PHILIPPINES
Les Philippines^ qui forment la partie la plus avancée de l'archipel Asiatique au nord, à 5,ooo lieues marines de l'Espagne , sont situées entre S^-ig** laU N. et 1 1 «70-124'* long. E. Le groupe a 400 lieues de long du sud au nord y sur une largeur extrême d'environ 100 lieues; il présente un amas d'iles régulièrement rangées sur une seule ligne. La mer de Chine les baigne au nord-ouest; celle de Mindanao, vers le sud-ouest y leur est commune avec Bornéo; elles ont la mer de Gélëbes au sud y et le grand Océan se trouve à l'est.
L'archipel entier est généralement cou-
vert de montagnes qui le traversent du sud au nord et qui sont très-élevées J on y re- CODuaît plusieurs vo/can^ (i); lestremblemens de terre y sont fréqueus, les ouragans terribles.
Le climat des Philippines est excellent, il offre plus de variété que celui des autres archipels situés à peu de distance de l'équateur, il est eu général assez tempéré j le seul inconvénient résultant de leur position , est que la partie la- plus considérable du groupe se trouve dans les latitudes où , comme nous venons de le dire , les ouragans oa les typhons déploient leur violence. Ici, d'ailleurs, on éprouve àpeu pr^ la même variété de saisons que sur les côtes de G>romandel et de Malabar en Asie; pendant que les pluies régnent, en juillet, aodt et septembre , siu- la cAte occidentale de l'archipel , on a le beau temps à l'est et au nord.
(i) NotammeDt c
Le terrain ne présente pas moins de variété q[ue le climat^ dans quelques contrées il est de formation primitive, et abonde en métaux; dans d'autres il est volcanique et d'une fertilité^remai*quable } partout il est coupé par d'innombrables torrèns et beaucoup de détroits , et offre quantité de marais y de tourbières et de lacs. Les rui»seaux et les eaux stagnantes abondent en poissons dont quelques espèces sont fort estimées. Durant la saison sèche j il ne reste dans les plaines qu'un petit nombre d'étangs et de flaques d'eau 5 c'est alors que les poissons s'y rassemblent en prodigieuse quantité^ au point qu'on les prend dans des baquets au lieu de filets. Cet aliment est la ressource des pauvres; les champs de riz sont couverts de poisson quand on en retire les eaux, et l'on en trouve dans tous les lieux inondés, jusque dans les églises.
Grâce à leur doux climat et à leur sol humide , les Philippines donnent ime plus grande quantité de productions qu'aucun
autre archipel. On y recueille surtout de l'or, du soufre , du bois de sapan, de sandal et d'ébëne y du sucre , du coton , du riz y du café , de l'indigo , de la nacre de perle y de l'écaillé de tortue , des plantes propres à faire des cordages, enfin tout ce que donnent les autres iles de l'arcliipd malais. Du suc d'une liane gigantesque , nommée gogo , on fait un savon qui suffit aux besoins des ménages. On cultive quelques poivriers. Dans les forêts, les buffles sauvages et les sangliers seraient extrêmement redoutables si le serpent boa n'y exerçait pas aussi sur eux son affreuse gloutonnerie. D'autres serpens encore plus dangereux fourmillent dans cet archipel y dont le conmierce est loin de répondre à la richesse naturelle du pays. La somme totale des importations fut en 1818 de 3,05495 1 1 piastres fortes; celle des exportations de i,ao5,649 piastres. Le revenu des Philippines est de 1,466,610 piastres fournies en capitation ou contribution , et par le monopole du tabac« Trois
ï53 causes s'opposent k ce que les Philippines retirent de leur sol tout ce qu'on pourrait en obtenir : ce sont, i" la paresse invincible des habitans, a" les sécheresses 'fréquentes et prolongées, et 3' le passage des sauterelles qui, au moins chaque douze ou quinze ans, ravagent les terres.
Les deux principales îles du groupe des Philippines sont celles de Luçon et de Mindano. L'île de Luçon, la plus septentrionale, longue de 300 lieues, large de 5o, et peuplée de i,5oo,ooo babitans, a, sous 14" lat- S-, un isthme étroit qui en forme deux péninsules distinctes , d'où également résultent deux golfes, celui de Cavité ou de Manille à l'ouest, et celui de Lanipon à l'est. Une grande partie du terrain que ces deux golfes resserrent, est occupée par le grand lac de Bajr , qui se décharge dans le golfe de Cavité. La plus grande rivière est celle de Tajo qui coule au nord. L'île produit principalement de l'or, du cuivre, du fer, du sucre, du coton , des rotins , de la cire , des gommes et des résines ; ses bufBes sont très-beaux.
Cavité, port de HanUle, est situé sur l'extrémil^ d'une pointe de terre qui s'avance dans la grande baie de Manille, et y forme une séparation. La langue de terre et la c6te de la baie, jusqu'à Manille, sont entièrement cultivées et appartiennent an domaine de l'homme. On ne voit entre les villages et les maisons que des champs de ris, des jardins et des plantations où croissent les végétaux des deux Indes. Lorsque, partant de Cavité, on va au sud vers le volcan de Taal , dans l'intérieur , le pays s'élève graduellement et imperceptiblement jusqu'à la sommité, d'où l'on aperçoit k lagune de Bon^ong, qui a 6 milles de tour. Les belles jorèts qui parent de leur verdure les mcHitagnes et nne partie du pays , s'étendent jusqu'il la mer ; il y croit des palétuviers. Dans les plaines les forêts* alternent avec les savanes.
Manille, chef-lieu des établissenïens espagnols dans les Philippines, au centre de l'île Luçon, avec sonport'de Cavité, et sa pc^lation de 9 à 10,00 ftmeï , indépendamment du clergé, de la garnison.
des Espagnols et des Européens domicilié , et des Chinois , dont le nombre est de 4 ^ SyOoo , semble être le seul lieu qui mérite ici le nom de ville européenne.
Les Espagnols habitent la ville proprement dite y qui est fortifiée et bâtie sur la rive gauche du fleuve. Les Chinois et les Tagaliens occupent les faubourgs. Les rues sont tirées au cordeau, les maisons sont massives et ont un étage élevé sur un rez-de-chaussée dont on ne se sert pas , à cause de l'humidité du sol; elles sont de tous les côtés entourées de galeries extérieures, dont les fenêtres, au lieu de verres , sont garnies de lam.es de coquillage transparentes. Les chambres bien aérées et un peu sombres mettent à couvert de la chaleur. L'architecture des couvens et des églises est assez remarquable ; à cause des tremblemens de terre , les murs sont tt*èsépais. Les Espagnols déploient k Manille un grand luxe : les équipages sont nombreux et élégans. La profusion de leurs mets sur les tables et le nombre des repas qu'ilsfontparjoursontpresqueincroyable.
Acquérir de l'or et du bien est le but que cbacun se propose , suivant un vieux proverbe espagnol qui dit qu'on ne vient point aux Indes seulement pour changer d'air. Tout le monde fait ici le commerce, même les moines.
L'ile de Mindanao ou MagùidanaOy mot qui signifie pays de lagune , est la plus méridionale des Philippines ^ elle a ioq lieues de long du sud au nord , et presque autant de large , ' avec environ 5o,ooo âmes; sa côte sud-est est coupée par la profonde et large baie ^Illana; la ville même de Mindanao est la résidence d'un prince mahométan , indépendant des Espagnols; ceux-ci possèdent y sur la côte occidentale, Samboanga^ et sur la côte septentrionale, Cayagan et Suriago, Entre les deux iles de Mindanas et de Luçon se trouvent celles des Bissajrasy qui comprennent huit principales îles, entre autres MindorOy au sud de Manille; Samar, près de la pointe méridionale de Luçon; Leyte^ entre Samar et Mindanao; Zehu et Panay^ entre Mindoro et Leyte : Panay a 23o,ooo
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âmes, Zebu 109,000, Samar 58,ooo, Leyte 40,700, et 36,ooo nègres.
La population des Philippines , que nous avons portée à 6,000,000 d'individus, se compose d'Espagnols européens , d'Espagnols créoles , d'Espagnols métis , d'Indiens métis , de Mahométans de l'Inde occidentale, de nègres convertis au christianisme, de Chinois chrétiens et non chrétiens , enfin de naturels de toutes tribus. Les Européens ne forment que la 798® partie de toute la population. Les naturels sont partagés en un grand nombre de tribus différentes^ les plus considérables sont celles de Luçon connues sous le nom de Tagala^ Parapanga , Pangasinan , Ylocos et Cagayan. Us sont doux et hospitaliers. Un grand nombre a été converti à la religion chrétienne ; elle est le lien commun entre eux et les Espagnols, et le moyen efficace par leqUel ces derniers , si inférieurs aux autres par la force physique, ont pu semaintenir dans la possession du pays depuis trois siècles. En général les habitans des Philippines sont les plus bi^aves et les plus ré-
a58 8olu8 de tous ceux du grand ardiipël d'Asie. Les Indiens sont humains , gais et propres ; leur caractère tient pluB de celui des lies lea plus orientales que de celui, des Malais ou des cruels Battas. La corruption d£ règne (pie dans la classe inférieure qui s'empresse autour des étrangers k Cavité et à Manille. Les combats de coqs sootle plus grand divertissement des Indiens ; un bon coq de bataille est l'orgueil et les délices de soa maître qui le porte partout avec lui sur son bras. lie vin, ouplut^ l'eau-de-vie de palmier eat la boisson fitvorite de cea naturels y que nous laisserons pour vemc vers le sud à Célèbes.
GÉLÈBES.
Juile de Cj^èhSy comprise précisément «ms L'équateur ^ entre %"" lat. N. — ^ lat. S^, et II©» 4o' — i!i3P ten|?. E., et que quelques géographes veulent rattacher à l'archipel des Mûluqpues, mais qui elle seule est assez importante pour for-
mer un groupe distinct , av:ec les petites îles qui l'avoisinent au sud, a une fbmM tellement irrégulière qu'il est difficile d'en indiquer la longueur et la largeur. Elle offre trots vastes baies qui s'avancent dans les terres, et forment de l'île quatre granieB péninsules, dont le centre ou piiint de réunion est par a* lat. S» Le détroit de M a^ caiisar sépare à l'ouest Gélèbes de Bornéo } au sud, la mer de la Sonde lui est commune avec les Florès } au sud-est , elle a la n>er des Moluques; au nord-est, le passage auquel ces mêmes iles ont aussi donné leur nom. Entre les extrémités des deux presqu'îles septentrionale et méridionale il y a ua espace de près de %o lieues } le père Yincent , mdssiomiaire en Chine , donne à Gélèbes a6o lieues de long et 80.
de large ^ il présente sur cette île peu connue quelques détails dont nous allons rapporter la substance.
Célèbe& était jadis divisée en trois royaumeSj celui de Macassary celui de Mandar, et celui des Bouguis ou Boughis; ils sont actuellement réimis , à~ l'exception de-.
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quelques parlies de celui de Mamdar, qui sont soumises à de petits princes ou cheft indépendans, ainsi que le pays de Toraja.
Le royaume de Macassar occupe la partie méridionale de l'île, e.t c'est l'un despliK puissans de l'Inde, malgré les établissemens que les Hollandais y ont et quisofit au reste dans un état peu prosp^-
Le climat de Célfebes serait U-b-insalubre , k cause de sa grande chaleur premièremeut, saus les pluies qui y rÈgnenl ordinairement dans le milieu de chaque mois et au renouvellement de la lune, et surtout pendant les mois de juin et juillet; secondement , sans les vents du aord qui y soufflent une grande partie de l'année et rafraîchissent l'atmosphère. Il o'esl pas rare d'y voir les indigènes vivre audelà de cent ans, enconservant la vigueur de l'âge mâr.
L'île de Gélèbesen général etle royaume de Macassar en particulier, ont des productions trfes-variées et des plus intéreisaDiet pour l'Europe : il y a des mines d'or, ae cuivre et d'étain aussi pur que celui ^^
Malacca ; on trouve de la poudre d'or dans le sable de plusieurs rivières ou torrens qui descendent des hautes montagnes situées au nord-est de Tîle et surtout de la chaîne de Mamoja. D'épaisses forêts couvrent le pied de ces montagnes et même une grande partie du sol de l'île. On y trouve d'excellens bois de construction pour les navires , tels que le cèdre , . le chêne , l'érable; on y exploite les bois d'ébène y de calambouc et de sandal : ce der^ nier étant fraîchement coupé, fournit une teinture d'un rouge vif, très-solide.
Ces forêts sont aussi composées de bambous qui ont jusqu'à 4o pieds de haut sur i à 3 pieds de diainètre. Ce végétal singulier est garni de nœuds distans de i à 4 pieds l'un de l'autre; de ces nœuds sortent des branches nombreuses , garnies de feuilles semblables à celles du roseau et d'épines fort longues et dures, dont la piqûre est ilouloureuse. On coupe les jeunes branches par tranches, et on les mange en ragoàt y avec du poivre et du sel ^ comme les petites raves. Cette espèce de roseau^
parvenu à sa maturité , a une écorce trèsdure^ et quoi<{ue le, tronc 8oit creux, il présente assez de solidité pour être employé en bois de charpente. Les citronniers et les orangers sont très-abondam dans le Macassar, et fournissent d'excel-r lens fruits^ ils ea produisent constamment , et leurs fleurs embaument les campagnes. On y trouve en outre le palmier, le cocotier , l'arbre à pain et presque tous les autres arbres à fruits des tn^iques.
Les roses y les œillets , les jamins , les tu béreuses y les jonquille» parAiment champs et les jardins, et une espèce de
lis appelée bougna<-gené-maui*o , et qm surpasse toutes les autres fleurs par son éclat et son parfum délici-eux, est employée conune parure par lies femmes, tandis que sa racine guérit des fièvres, qui sont fort communes dans la saison pluvieuse. D'autres végétaux nourriciers sont la patate , l'igname , les melons d'eau, les mangues , les oranges et les bananes.
La mangue ressemble beaucoup à nos poires de bon-chrétien^ leur diair de couleur
rouge est trës-sucrée, mais il y a au centre un noyau très-amer^ l'arbre qui porte ce fruit ressemble à peu près au noyer poiu* le bois et la feuille y mais il est bien plus touffu; ses feuilles étant broyées répandent un parfum agréable qui a Todeur de la fkve de Tunquin. Le baûanier a souvent i!2 à i5 pouces de diamîètre, mais ne s'élève pas à plus de 6 à 8 pieds de hauteur; quand on coupe une banane horizontalement en y remarque une division qui forme une croix parfaite. Dans le Macassar il y a beaucoup de noyers dont on reth'e de l'huile à brûler. La vigne ne croit pas à Célëbes , mais on extrait du palmier une liqueur trës-agréable à boire. Quant au cotonnier y petit arbrisseau qui ressemble beaucoup pour la forme à la feuille de seringa d'Europe , il porte des fleurs rouges de la forme du lis y mais qui sont sans odeur ; lorsque cette fleur est tombée y on voit à la place un bouton gros comme une noix verte qui, parvenu à sa maturité, s'ouvre et se trouve rempli de cette laine dont on fait un si grand commerce.
L'ile entière étant couverte de pâturages y de savanes , de champs cultivés et de forêts, ne pouvait manquer d'avoir un grand nombre à^ animaux. Parmi les quadrupèdes domestiques on distingue le bœuf, la vache , la chèvre , le cheval , le mouton et le cochon. Les cerfs et les sangliers vont par troupes dans les bois ^ les lièvres pullulent dans les champs de riz et de cannes à sucre , qui sont aussi ravagés par les singes , au nombre desquels le singe blanc est le plus hardi , le plus méchant et le plus dangereux, se permettant surtout d'étranges privautés avec les femmes } heureusement qu'il y a dans Tile une assez grande quantité de serpens boa qui leur font, comme dans les Philippines, une guerre active et qui en détruisent beaucoup. Il y a aussi une autre serpent trèsvif^ qui imite le sifflement du merle et qui se tient caché dans le feuillage des arbres : dès que quelque singe curieux s'approche de lui pour voir quel est l'oiseau qui siffle ainsi , le serpent s'élance sur lui , l'enveloppe de son corps , tandis que sa queue
est entrelacée à une branche, et le dévore ou lui suce le sang en lui déchirant les entrailles. Le serpent boa n'est pas à craindre; mais une espèce dite cobra di capello, longue de 8 pieds, de la grosseur du bras, marchant par sauts et par bonds de 5 à 6 pieds de long , fait une blessure promptement mortelle : Thomme qui en est atteint meurt dans des convulsions et des coliques atroces. Les bufBes peuplent aussi les forêts } on parvient cependant à en prendre de jeunes, à les apprivoiser et à s'en servir poiu* le labourage. Le scorpion est conunun , mais les serpens et les corbeaux le détruisent. Les familles d'oiseaux sont aussi nombreuses que variées ; l'aigle et le vautour habitent les hautes montagnes } les gros corbeaux et les perroquets fourmillent partout dans l'île.
Une seule grande rivière arrose l'île de Célëbes-; elle prend sa source dans lés montagnes de Mamoja , au nord , et coule au midi par le royaume de Macassar qu'elle traverse dans toute sa longueur; elle se jette dans le golfe de Macassar ou elle a
plus d*une demi4ieue de largeur ; k deux lieues au-dessus de son embouchure , elle B*a plus que a5o à 3oo pas ; elle est extré* mement poissonneuse j et Ton y voit une grande quantité de phoques et surtout de crocodiles qui remontent jusqu'à 20 lieues dans Tintérieur ; elle serait assez profonde pour admettre des vaisseaux marchands, si -elle n'était encombrée de bancs de sable et de graviers qui, changeant souvent de situation , rendent cette navigation dangereuse.
Le principal. port du royaunae de Ma- Ck%sur se trouve k T'embouchure de cette même rivière et poite ainsi qu'elle le non de Jompandams les Hollandais s'en em* pâjpk«nt en i€5o ^ ils ont bâti un fÏMt oà ils enU-etiennent une garnison. Cet éttblis^ement leur est extrêmement a-vanu* geux, soit à cause des piquetions du sol qu'ils en retirait, confine l'or ^ la soie, le coton et les bois de teinture , en é<^ange de draperies et de fer , soit par la proximité où il« se trouvent des îles de Bornéo^ d'Amboine, de Banda, de Timor , des
Moiuques, du royaume de Siam , de Camboge y de la Cochinchine, du Tonquin y de la Chine et des Philippines.
1a ville de Mancaçara est la plus conaîdérahle après Jompaiidaiii ^ c'est la capitale de l'île; elle avait été fortifiée par les Portugais y mais les Hollandais ont détruit une partie de ses fortifications depuis qu'ils en ont chassé les premiers. Mancaçara est située un peu au-dessii» de l'em-^ bouchure du fleuve Jompandam y au sein d'une plaine tris-fertile et cultivée avec soin ; les rues sont bien percées , larges et très-propres parce qu'on' les tient sablées ; elles sont bordées de chaque côté d'arbre»
touffus, comme dans quelques villea de Hollande j ce qui entretient une ombre et une fraîcheur agréables ; l'ancien palais du roi y quelques mosquées et. un temple y sont les seuls édifices construits en pierre ; les maison^ particulières sont en bois de différentes couleurs , si artistement joiats que les murailles représentent un ouvrage de marqueterie propre à flatter la vue; elles ont en général a4 ^ 3o pîfids de long
sur i5 à 18 de large , et sont soutenues en l'air par de grandes colonnes de bois d!ébëne; on y monte par des échelles que l'on retire pendant la nuit, pour se préserver des animaux immondes ou venimeux^ elles sont recouvertes par un toit plat j surmonte de trois croissans ^ les fenêtres sont étroites et fermées avec des feuilles d'arbres ou avec des treillis de fibres de coco ou de bambou. Il y a tous les jours un marché de comestibles à Mancaçara, qui contient, avec son district, environ 1 10,000 babitans.
La ville de Boné y capitale des Bouguis ou Boughis, est presque aussi grande et aussi peuplée que celle de Mancaçara, dont elle est éloignée de 10 journées de chemin. Tallou , Toiiraté, et Borobassen, sont les plus grandes villes du second ordre de Macassar , dont elles ne sont éloignées que de 7 à 8 lieues. Quant aux villages de l'île , en général , ils sont assez nombreux et plus peuplés que ceux de la France, parce que les habitans ne vivent point séparément dans des hameaux ou
des métairies isolées au milieu des champs.
Les habitons de Célèbes , et surtout de Macassar, sont grands et robustes; ils aiment le travail et supportent facilement les fatigues f ils sont moins basanés que leé Siamois, mais ils ont le nez plus écrasé, ce qui ne provient point de naissance; cette difformité est à leurs yeux une grande beauté que les nourrices ont bien soin de leur procurer , en leur aplatissant sans cesse le nez avec la main gauche qu'elles appuient doucement dessus. Oa couche les enfans. nus, sans langes ni maillot, dans un petit panier d'osier; on les baigne tous les jours et on leur frotte le corps avec de l'huile de coco pour les rendre plus agiles et plus souples. On met les garçons en pension des Tâge de 6 ans pour que la tendresse, maternelle n'amollisse point leur courage; les filles restent toutes à la maison, et leur mère est chargée de leur éducation. Les prêtres musulmans sont les instituteurs des enfans , et ils se servent de l'écriture arabe. Les Célébôis
et surtout les Blacasearats sont gais , emportés , vindicatifs et cependant d'une amitié solide. Les femmes sont chastes et retNiucB } elles aiment la danse avec passion , tandis que les hommes rech^-chent de prédilection tous les exercices qui ferment àla ^erre ; ils sout excelless écuyera, tirent tort bien de l'arc et du fusil , pointeutle canon et manient avec adresse ïesabrvetlekris, e^ce de poignard presque OM^ours en^iolsonné. lies amusemens ordinair» dee-enfiuia sont ïes jeux de la tonpie, des o««dets et des boules.
La noncrîture des Céléhois consiste en ▼iandes bouiDies ou rôties, estrteteménl épicées , et en poistom et fruits. Bs, ne font par jour que deux repas , entre le»quels on mAche du bételet d& Tareck; on beit du sorbet (i) et l'on J^nne, ou l'on pKnd dtt thé-, 'he vm de ptdtae est la boisson ordinaire des repas , il enivre assez f^-
(t) IiG Mtriiel c«t ane limonade, uonutiiée « K muKkde, Ib macis et k clou de giroDe.
cil^E^Qt. On mwige avec le9 db%t& et Fon boit à la ronde dans une grande tasse de coco ou d'argent, qui contient jusqu'à 4 bout€âUesde liquide. L'habillement est une longue camisole, ou veste qui descend jus- ^'jauunx geekouxet un pamialon d'étoffe légive^ la coifFure est ua petit- bosmeC de soie» Le peuple et les gr»ids se rasent, Biais ilfi oui. grand soin de lettr chevelure ^'ilâ ne coupent point; ils vontafttbam deux ou troisi fois. par jour, etroigaent leur Qorps av«c une pommader Oa vend les dents bien égale» avec uno lime^ ot on lea piitutennotr^envougeott eofvert. J>aitB le»
vialte^qu'oa se &itBUHuetteoBfteut^ on pré^ s€n^ un tapi» êlua>ciuTesflpoui! s'asseDÛ:, ofl. Importe dUi béifily de» firui^ des Uqueuff» et.dusQibet. Lors âvunartage^y dès que le» «caveaux ^poit:^^ ofttcétéuMA par Fagg«y on prétr^y. on les ea&rukfr dan»
une chambre obscure, éclairée par uae aeide lampe , et on les y laisse trois jours , ne pouvant communiquer qu'avec une vieille esclave qui pourvoit à leurs besoins'; le quatrième jour ils vont, après
un festin , habiter la maison qu'on leur a préparée.
Le gouvernement de Macassar est monarchique , les rois y régnent depuis dix siècles , ils y sont absolus ,^craints et respectés de leurs sujets. La couronne est héréditaire , mais les frères du roi lui succèdent à l'exclusion de ses en&ns. L'armée est composée de i5,ooo hommes, infanterie , cavalerie et artillerie , mais elle n'est payée qu'en temps de guerre, elle est seulement armée et habillée aux frais de l'État. La justice est exercée par un juge dans chaque arrondissement et les parties plaident elles-mêmes leur cause > il y a des notaires publics pour passer les divers actes qui se présentent, et particulièrement pour les promesses de mariage que font mutuellement les pères et mères des jeunes gens, souvent plusieurs années avant leur âge nubile.
Au sud-est et à l'est de Célèbes s'étend l'archipel des Moluques dont il nous reste à parler.