‹ Voyage dans le sud de la BolivieChapitre 59 sur 84 · LE GRAN-CHACO · texte numérisé non relu

LE GRAN-CHACO

Pendant que les habitants de Villa-Rodrigo continuent de célébrer la fête de leur patronne par des libations de chicha, et pendant que Celestino selle et bride les chevaux qui doivent servir à mon excursion, jetons un coup d’œil général sur la région curieuse dans laquelle je vais faire pénétrer mes lecteurs par la pensée, et à travers laquelle je voulais ouvrir un chemin de communication avec le Paraguay. Cette digression, si c’en est une, ne sera pas inutile, car elle donnera une idée du genre de difficulté que présentait l’entreprise que je projetais (1).

D’après Lozano (2), le nom de Chaco ne serait pas très ancien ; il n’en est pas même fait mention dans

(1) Ce chapitre, dans lequel je ferai connaître les principales tentatives qui ont été faites pour effectuer la traversée du Chaco par terre, d’une manière régulière, sera complété parce que je dirai plus tard sur la navigation des deux grandes artères de cette région, le rio Pilcomayo et le rio Bermejo.

(2) Description chorografica del terreno , nos, arboles y animales de las dilatadisimas provincias del Gran Chaco Gualamba , y de los rios y costumbres de las innumerables naciones barbaras o infielas que lo habitan ; por el Padre Lozano. Cordoba, 1733.

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la vie de saint François Solano, religieux de l’ordre de Saint-François, qui a parcouru le pays désigné sous ce nom, pour y répandre la lumière de l’Évangile. Dans la langue quichua, on appelle chacu , ces grands troupeaux de bêtes fauves que les peuples de cette partie de l’Amérique rassemblent dans leurs chasses, au moyen de battues ; et on a donné le même nom au pays dont il est question, parce que, quand François Pizarre se fut rendu maître de l’empire péruvien, un très grand nombre de ses habitants s’y réfugièrent. De Chacu, que les Espagnols prononcent Chacou , l’usage a fait Cliaco. Lozano dit encore qu’on n’a compris d’abord sous ce nom que la région qui est renfermée entre les montagnes de la Cordillère, le Pilcomayoet le Bermejo; et qu’on l’a étendu ensuite, à mesure que d’autres nations se sont jointes aux Péruviens qui s’y étaient réfugiés pour défendre leur liberté contre les Espagnols.

Quoique l’on puisse trouver quelque chose à redire à cette étymologie, et surtout aux raisons apportées à son appui, je ne crois pas qu’il soit bien utile de s’y arrêter; mais un fait qui mérite d’appeler l’attention, c’est que ce nom de Gran-Chaco, qui est d’un usage si général dans une grande partie de l’Amérique Méridionale, et qui sert a désigner une région immense, soit omis dans plusieurs traités de géographie moderne, et ne paraisse qu’ incidemment dans d’autres.

On comprend aujourd’hui sous le nom de Grau*

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Chaco ou de Cliaco-Gualamba , cette vaste étendue de pays plat qui se trouve située entre le 19e et le 30e degré de latitude sud, et qui est limitée, à l’est, par le rio Paraguay et le Parana; et, à l’ouest, par le rio Parapili , les frontières de la province de Salta et le rio Salado. Cette dernière rivière, et les rios Pilcomayo et Bermejo qui traversent le Chaco en diagonale, le partagent, comme l’a montré Arenales, en trois sections (1), que l’on désigne par les épithètes de Septentrionale, Centrale et Australe. De ces sections, la première, qui confine au nord avec les immenses marais de Xarayes et de San-José, dans la province de Chiquitos, dépend naturellement de la Bolivie; et la troisième, comprise entre le Bermejo, le Salado et le Parana, doit appartenir, selon toute évidence, à la république de la Plala. Quant à la seconde section, c’est-à-dire la grande bande qui se trouve entre le Pilcomayo et le Bermejo, il y aurait sans doute à discuter, s’il s’agissait de déterminer à laquelle de ces deux républiques voisines elle devrait revenir de droit ; je me contenterai de constater que, de fait, cette belle portion du Chaco est sous la dépendance de la Bolivie, ainsi qu’elle l’a prouvé en y plantant la colonie de Villa-Rodrigo. Reste à savoir si la république de la Plata, qui re-

(1) Noticias historicas y'descriptivas sobre el gran pais del Chaco y rio Bermejo; par José Arenales. Buenos-Aires, 1833.

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garde encore le département de Tarija comme lui appartenant, consentira à abandonner les droits qu’elle peut avoir sur la partie correspondante du Chaco.

Essayons maintenant de donner une idée de la physionomie de cette région intéressante, dont l’étendue et les richesses, dit Arenales, ne sont comparables qu’à celles du fleuve majestueux qui la limite.

Un des caractères les plus remarquables du Chaco est l’uniformité de sa surface, et la faible élévation de son sol au-dessus du niveau de l’Océan. Haënke a fait cetle remarque au sujet de plaines de Santa- Cruz de la Sierra, de Moxos et de Chiquitos, qui se continuent avec sa partie septentrionale. Àzara a fait la même observation sur la partie qui avoisine le Paraguay. J’ai mesuré, de mon côté, l’élévation du Chaco vers la frontière de Tarija, et je ne lui ai trouvé qu’une hauteur de 160 mètres au-dessus du niveau de la mer : ce qui ne donne guère, pour la pente générale de ses rivières, que 10 mètres par degré.

Ce faitseulpermetdéjà de présumer queles inondations doivent être inévitables dans ces districts. Leur fréquence doit, je pense, être considérée comme le plus grand obstacle qu’auront à rencontrer les communications qui devront s’effectuer à travers ces districts, et les établissements que l’on voudrait y fonder. Les inondations sont, au reste, beaucoup plus étendues dans le nord du Chaco que dans le sud.

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Pendant la saison des pluies, qui dure d’octobre en mars, ces plaines inondées présentent l’aspect d’un grand océan semé d’îlots de verdure. Les rivières, qui, quelque temps auparavant, coulaient limpides entre leurs berges, se gonflent alors outre mesure, en descendant de la Cordillère, et leurs eaux se chargent d’un limon abondant qui se dépose, lorsqu’on arrivant dans la plaine, leur courant vient à perdre de sa violence : il en résulte un changement presque continuel dans la constitution du lit de plusieurs des rivières qui parcourent le Chaco, et, par conséquent, un obstacle à leur navigation.

La monotonie de la surface du Chaco se reproduit dans sa végétation ; mais celle-ci n’en prend qu’un cachet plus spécial. On y voit d’immenses espaces recouverts, à bien peu de chose près, d’une seule espèce d’herbe, d’une même espèce d’arbre. Il n’est pas de voyageur dans le Chaco qui n’ait fait mention des Palmarès , ou vastes accumulations de Palmiers, qui s’y présentent. Vues d’une certaine élévation, les forêts constituées par ces arbres sociaux offrent l’aspect d’un océan. L’Algarrobo ( Prosopis clulcis ) forme encore des bois d’une grande étendue , auxquels on donne le nom d y Arcjarrobales . On peut en dire autant de l’élégante Mimosée connue sous le nom de Vinal. Cet arbre croît surtout dans les lieux sujets aux inondations , et porte des épines très épaisses qui ont quelquefois plus de 2 décimètres de longueur. Le suc de ses feuilles, qui est astringent,

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est regardé comme un remède souverain contre les ophthalmies. Le Gayac, que l’on appelle, à cause de ses vertus, Palo-Santo , forme aussi des bosquets dans quelques parties. La Bombacée, connue sous le nom de Palo-Borracho , y est également assez fréquente, et, sur les bords du rio Bermejo, on voit presque partout des bouquets de Saules et de Peupliers, que les navigateurs de ce fleuve décrivent comme le plus bel ornement de ses rives. . *

Je pourrais aussi parler des animaux qui habitent les rivières, les vastes pâturages dépourvus d’arbres, ou les bosquets si variés du Chaco ; mais comme ils n’ajoutent que fort peu à la physionomie du pays, et qu'ils sont les mêmes que ceux qui se rencontrent dans les contrées civilisées adjacentes, je crois qu’il est inutile d’insister sur ces détails. Arrêtons-nous cependant un moment sur l’homme.

On est étonné, en lisant les narrations de quelques anciens auteurs , du nombre vraiment prodigieux de nations différentes qui sont signalées comme peuplant le Chaco, et dont on ne retrouve même plus les noms dans les historiens qui les ont suivis. Voici les raisons de cette confusion.

Avec le temps, dit Azara, les nations et leurs subdivisions ont changé de nom ; et , ceux qui ont voulu prendre, plus tard, des informations sur ce sujet, ont trouvé encore d’autres noms qu’ils ont acceptés, sans chercher à déterminer s’ils ne s’appliquaient pas à des tribus déjà connues. C’est ce qui

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fait que, dans les cartes du Chaco tracées par les Jésuites, il y a à peine de la place pour toutes les dénominations que l’on y a accumulées.

Les conquérants et les missionnaires, dit encore le même auteur, n’ont jamais cherché à faire une description véridique des nations qu’ils ont rencontrées ; leur but n’était que de donner la plus haute idée possible de leurs prouesses, ou d’exagérer les travaux qu’ils avaient exécutés. C’est ainsi qu’ils ont grossi à l’infini le nombre des Indiens du Chaco; et, de quelques peuplades, ils ont même fait des anthropophages.

Azara croit que toutes les tribus qui habitent le Chaco doivent se rapporter aux dix-sept nations suivantes : les Guaranis, les Aquitequedichagas, les Ninaquiguilas, les Guanas, les Mbayas, les Lenguas, les Machicuys, les Enimagas, les Guentusés, les Tobas, les Petilagas, les Aquilotes, les Mocobis, les Abipones, les Vilelas, les Chunupès et les Guaycurus. La plupart de ces nations sont errantes; le lieu où elles fixent leur domicile momentané est déterminé par les exigences de la pêche et de la chasse, qui constituent leurs moyens d’existence ; ou bien, par la nature des relations qu’elles entretiennent avec les autres tribus du même pays. Enfin, les inondations auxquelles le Chaco est si sujet, peuvent encore être considérées comme une des principales causes déterminantes des migrations de ses habitants.

On comprend combien il doit être difficile d’arri-

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ver à un chiffre môme approximatif au sujet de la population d’un pays semblable. Arenales croit qu'au commencement du xvnr siècle, elle pouvait être environ de cent mille âmes; maintenant, si l’on prend en considération les persécutions nombreuses qui ont été exercées contre elle, et surtout les ravages faits dans ses rangs par la petite-vérole, on se convaincra facilement que, depuis lors, elle a dû diminuer considérablement de nombre. D’après l’auteur que je viens de citer, la population delà section australe du Chaco peut être estimée à trente ou quarante mille habitants.

Il s’écoula un temps assez considérable, à la suite de la conquête, avant que les Espagnols tentassent de pénétrer dans le Chaco, dans le but d’y former des établissements réguliers. Le premier qui l’essaya fut le capitaine Andres Manzo. Cet officier, ayant été en butte à quelques persécutions de la part du gouvernement péruvien, passa, dit-on, lePilcomayoet chercha à s’établir sur les rives occidentales de cette rivière. Mais, attaqué de toutes parts parles Indiens Chiriguanos, il y perdit la vie, laissant à cette partie du Chaco le nom de Lianos de Manzo , sous lequel elle est indiquée encore, jusqu’à ce jour, dans quelques cartes. La mauvaise réussite de cette entreprise fit abandonner toute idée de pénétrer dans le Chaco parce côté.

La Compagnie de Jésus, à laquelle la position qu’elle occupait dans le Paraguay donnait une facilité

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lou te particulière pour entreprendre cette immense conquête, crut qu’elle y arriverait sans rencontrer des obstacles très considérables, mais elle y consuma un siècle sans obtenir d’autre avantage que celui d’augmenter le nombre de ses martyrs.

Tant de sang versé inutilement, dit Angelis (1), tant de périls encourus en vain, réveillèrent la sollicitude des gouvernements, qui finirent par prendre une part active à ces entreprises. Don Angel Peredo, gouverneur de Tucuman, pendant les années 1670 et suivantes, organisa diverses expéditions dans le but de punir les Indiens qui avaient envahi Jujui et rasé Esteco. Cet exemple fut suivi par un de ses successeurs, D. Estevan de Urizar, qui avait été témoin, à Salta, des malheurs causés par l’invasion des barbares. « Mais comme Don Esteban était avant tout un parfait chevalier » selon l’expression de Lozano, « et très attaché à ses devoirs de bon chrétien, il voulut d’abord consulter les tribunaux supérieurs du pays afin de savoir s’il lui était licite de faire aux Indiens de la frontière une guerre offensive. » 11 exposa donc formellement ses griefs devant les magistrats, et l’Audience royale de Charcas, ainsi qu’un concile de théologiens à Lima , conclut , des informations qui leur furent données au sujet des méfaits des Indiens, qu’il n’était que juste d’en tirer vengeance.

(1) Diseur soprelminar al Diario de Malorras.

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A la suite de cette déclaration, les milices des provinces limitrophes furent convoquées, et il fut décidé qu’elles feraient une entrée générale dans le Chaco. Celles de Jujui, de Salta, de Tucuman, de Santiago et de Catamarca, devaient se réunir sur la frontière de Tucuman et marcher en avant, jusqü’à ce qu’elles rencontrassent les troupes de Santa-Fé, venant de Calchaqui; celles de Corrientes devaient remonter le rio Bermejo , et celles du Paraguay le Pilcomayo. Tous ces contingents formaient un total de deux mille quatre cent seize hommes, sans compter les milices de Tarija et un corps auxiliaire d’indiens Chiriguanos. Cette force était plus que suffisante pour dominer le Chaco.

La mauvaise direction sous laquelle fut entreprise la campagne rendit cependant stériles ces efforts qui, mieux combinés, auraient pu produire des résultats si favorables. L’expédition revint sans autres trophées que quelques familles qui furent arrachées à leurs foyers, et qui servirent de noyau à la nouvelle peuplade de Valbuena.

Ap rès la mort du gouverneur Urizar, qui eut lieu en 1724, il fut fait plusieurs autres tentatives pour pénétrer dans le Chaco, mais aucune ne mérite d’êlre mentionnée, si ce n’est celle que fit, en 1759, le gouverneur de Tucuman D. J. Espinosa. Il fit son entrée avec neuf cents hommes; et seize cents autres, partis en même temps de Santa-Fé, de Corrientes et du Paraguay, ainsi qu’il avait été convenu avec les gouver-

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neursde ces pays, devaient le joindre au cœur même du Chaco. Le but que se proposait l’expédition était d’ouvrir un chemin qui fit communiquer directement le Tucuman avec les provinces du Parana.

Espinosa partagea ses neuf cents hommes en deux troupes: l’une partit, sous son commandement, du fort de San- Fernando, et se dirigea sur le rio Grande ; l’autre, qui était composée des contingents de Salta, de Rioja et de Tucuman, se réunit dans un lieu appelé Campo Hermoso, sur le rio Salado, et continua sa marche, par Valbuena, vers Pitos, d’où elle se dirigea au nord-est, par un chemin nouveau qui fut appelé le Sentier (. Senda ) de Macomita , et alla se réunir au gouverneur sur la rive australe du rioBermejo. L’expédition côtoya ensuite la rivière, et alla camper à quelque distance dans un point qui a conservé depuis le nom de Tren de Espinosa. Un détachement de quatre cents hommes y reçut du gouverneur l’ordre de continuer la marche, soixante lieues plus loin : distance qui semblait être, non seulement suffisante pour rencontrer les forces qui venaient du Parana, mais même pour arriver à la ville de Corrientes.

Malheureusement, le chef de cette avant-garde fut obligé de se séparer du rio Bermejo, pour éviter un grand lac qui lui barrait le chemin, et il s’égara à tel point, qu’il lui fut impossible de joindre les contingents ; il se décida enfin à retourner sur ses pas, après s’être approché de Corrientes d’environ trentecinq lieues.

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Le gouverneur Espinosa regagna donc Salta sans avoir accompli son projet.

Quatre ou cinq ans après, un autre gouverneur de Tucuman, don Juan Manuel Campero, eut de nouveau l’idée d’ouvrir un chemin jusqu’à Corrientes, et il en confia l’exécution à un nommé Arrascaeta, sous les ordres duquel il mit quatre-vingts hommes. Il comptait d’ailleurs sur la coopération d’un chef renommé du Chaco, appelé Colompotop, dont la tribu vivait depuis quelque temps en parfaite harmonie avec les chrétiens, dans la réduction de Macapillo (1). La troupe arriva sans encombre jusqu’à un endroitappeléLaCangayé (2), où, un matin, elle trouva son camp assiégé par près de sept cents Indiens ennemis, commandés par huit Caciques, parmi lesquels figurait, comme chef principal, un nommé Lachirikin. Une défense sérieuse était impossible, car le gouverneur Campero avait négligé de pourvoir à ce que les hommes qu’il envoyait à cette expédition difficile eussent les munitions nécessaires ; et il arriva que, le jour de l’attaque, il n’y avait pas, dans toute la troupe, deux cents cartouches. Dans cet état de choses ils furent obligés de demander l’intervention de Colompotop, qui obtint qu’on leur laissât la vie sauve ; mais les insultes ne leur furent pas ménagées, et ils

(1) La Mission de Macapillo était située sur le rio Salado , à 26° 30' de latitude sud.

(2) Le Bermejo y forme une sorte de baie on de lac. Ce point est à environ quarante lieues de Corrientes.

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ne regagnèrent leurs foyers que dépouillés de tout.

Les choses en étaient là, lorsque don Geronimo Matorras sollicita et obtint le gouvernement du Tucuman. Actif, vaillant et ambitieux, ce chef réunissait toutes les qualités pour mener à bonne fin une grande entreprise ; et telle était la confiance qu’il avait en lui-même, qu’il s’engagea, par un contrat, et sous une caution de cinquante mille piastres, à pacifier le Gran-Chaco.

Ayant été chargé, vers 1769, de faire un rapport au roi sur les Réductions qui existaient alors dans le Chaco, il exposa la nécessité d’en établir plusieurs autres, et fit sentir que les discussions qui avaient éclaté entre les nations Mocobis et lesAbipones (1) présentaient une occasion très favorable pour la réussite d’une nouvelle expédition vers le cœur du Chaco : expédition qu’il offrit de diriger lui-même.

Le roi ayant donné son assentiment à ce projet, Matorras partit du fort del rio del Yalle (latitude sud 25°, 5'), le 8 de juin, 1774, avec trois cent soixantedix-huit hommes montés, six cents mules de charge, huit cents chevaux de rechange, et douze cents têtes de bétail destinées à la consommation de cette troupe pendant les quatre mois que l’on supposait que l’excursion durerait.

La petite armée, qui accompagnait Matorras, dé-

fi) Les Abipones habitaient la partie du Chaco qui confinait avec la province de Corrieutes ; et les Mocobis, un peu plus au nord.

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vait être, d’après ses calculs, plus nombreuse de près du tiers; mais la veille du départ cent trente hommes du contingent de Tucuman désertèrent avec les armes, les munitions et autres objets dont on les avait pourvus.

L’armement général de l’expédition consistait en carabines munies de leurs baïonnettes, en mousquets, lances et coutelas ; beaucoup d’hommes avaient, en outre, des pistolets et des sabres. On emportait aussi, comme artillerie, des éperviers et quelques fauconneaux; puis huit arrobes de poudre et deux mille cartouches à balle; enfin, des haches, des pioches et autres instruments nécessaires à une expédition de ce genre.

Les provisions consistaient, en outre du bétail, en cent huit charges de mule de biscuit, de farine, de maïs torréfié et de farine de froment, de tabac, de sel, et de viande sèche pilée.

Les tentes du gouverneur et du commandant général, don Francisco Gavina de Arias, ainsi que les présents que l’on destinait aux Indiens, composaient trentedeux charges ; et environ quatre-vingt-dix autres animaux étaient employés à porter le bagage des officiers.

La mauvaise discipline qui régnait dans la troupe maintint Matorras dans des alarmes continuelles, et ce fut à grand’peine qu’il put arriver au lieu appelé Tren de Espinosa (1) , où il se vit obligé de laisser

(1) Malorras vit, en ce lieu, un arbre dont le tronc avait été en partie

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cent cinquante hommes, avec une grande partie de ses provisions. Ce corps avait déjà cherché à déserter, quelques jours auparavant, lorsqu’on était arrivé à l’endroit connu sous le nom de la Encrucijada ou Senda de Macomita. Mais Matorras, par sa présence d’esprit, avait empêché alors que ce fâcheux événement n’eût lieu. En prenant congé de ceux qui restaient en arrière, il donna au lieu où il les laissait le nom de Acampamento de cobardes (Camp des poltrons). On était alors au 12 juillet.

La réduction que sa troupe venait de subir permit au gouverneur de poursuivre sa marche avec plus de rapidité.

Le 15 , il arriva en vue d’un campement de Tobas, mais les Indiens eurent peur, et se réfugièrent sur les bords du fleuve. Cependant, persuadés bientôt qu’on ne voulait leur faire aucun mal, ils se rapprochèrent, et quelques présents achevèrent de gagner leur confiance. Leur chef offrit de servir lui-même de guide à Matorras. Parmi ces Indiens se trouvait une sœur du fameux Cacique Paikin, grand chef de la nation des Mocobis.

Le jour suivant, deux Indiens Tobas que le gouverneur avait envoyés à Paikin et à Lachirikin, pour

brûlé par les Indiens, mais sur lequel on pouvait encore lire les mois suivants en espagnol, qu’Espinosa y avait fait graver : Année 1779... jusqu’ici arriva Don Joaquin Espinosa y Davalos avec 300 bœufs , 4,000 chevaux et 900 hommes.

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leur annoncer sa visite, revinrent et rapportèrent que Paikin s’était retiré du côté de Corrientes, mais que Lachirikin venait de leur côté , avec une partie de sa famille; et qu’un fils et une fille de Paikin les accompagnaient. La rencontre eut lieu bientôt après.

Le gouverneur prit les devants pour recevoir les Indiens, et il les accueillit avec les plus grandes démonstrations d’affection. Voyant qu’ils étaient tous remplis de frayeur, il les assura de ses bonnes intentions à leur égard, et les confirma dans l’idée qu’il était venu pour traiter de la paix avec eux, proposition qu’ils reçurent avec joie. Il leur fit ensuite distribuer de la viande et toutes sortes de présents , et donna à Lachirikin un habillement complet.

La manière dont cet événement s’était passé fut regardé avec raison comme d’un bon augure , car Lachirikin était un des caçiques dont les habitants de la frontière avaient eu le plus à sé plaindre.

Les jours suivants, on continua à suivre les bords de la rivière, à travers un pays délicieusement varié ; et, le 19, le corps expéditionnaire atteignit les rives d’un lac que les experts reconnurent être La Cangayé : point où était arrivé, en 1764, D. Miguel Arrascaeta. Le gouverneur y fit une nouvelle distribution de présents. Un peu plus loin, on fut averti de l’approche de Paikin, et on fit aussitôt les préparatifs nécessaires pour le recevoir.

Le caçique arriva en effet dans l’après-midi du 20.

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Le quartier-général était au pied d’un arbre touffu. Le gouverneur s’y trouvait en grand costume, avec un bonnet à poil sur la tête, armé de pied en cap, et assis sur une de ses malles de voyage, et sous un dais formé de couvertures de lit. Un pierrier et d’autres armes étaient attachés ou pendus à l’arbre, à côté de lui. La petite troupe fut partagée de telle sorte, qu’elle formait une longue fde de l’un et de l’autre côté du tronc. Le commandant Arias alla, avec quelques officiers, au-devant de Paikin, qu’il rencontra à moins d’un mille du camp. Il était monté sur un magnifique cheval gris pommelé, et portait, dans son fourreau, une longue épée. Il était entouré d’un assez grand nombre d’indiens, mais il n’en témoigna pas moins une certaine frayeur, lorsqu’en s’approchant des Espagnols, il vit que tout le monde portait des armes à feu. Arrivé à l’endroit où l’attendait le gouverneur, il mit pied à terre et lui offrit la main. Matorras se leva aussitôt ; et les deux chefs s’embrassèrent. Après quelques compliments qu’ils échangèrent par l’intermédiaire des interprètes, ils s’assirent, et on apporta du maté, dont Paikin prit successivement cinq fois.

Le gouverneur fit ensuite divers présents au Caçique et à tout son entourage, et l’entretint des grandes qualités du roi d’Espagne, son seigneur, en l’engageant à se reconnaître son vassal et à lui promettre fidélité. 11 termina en lui remettant, au nom du monarque des Espagnes, un bâton de commande-

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ment. Paikin consentit avec joie à tout ce qu'on lui proposa.

Après celte cérémonie, qui dura deux heures, le Cacique et son compagnon Lachirikin se retirèrent au camp de Colompotop, qui sortit pour les recevoir, avec les cérémonies usitées chez les Indiens à l’égard de leurs grands chefs.

L’âge du caçique Paikin, qui reçut le titre de Premier caporal du Chaco , pouvait être de soixante ans; son air était sévère et imposant.

Le jour suivant, le gouverneur fit servir du maté à tous les Caçiques, chez eux; il reçut ensuite dans sa tente, en grande cérémonie, les chefs déjà nommés, ainsi que deux autres capitaines nommés Taruri etCoglocoikin, les fils de ces capitaines, et un cortège d’au moins soixante hommes ; les femmes de ces personnages se présentèrentensuite, accompagnées d'un grand nombre de personnes de leur sexe. On leur distribua d’abord à tous des biscuits et des fruits secs; puis, à chacun d’eux, selon sa position, des articles d habillement, des miroirs, des rosaires, des médailles, des bagues, des colliers et d’autres objets. Les Indiens se montrèrent très heureux de ces démonstrations d’amitié ; mais ce qui leur plut davantage, ce furent les vêtements et, en particulier, les ponchos, ainsi que les mors et les éperons.

Avant la nuit, les conditions d’un traité de paix furent stipulées entre le gouverneur et les caçiques. Pour perpétuer le souvenir de ce fait, on grava sur

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un grand Yinal (1) l’inscription suivante : Arto de 1774. — Paces entre et S v D. Geronimo Matorras, gobernador del Tucuman , y Paikin.

Le 22, la matinée fut employée à une grande fête religieuse, pendant laquelle Matorras s’efforça d’expliquer à Paikin et aux autres caciques les mystères de la foi catholique, l’immortalité de Pâme, les récompenses et leschâtîmentsde l’autre monde, etc. , etc.

D’autres Indiens, qui étaient arrivés dans l’intervalle, furent reçus comme on avait reçu les précédents, et le camp fut ensuite levé. Mais on ne put faire, ce jour-là, que trois lieues, et on s’arrêta de nouveau, à trois quarts de lieues du rio Bermejo, au bord d’un lac. On constata dans le voisinage l’existence des restes de plusieurs tours,, qui indiquaient qu’il avait existé des édifices dans ces parages (2).

Deux autres caçiques mocobis, Algoikin et Quiagarii, se présentèrent à Malorras, dans la soirée, et reçurent, comme les autres, des présents.

Le 24, on ne fit qu’une lieue du côté de Corrientes, et on s’établit à un point où le Bermejo, se dirigeant à l’est, et devenant très sinueux, limite par ses circonvolutions un certain nombre de beaux pâturages. Ce lieu reçut le nom de Pofreros de Scin-Bernardo ; et on s’y arrêta jusqu’au 27, pour donner du repos

(1) Espèce de Mimosée. — VM. pag. 272.

(2) On ignore absolument à quelle époque remontent ces constriiclions. 11 serait intéressant de voir ce fait éclairci.

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aux animaux. Les Indiens, dont le nombre augmentait sans cesse, reçurent de nouveaux présents.

On pensait être alors arrivé à une distance de deux cent quarante lieues de Salta, et on calculait que la ville de Corrientes n’était éloignée que de soixante lieues. On résolut d’envoyer aussitôt à la dernière de ces villes, ainsi qu’à Santa-Fé, deux messagers porteurs des nouvelles de ce qui s’était passé, avec prière aux gouverneurs de ces pays de continuer l’œuvre commencée.

Paikin les fit accompagner de guides sûrs, et le gouverneur leur recommanda, entre autres choses, de prendre des informations exactes sur la ville appelée Concepcion de Buena Esperanza, située, d’après Lozano, à trente lieues de Corrientes, et détruite par les Indiens quelque temps après sa fondation.

Enfin, le 29, la paix fut définitivement scellée ; et, le 30, les officiers se reunirent en conseil, afin de délibérer si, dans l’état actuel des choses, il y avait lieu de continuer la marche jusqu’à Corrientes, ce qui obligeait à traverser le pays des Abipones, avec lesquels Paikin était en guerre ; ou bien, s’il fallait retourner au camp des Poltrons , dont on n’avait eu aucune nouvelle, quoiqu’on y eût dépêché deux courriers. Ce fut ce dernier avis qui prévalut, et en conséquence le camp fut levé. Le gouverneur regagna le campement où il avait laissé le reste de ses forces, et où il n’était rien arrivé de particulier.

On y distribua la plus grande partie des animaux

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qui y étaient restés et dont les fatigues du voyage avaient plus ou moins abattu les forces ; enfin, un nouveau conseil ayant rejeté le plan dans lequel Matorras proposait de traverser le rio Bermejo sur des radeaux, afin d’explorer les rives septentrionales de cette rivière jusqu’au pied des montagnes de Centa, Matorras reprit sans retard le chemin de Salta, où il rentra environ cinq mois après qu’il en était sorti.

Si j’ai parlé un peu longuement de l’expédition de Matorras, c’est qu’elle peut être regardée comme une des plus importantes, par ses résultats, qui aient été entreprises dans le Chaco ; et si cet homme persévérant l’arriva pas à accomplir lui-même la traversée du Chaco, au moins ce passage fut-il effectué par les deux émissaires qu’il envoya àCorrientes et à Santa-Fé, et qui y arrivèrent malgré, les graves obstacles qu’ils eurent à rencontrer. Cette histoire démontre en outre clairement que l’on a tout à gagner en usant de douceur envers les Indiens de ces régions. Les sauvages avec lesquels Matorras conclut son traité étaient, en effet, précisément ceux qui avaient été le plus souvent en guerre avec les chrétiens, et, jusque là, on n’avait pour ainsi dire rien pu en obtenir. Tous ceux qui voudraient employer la force pour réduire ces hommes, si jaloux de leur indépendance, ne rencontreraient que des échecs.

La mort du gouverneur Matorras, qui eut lieu en 1775, ne changea aucunement les bonnes disposi-

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lions des caciques (1); el le colonel D. Francisco Gabino Arias, qui succéda par intérim à Matorras, en profita pour mettre à exécution une des idées favorites de son prédécesseur, qui était de fonder des établissements coloniaux sur le rioBermejo. Toutefois, malgré l’activité qu’il déploya, cinq ans se passèrent avant qu’il réussît à obtenir l’assentiment du vice-roi à l’exécution d’un projet dont tous les frais devaient, à ce qu’il paraît, être à sa charge.

Arias se mit en route, le 2 juin 1780, avec une suite de cinquante hommes ; el, suivant les traces de Matorras, il arriva sans accident àLaCangayé, après soixante-six jours de marche. 11 s’occupa aussitôt de l’exécution du projet qui l’avait amené, et jeta les fondations de deux Réductions, auxquelles il donna les noms de Santiago et San-Bernardo.

La première, formée d’indiens Mocobis, fut élevée à La Cangayé môme; l’autre fut placée à quinze lieues à l’ouest, au bord d’un lac connu sous le nom de Lcujuna de las Perlas ; mais elle était, ainsi que Santiago, dans le voisinage immédiat du Bermejo, dont les deux Missions occupaient la rive droite.

(1) Paikin mourut environ à la meme époque que Matorras» Les chefs des Mocobis et des Tobas allèrent eux-mêmes «i Salta annoncer cetie nouvelle, et remetire, de la paît de sa veuve, aux autorités de cette province le bâton h poignée d’or qui avait été donné par le gouverneur au Grand Caporal Les fds de Paikin n’étaient pas encore en âge de lui succéder.

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Pendant les six mois qu’ Arias passa à surveiller ces opérations, il envoya, par terre, à Gorrientes, plusieurs messagers, parmi lesquels il y en avait un qui était chargé de lui ramener des provisions pour ravitailler son camp. Le gouverneur lui-même, après avoir vu ses deux établissements arriver à un état assez avancé pour qu’il crut pouvoir les laisser aux soins des missionnaires qui devaient en avoir la direction, s’embarqua sur un radeau qu’il fît construire à cet effet, et gagna Corrientes. Son expédition avait duré huit mois.

Il est bien à regretter qu Arias n’ait pas profité des bonnes dispositions des Indiens qui l’entouraient, pour faire quelques excursions en dehors du chemin déjà reconnu par Matorras. Il n’est pas douteux qu’avec les moyens quil avait à sa disposition, il aurait pu, sans frais nouveaux, étendre immensément la sphère de nos connaissances actuelles sur le Chaco, et surtout sur la zone qui s’étend entre le Bermejo et le Pilcomayo.

Les deux colonies de la création desquelles Arias espérait tirer de si beaux fruits sont aujourd’hui rentrées dans le néant. Elles furent gouvernées onze ans par l’achidiacre Cantillana, qui eut la douleur de voir, chaque jour, diminuer le nombre de leurs habitants, sans qu’il fût en son pouvoir d’y porter remède. Elles passèrent ensuite sous la direction de deux moines, entre les mains desquels elles fondirent complètement. En un mot, on n’est pas plus

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avancé aujourd’hui en ce qui concerne la civilisation de cette partie du Chaco, qu'avant l’expédition de Matorras, et les sacrifices nombreux qui ont été faits pour ouvrir des communications entre les pays que cette région tient séparés, n’ont eu d’autre résultat que de montrer qu’elles sont possibles (1).

N’est-il pas singulier qu’avec des exemples semblables devant les yeux, les habitants de la Plata négligent de mettre à profit les voies ouvertes par leurs prédécesseurs. Funès, dans son Ensayo de una Hisioria dei Paraguay , dit, en parlant d’un voyage effectué de Tucuman au Parana, à travers le Chaco, par le lieutenant Bazan et quarante hommes : « Ce fait, et beaucoup d’autres de même nature, démontrent bien vivement combien est énorme la distance qui nous sépare de nos pères. Une entreprise semblable passerait aujourd’hui pour plus que téméraire, parce que nous avons, des sauvages, la même crainte qu’ils avaient autrefois de nous. Les paroles

(1) On peut attribuer en grande partie l’abandon de Santiago de La Cangayé au mauvais choix du site où fut fondée cette Réduction. Il est singulier qu’Arias, qui avait à sa disposition toutes les rives du Bermejo, ail eu la mauvaise idée d’établir les Indiens dans un point aussi marécageux que celui-là, entre un lac d’une part, et la rivière de l’autre. Cependant l’étymologie du mot La Cangayé aurait dû l’avertir. Ce mot signifie, en effet, en langue Mocobi, avaleuse de gens ( tragadora de g ente) , parce que l’on rapporte qu’un village y fut englouti avec tous ses habitants.

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de Funès n’ont jamais été plus applicables qu’aujourd’hui.

Je dirai, en terminant, que tous les faits passés mettent hors de doute, et M. Félix Friasl’a parfaitement démontré dans la note qu’il a publiée sur ce sujet en 1845 (1), que les difficultés que présente la traversée du Chaco, dans quelque direction que ce soit, sont bien plutôt apparentes que réelles.

(1) Nota dirijida à S. G el Senor Don Tomas Frias , ministro de relaciones esterions de Bolivia , por don Félix Frias, consul de la misuia Republica en Chili Valparaiso, 1845.

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