu à Villa-Rodrigo depuis quelque temps, et le lieutenant Araniva offrit de m’aider à le mettre à exécution par tous les moyens qui étaient en son pouvoir; il commença par prescrire au corrégidor de me fournir des animaux pour le voyage préliminaire que j’allais faire aux rives du Pilcomayo. J’appris avec plaisir que les différends qui s’étaient élevés entre les habitants de la frontière ( fronteristas ) et les Indiens, par suite de quelques menaces faites sans réflexion par le dernier gouverneur, s’étaient arrangés à l’amiable. Mais ma satisfaction était un peu troublée par la crainte que le mauvais vouloir des sauvages ne se montrât de nouveau, si le gouvernement venait â effectuer, avant mon retour, un projet au sujet duquel il avait pris une première décision, en vertu de laquelle on devait élever un nouveau fort sur les bords mêmes durio Pilcomayo, dont Villa-

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Rodrigo est éloigné de dix-huit à vingt lieues. Un soulèvement général des naturels aurait été alors presque inévitable, et j’avoue que je n’eusse pas voulu me trouver au milieu d’eux dans de semblables conditions. Les renseignements que j’obtins sur les tribus qui se trouvaient alors dans le voisinage de la partie du Pilcomayo que j’allais aborder me donnèrentlieu d’espérer que j’y rencontrerais le chef principal de la nation des Tobas , le fameux Nokoé, qui fit une opposition assez déterminée aux mouvements du général Margarinos, lorsque celui-ci fit la tentative de naviguer le Pilcomayo, comme il sera dit plus loin. En cette occasion, le capitan Yumbai fut le seul des chefs de cette nation qui restât fidèle aux Boliviens. Tous s’accordaient à dire que ce Yumbai était l’ami le plus déclaré qu’eussent les chrétiens, parmi les Tobas, et je me déterminai en conséquence à chercher à entrer tout d’abord en communication avec lui, d’autant mieux que Celestino, mon linguafaz , le connaissait particulièrement.

Avant que je me retirasse, Araniva voulut me faire visiter la salle d’armes du fort, qui contenait un armement complet pour quatre-vingts hommes, en très bon état; il appela particulièrement mon attention sur un petit canon de bronze qui se trouvait à l’entrée de la cour, et qui faisait, à ce qu’il médit, l’effroi des sauvages qui le regardaient comme sorte de divinité.

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