‹ Voyage dans le sud de la BolivieChapitre 70 sur 84 · LE K 10 DE KM E JO · texte numérisé non relu

LE K 10 DE KM E JO

La profondeur de la rivière au milieu du courant varia pendant ces deux jours de 3 à 4 mètres. Les rives étaient bordées de saules ou de hautes graminées.

Le 19 , le canot continua à descendre le courant sans obstacle, et Ton rencontra, dans la matinée, une autre grande bande de Mataguayos. Ils avaient avec eux un interprète Quichua: douze de ces Indiens suivirent l’embarcation pendant quelque temps. Il apparut alors du côté du sud une autre bande de près de trois cents Matacos. Les Mataguayos s’enfuirent aussitôt ; leur tribu étant en guerre avec celle qui était en vue. Le Père eut beaucoup de peine à contenter les nouveaux venus, qui lui répétaient sans cesse : « Donne, Père, beaucoup de tabac, biscuits et couteaux. »

Cependant , lorsque deux ou trois de leurs capitaines eurent reçu un chapeau et quelques aunes de toile, le passage fut ouvert. A une lieue au delà, ce fut une autre troupe que l’on eut à traiter de la même manière. On s’arrêta, à l’entrée delà nuit, près d’un village qui se trouvait sur les bords mêmes de la rivière, et où le Père fut bien reçu.

Le 20, on continua la navigation, malgré un orage violent, afin de s’éloigner des Indiens; mais à peine eut-on fait une lieue que le canot fut assailli, sur la rive septentrionale, par près de deux cents Indiens qui se jetèrent à l’eau, hommes et femmes, pour l’entourer. Ils se contentèrent, heureusement, de quelques objets de peu de valeur.

LE RIO BERMEJO.

Les jours suivants, jusqu'au 25, ce fut sans cesse la répétition des mêmes aventures. On dépassa alors le pays des Matacos et Malaguayos, pour entrer dans celui des Chunupiés, Sinipes et Malbalacés. Le cacique principal de ces tribus avait été récemment en communication avec le gouverneur Arias, qui l’avait chargé de remettre un bœuf à ceux qui devaient descendre la rivière. Mais le père Morillo, qui savait que ce présent ne lui avait pas été destiné, recommanda à l’Indien de le manger en son nom. A son départ, le générai (c’est ainsi que l’appelle Morillo) l’embrassa et le supplia d’intercéder auprès du gouverneur pour qu’il lui formât une Mission dans ce canton. Le village du cacique Antecapebax contenait trois cent trente Indiens Chunupiés et Malbalaés.

Jusqu’au 27, la profondeur de la rivière étant à peu de chose près la même, on continua à passer en vue de villages ou de troupes de Chunupiés et de Sinipes, qui se présentaient sur la rive occidentale du fleuve. Du côté oriental, par contre, on ne cessa de voir de temps à autre des bandes nombreuses de Mataguayos. Les entrevues que le père Morillo eut avec ces Indiens furent toutes de nature très amicale.

Le 28, on vit sur la rive droite une soixantaine d’indiens de la nation des Atalalas qui avaient déserté de la Mission de Macapillo. L’un d’eux consentit, moyennant quelques présents, à accompagner la

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petite expédition jusqu’au lieu où se trouvait Arias (1 ).

Le 29 et le 30, on avança encore de trente-cinq lieues; et, le 1er décembre, après avoir passé en face d’un village Toba, on arriva, au coucher du soleil, à la nouvelle ville de San-Bernardo, que venait de fonder le commandant général Arias.

Morillo eut avec lui une entrevue dans laquelle il lui fit connaître les raisons pour lesquelles Cornejo s’était décidé à abandonner son entreprise. Le commandant lui donna l’ordre de rester sur les lieux jusqu’à ce qu’il se fut assuré de la vérité des faits qui lui étaient rapportés.

Enfin, le 26 janvier, Morillo s’embarqua de nouveau avec le commandant général et sept officiers qui s’étaient décidés à se rendre, par eau, au village de Dolores de Santiago des Indiens Mocobis; ils y arrivèrent le jour suivant, et ils y séjournèrent jusqu’à ce que l’église que l’on y construisait fût achevée.

Pendant ce temps, Arias fit construire un canot de la grandeur de celui de Morillo. En réunissant ces deux bateaux , on forma un radeau sur lequel Morillo, le commandant général, et dix-huit personnes, s’embarquèrent, le 9 février, pour se rendre à Corrientes; ce jour-là, on ne fit qu’une demi-lieue. Le 10 et le 1 1 , on avança de vingt lieues sans obstacle. Le 12, on passa un grand lac qui communiquait avec

(1) 11 y aurait, d'après Morillo, deux cent seize lieues entre ce point et le confluent du Bio-Grande de Jnjui.

LE RIO BERMFJO.

la rivière, laquelle se rétrécit ensuite tellement, que, dans un espace de huit lieues, sa largeur n’était que de cinquante aunes, et après une marche de dix-huit lieues, on s’arrêta sur la rive septentrionale du fleuve.

Le 13,1a rivièreaugmentadelargeur,etronfit seize lieues; on campa, avant le coucher du soleil, dans la localité qui porte le nom de Paso de ios Guaycurus , parce que c’est le point de la rivière où les Indiens Guaycurus la traversent pour aller assaillir les Abiponès.

Le 14, on fit dix lieues déplus, et l’on arriva à un endroit où la rivière se partageait en deux bras, dont celui de droite avait le plus d’eau. Il y avait, au point de partage, un remous considérable. On enfila le bras droit, sur lequelon fithuit lieues; le courant avait une profondeur qui variait entre trois et neuf aunes; sa largeur était peu considérable.

Le 15, on parcourut une distance de quinze lieues. Pendant ce trajet, la rivière paraissait se partager plusieurs fois, en donnant naissance à des canaux plus ou moins larges qui se réunissaient ensuite au courant principal, en formant des îles de grandeur variable; un remous violent retint l’embarcation pendant quelque temps au niveau de la première île; les berges, dont l’élévation était de 3 à 12 mètres, étaient formées d’une terre noirâtre; et les rives étaient partout couvertes de différentes sortes d’arbres, de Saules, de Palmiers, etc.

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