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cette entreprise, dont il offrait de faire lui-même tous les frais, rencontra, de la part de ceux qui auraient dù la protéger, l’opposition la plus vive, et que ce ne fut qu’après quelques années de conflit qu’il réussit à obtenir les pouvoirs qu'il demandait?
Le colonel Cornejo, muni alors du titre de capilan y cabo subalterne) del virey (capitaine et caporal subalterne du vice-voi ), s’occupa des préparatifs nécessaires à l’expédition qu’il méditait. Cependant le peu d’expérience qu’il possédait en ces matières lui fit perdre beaucoup de temps ; et ce ne fut qu’après cinq mois de travaux, que la construction de ses embarcations s’acheva. Elles étaient au nombre de trois, et consistaient en une barque à quille de neuf aunes ( varas ) de longueur, sur quatre pieds et demi de largeur, et en deux canots de la longueur de neuf et de douze aunes.
Son chantier était situé à trente-huit lieues de Salta, et à vingt-six lieues du Pdo-Grande de Jujui, sur les bords du Rio de Ledesma , d’où il partit le 5 août 1780. Le personnel de l’expédition était composé de Cornejo et de ses deux fils, de deux officiers, d’un Jésuite nommé Fray-Francisco Morillo qui servait de chapelain, d’un pilote nommé Guzman, d’un interprète, et de seize hommes d’équipage.
Les premiers pas de l’expédition furent lents et difficiles. Le Rio de Ledesma, dont la profondeur est très faible et le courant peu sensible, arrêta les explorateurs un mois entier; et quarante-cinq jours se
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passèrent ensuite sans qu’ils réussissent à sortir du Rio-Grande. Dans ces soixante-quinze jours on ne fit en tout que cinquante-huit lieues. La lenteur tout à fait inattendue de cette marche provenait de l’extrême sécheresse qui s’était fait sentir cette année dans tout le haut Pérou, sécheresse qui était telle , que les moulins de Potosi cessèrent pendant quelque temps de fonctionner. Mais Angelis fait observer avec raison que la grande insurrection de Tupac Amaru pouvait bien être pour quelque chose parmi les causes de ce dernier fait.
Quoi qu’il en soit, lorsque Cornejo fut parvenu, après des peines inouïes, à conduire ses canots dans le voisinage même de l’embouchure du Rio-Grande, il se vit obligé, par un dernier obstacle, à remettre à une autre époque la réalisation de son plan.
Cornejo abandonna donc ses embarcations et retourna par terre au fort de Ledesma. Les observations que ce voyageur eut lieu de faire pendant son exploration le portèrent à assurer que, au-dessous de l’embouchure du Rio de Ledesma, le Rio-Grande de Jujui est navigable depuis le mois de décembre jusqu’au mois de juillet; tandis que le Bermejo le serait pendant toute l’année, à partir de sa réunion avec le Rio de Centa.
Un Jésuite du nom de Morillo avait été, comme on l’a vu, chargé par Cornejo de remplir les fonctions de chapelain de son expédition. Le pauvre colonel ne pensait pas alors que ce prêtre allait usurper la gloire
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qu’il avait tant rêvée: celle d’inaugurer la navigation du Rio-Bermejo. Ce fut cependant ce qui eut lieu.
Quelques jours avant que Cornejo abandonnât définitivement son projet, il chargea le père Morillo et le pilote Guzman d’explorer, dans la plus petite des embarcations, la partie du Rio-Grande qu’il leur restait encore à descendre, et ceux-ci, étant arrivés sans difficultés jusqu’au Rio-Bermejo, crurent être assurés que tous les obstacles qu’ils avaient rencontrés cesseraient en quittant le Rio-Grande.
Cependant les bancs de sable qui barraient la dernière partie du lit de cet affluent étaient trop élevés et trop nombreux pour qu’on pût avoir l’espérance que la grande barque pourrait les franchir. D’un autre côté les provisions commençaient à manquer ; ce qui porla le colonel Cornejo à charger le père Morillo d’aller en quérir à la Mission de Centa que l’on savait devoir se rencontrer à quelque distance du point où ils se trouvaient. Le Père arriva à cette Mission en descendant encore le Rio-Grande, puis en remontant le Rio-Bermejo et ensuite le Rio de Centa. Le colonel Cornejo, auquel il envoya, peu après, des chevaux, arriva à son tour à Centa, d’où il se transporta au fort de Ledesma, sans avoir pu réussir à obtenir les secours qu’il demandait. Rebuté par ces contretemps, il s’en retourna à Salta.
Le père Morillo, dont la résolution avait, sans doute, été prise bien auparavant, de concert avec le pilote Guzman, se décida aussitôt à tenter d’effectuer, de
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son chef, la descente du Bermejo; et, le 15 novembre de la même année (1780), il se rendit avec les bagages nécessaires à l’endroit où Cornejo avait abandonné sa barque, dans l’intention, disait il, d'y construire un canot ; mais, ayant rencontré un de ceux qu’avait amenés Cornejo, il résolut de s’en servir pour son voyage. Il s’y embarqua le même jour avec Guzman et trois autres individus qu’il avait engagés, et il se dirigea en toute hâte vers le rio Bermejo qui se trouvait à une distance d’environ dix lieues. Il y pénétra dans la matinée du 16. Trois cents Indiens Mataguayos se montrèrent ce jour-là, et reçurent de lui quelques présents. Ils demandèrent au père de les réunir en Mission.
Le 17, les voyageurs firent dix-neuf lieues, et entrèrent en communication avec quelques centaines de Mataguayos, parmi lesquels se trouvaient quelques Orejones. Le révérend Père fit des efforts poulies disposer à se convertir; mais à tout ce qu’il disait, ils ne répondaient que par ces mots : «dame, Padre» (donne-moi, Père); il leur donna du tabac, des couteaux et autres objets, et continua ensuite son chemin. Au coucher du soleil il se présenta deux cents autres Indiens; six d’entre eux se jetèrent à la rivière, et conduisirent le canot à la rive. Le Père donna alors quelques aunes d’étoffe à celui qui paraissait être le chef de la bande en lui disant : « toma, Capitaux (prends, Capitaine). Alors tous voulurent se faire capitans pour recevoir davantage.