CHAPITRE XXIII
LE RIO BERMEJO.
Le cours d’eau dont il va être question dans ce chapitre tire son nom de la teinte rougeâtre que prennent ordinairement ses eaux à l’époque des grandes crues. Le Bermejo est formé par la réunion do plusieurs petites rivières qui viennent des montagnes de Tarija. Après avoir passé par celte ville, il reçoit les rios de Narvaez ou de Salinas, de Itau, de San Jacinto, etc. C’est surtout à la suite de ces affluents, que le nom de Bermejo lui est généralement appliqué. Plus bas, c’est-à-dire après avoir traversé du nord au sud la frontière de Bolivia, pour entrer dans la république de la Plata, il reçoit le Ilio-Pescado et, à quelques lieues au delà, le rio de Centa. A partir de ce dernier confluent qui se trouve dans le voisinage de la ville d’Oran (latitude sud, 22° 45'), le Rio-Bermejo serait déjà navigable pour des embarcations considérables, si les écueils qui barrent son lit dans quelques points n’y faisaient obstacle. L’endroit où le Rio de Sanla-Maria se jette dans lé Bermejo porte le nom de Juntas de Santa -Cruz ; il se trouve sur le 23e degré de latitude.
C’est à quelques lieues seulement au-dessous de ce confluent, au niveau de l’ancien fort de Pizarro, que
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la rivière qui nous occupe reçoit, à angle droit , son principal affluent, le Rio-Grande de Jujui, formé luimême par la réunion des rios de Umaguaca, de los Reyes et de Yala, qui naissent de la chaîne neigeuse qui parcourt cette région du nord au sud.
Au-dessous de Jujui, à une distance de vingt lieues, le Rio-Grande reçoit le Rio de Lavayen ou de Siancas qui prend sa source au nord-ouest de Salta ; il se dirige de là vers le nord-est, en décrivant une ligne courbe, et reçoit successivement par sa rive gauche les rios Negro, de Ledesma, de San-Lorenzo, de Sora et de las Pedras, qui descendent tous de la Sierra de Jruya, entre Jujui et Oran. La confluence du Rio-Grande et du Rermejo est située presqueimmédiatement au-dessous du point où ce dernier reçoit le Rio de las Pedras ; elle porte le nom de Juntas de San-Francisco, et se trouve à seize lieues au sudd’Oran, à cinquante lieues à l’ouest-sud-ouest de Jujui, et à une distance à peu près semblable au sud-est de Tarija.
La direction générale du Rermejo au-dessous des Juntas de San-Francisco est à peu près parallèle à celle qui suit le Pilcomayo. Il est à remarquer, toutefois, que les sinuosités que décrit le Rermejo sont incomparablement fplus grandes que celles que les cartes prêtent au fleuve rival.
Au niveau même de la confluence du Rio-Grande, le Rermejo est assez profond pour porter des navires de 4 à 500 tonneaux, mais à mesure qu’il pénètre davantage dans le cœur du Chaeo, où le sol est plus
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uni, son lit devient plus large, et sa profondeur diminue en proportion.
En se réunissant, les rios Bermejo et Grande forment une vallée magnifique qui paraît être le lieu le plus convenable pour établir le port du Bermejo, lorsqu’on se sera décidé à ouvrir au commerce cette belle artère de l’Amérique du sud. De bons chemins de terre devront faire communiquer ce point avec les villes voisines, dont l’importance augmentera à un point qu’il est facile de se figurer.
Les avantages que les provinces septentrionales de la Plata retireraient delà navigation du Bermejo, seraient nécessairement très grands ; je suis intimement convaincu, cependant, que, pour la Bolivie, un chemin de terre, ouvert directement à travers le Chaco, au nord du Pilcomayo, en se guidant, pour la direction à lui donner , sur l’étendue des inondations de ce fleuve et sur celles du Paraguay lui-même, offrirait des avantages plus réels encore.
La première pensée de naviguer le Rio-Bermejo, et d’ouvrir, par ce moyen, une communication entre les pays qui occupent les deux côtés du Chaco, fut due à un habitant de Salta, don Juan-Adriano-Fernandez Cornejo.
Après la mort du gouverneur Matorras, le pacificateur du Chaco , pendant qu’Arias préparait son expédition aux rives du Bermejo, Cornejo cherchait, de son côté, à obtenir la permission d’étudier les moyens de naviguer sur ce fleuve. Croirait-on que