‹ Voyage dans les cinq parties du monde (volume 2)Chapitre 31 sur 53 · ARCHIPEL DES SANDWICH · texte numérisé non relu

ARCHIPEL DES SANDWICH

Situées dans une mer entièrement ouverte, entre 19® — îi3« lat. N. et 157**— ïSi" long. O., les ilesSandwich sont au nombre de dix , dont huit sont habitées Leur étendue superficielle est estimée par M. ElliS) qui les a visitées en iSaS , à 5o5o milles carrés américains de 69 7 au degré; la principale , Hawaï ou Ovhyhée , forme a peu près les f de cette estimation , de sorte qu'elle est quatre fois aussi grande que tout le reste, comme on le voit dans le tableau qui suit :

Les iles Sandwich ont été visitées plus souvent qu'aucun autre groupe de la Polynésie : cette préférence est fondée sur plusieurs motifs: le boiEdesandaly est en abondance; elles sont tue station commode , UD lieu de reUche , im grand caravanserai pour les vaisseaux qui naviguent entre l'Amérique et l'Asie au nord de l'équateur. L'Angleterre et les États-Unis y entretiennent des agens commerciaux , outre les missionnaires américains qui y prêchent l'évangile depuis huit ans, pé-

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riode qiii leur a suffi pour convertir tous les indig;ènes au christianisme. Nous reviendrons à ce chapitre y marquons auparavant las traits naturels de chacune de ces îles , du moins des principales.

Un sol volcanisé ne peut être fertile qu'aux lieux où les laves sont décomposées; aussi , par cette seule cause , une grande partie d*Owhj^héeou. à* Ilaouaï ou. Hasvai est condamnée à une stérilité de plusieurs siècles; le reste de l'île , couvert de hautes montagnes dont Tune a trois pics visibles à 3o lieues de distance et se trouve continuellement chargée de neige, quoique entre Içs tropiques , ne laisse à la culture que peu de plaines. D'un autre côté il y a peu d'eau; il n'y a point de ruisseaux qui se rendent à la mer, si ce n'est au fond de la baie de Waiaké , sur la côte orientale de rîle. Dans la saison des pluies , les torrens qui tombent des montagnes sont plutôt des agens de destruction que des moyens de fertilité , excepté la rivière de Wairukuy qui descend du Mouna Kea et se jette dans la baie de Waiaké ou Waia-

kea précitée ; mais les Sandwichois sont industrieux et réussissent dans 1 eurs travaux agricoles , lîaême faute d'animaux qui les secondent. C'est au nord et à l'occident que le pays offre un plus beau coup d'oeil; le terrain y est couvert d'une immense quantité de végétaux le long des côtes.

Dans plusieurs parties de l'île on voit des plantations de cannes à sucre et de cotonniers. Le rivage sud-est est bordé de rochers qui , en quelques endroits , ont une élévation perpendiculaire de 4o à 60 pieds.

La partie nord-ouest est entrecoupée d'une infinité de baies et de criques ou les naturels ont établi des pêcheries.

Nous venons de citer les montagnes des Sandwich : leurs pics principaux sont le Mouna-Roa j haut de i8,4oo pieds , suivant M. Mathison qui l'a visité en 1822; le Mouna-KeUy haut de i5 à 16,000 pieds; et le Mouna-Huararai y haut de 7 à 8,000 pieds. Si l'estimation est exacte , le premier de ces pics excéderait de 3,68o pieds celui de Ténériffe y et ne serait pas de

beaucoup inférieur à celui duGhimborazo, point le plu8 élevé des Andes.

C'est pràs de la base du ou de la Mouna- Hoa et à sept lieues de la mer, que se trouve le fameux volcan de Kirauéa ou Kiraouia. U diffère de tous ceux que l'on connaît y en ce qu'au lieu d'occuper le sommet tronqué d'une montagne , il forme une immense cavité dans un plateau élevé, mais au pied même du Mouna-Roa. Il est probable que , dans l'origine , c'était une montagne conique , et qu'il y a plusieurs siècles que l'abîme actuel s'est ouvert par suite de Téboulement du sommet. On voit au fond de cet abîme cinquante ousoi> xante petits cratères coniques , dont quelques-uns sont constamment en éruption.

Les cimes et les flancs de plusieurs d'entre eux sont couverts de soufre nuancé de vert et de jaune; mais à ceux-ci près, la couleur des autres, ainsi que celle des bords du gouffre, est uniformément d'un noir affreux. Ce gouffre a iSoo pieds de profondeur et au moins 3 lieues de circonférence , dont les côtés servant de galerie

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^97 pour observer les petits cratères , sont si perpendiculaires que d'un saut on serait arrivé au fond de l'abime, où bouillonnent^ se choquent , sifflent les vapeurs qui se dégagent, en même temps qu'a lieu l'explosion des gaz qui s'enflamment au contact de l'air, avec un bruit épouvantable. On ne peut comparer l'éruption de ce volcan qu'à celle qui ouvrit sur le flanc de l'Etna une nouvelle bouche et forma un second cratère. L'enceinte de 6 lieues qui renferme deux plaines et la bouche actuelle du volcan de Kirauéa, est entièrement formée de débris volcaniques entassés dans la plus étrange confusion; la plaine inférieure aboutit à la vaste ouverture par laquelle les flammes et la fumée s'échappent en ce moment. C'est la nuit que le spectacle de ce volcan devient le plus magnifique : on distingue alors ce que la lumière du jour empêchait d'apercevoir; les cratères lancent à des intervalles très-rapprochés^ des cendres et des pierres qui retombent au fond du gouffre ou en frappent les parois; chacune des éjaculations est accompagnée

d'une détonation qui ébranle la terre à une grande distance , après quoi la flamme s'élève plus haut et prend plus d'éclat, pour ensuite s'affaiblir par degrés, devenir fumeuse et enfin une colonne de vapeurs grisâtres et opaques qui couvre tout le cratère jusqu'à une nouvelle éruption :

qu'il est beau de contempler les laves sortant des cratères en rivières de feu, le lac qui les reçoit , les vagues enflammées dont il est couvert , les îles qu'y forment les pierres lancées par le volcan ou entraînées par les laves elles-mêmes ! Mais de pareils tableaux ont besoin d'être vus pour s'en faire une idée : achevons celui de l'île d'Owhyhée, où le capitaine Gook périt assassiné, à la suite d'une querelle avec les indigènes alors barbares. Us placent dans le volcan dont il vient d'être question une divinité qu'ils nomment Pelé ou Pailaij tantôt bienfaisante et tantôt cruelle dans ses vengeances ^ son culte , fondé sur l'espérance ou la terreur, faisait partie de la religion des Sandwichois ) mais cette superstition est considérablement affaiblie^

^99 et grâce aux missionnaires elle sera éteinte avjant le cratère. Toute l'île d'Hawaï est parsemée d'haÊitatioixs et de villages 5 il y a m.éme des villes , entre autres celle de Honaunau , qui compte 1 47 maisons ^ la baie de Yaiakea est bordée de 4^0 maisons habitées par environ 2,000 individus; la côte occidentale sur un espace de 6 à 7 lieues montre plus de deux mille âmes.

Ainsi ce n'est point exagérer le nomb||f total dès habîtans d'Owhyhée que de le porter à 5o,ooo , ou aux deux tiers de la population totale du groupe.

L'île de Mauiy la seconde en importance, ofïre un aspect vraiment agréable, lorsqu'à une distance de 5 lieues en mer on aperçoit ses belles côtes sabloneuses ombragées de cocotiers , et le pays richement cultivé dans l'intérieur d'où s'élèvent des collines presque perpendiculaires. Leurs sommets sont stériles, d'une couleur brune , et peuvent se voir à une distance de 25 lieues. Du côté de l'ouest on trouve une baie convenable pour jeter l'ancre. Les habitans , que l'on croit être

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au nombre de 38 ou 3§,ooo y possèdent beaucoup depetits vaisseaux pour communiquer avec les autres îles. Tauai est éga* lement très-productive } Morakai et Ranai n'ont pas autant de terres cultivées , mais elles possèdent plusieurs bonnes baies; Oahu ou TVahoOy la plus belle et la plus fertile du groupe entier^ ^ des vues extrêmement pittoresques 5 elle est tout en culture. Les principales productions de toutes ces îles sont le bois de santal ou santalin ou sandal , dont il se fait un grand commerce; le mûrier à papier, avec l'écorce duquel on fabrique des étoffes ; l'arbre appelé ohia, qui croit à la hauteur de 20 à 3o pieds et produit un fruit rouge; le fraisier et le framboisier, qui donnent de beaux fruits ; la racine de ti ou tiij variété du dragonier ; et le taro ou gouet , dont les racines brovées et mêlées avec de

l'eau forment la nourriture principale des indigènes.

Les Sandwichois sont en générid arables et communicatifs ; presque tous sont déjà chrétiens , mais ont gardé le costume

3oi de leur pays. Les deux sexes portent autour des reins une ceinture , et se passeut sur les épaules un niauteau en guise de châle; ils se tatouent les lèvres et la figure, ont les cheveux relevés autour du lîront et teints en blanc avec une espèce de craie et d'argile. Les hommes sont armés d'un poignard en bois ou en fer , de i8 pouces à 3 pieds de long. A. la mort d'un chef ils se rasent la tête et ne laissent subsister qu'une étroite bande de cheveux qui va du front au derrière de la tête. Leur manière* de se saluer est de se toucher le nez. De petits miroirs et des pipes garnies en cuivre sont les deux objets qu'ils estiment la plus. Us aiment k se laisser glisser du haut d'une montagne sur un traîneau étroit , et celui qui a été le plus loin est proclamé vainqueur. Il est fâcheux qu'ils soient enclins à l'ivrognerie. Leur breuvage enivrant est Ëiit avec de la racine de ti , du suc de la canne K sucre ou de celui de la patate douce fermentée. Les Sandwichois jugent de la beauté par la corpulenee ; l'habitude de fumer est générale, comme VI. a6

3o2 celle de se servir de bâlons paur marcher; les hommes et les femmes excellent dans Fart de la natation auquel les deui^ sexes se livrent dès la plus tendre enfance. Le chien et le cochon sont leurs animaux favoris. Leur musique consiste à frapper avec un petit bâton de bois dur^ de 3 pouces de long y sur un autre de 5 ou 6 pieds , et à battre la mesure avec le pied droit sur une pierre. Les danseuses ont la tête et le cou parés de guirlandes de fleurs et les 'chevilles des pieds entortillées de rameaux du maise odoriférant.

Sans revenir sur la déesse Péléy la principale des divinités volcaniques d'Hawaï , qui habitent les cratères dont les fournaises rugissantes et les flammes pétillantes sont la musique , tandis que les ruisseaux de lave enflammée sont le ressac dans lequel ces divinités se jouent; sans nous occuper de la superstition des Hawaïens qui croient encore leur devoir un tribut , nous retracerons de préférence ici le système du tabou ou des interdictions , qui , dans les îles Sandwich était devenu , entre les

mains des prêtres , l'arme la plus cruelle et la plus redoutable que la tyrannie ait jamais imaginée pour exercer impunément l'oppression ou la vengeance j arme que l'influence des missionnaires et la fermeté du dernier roi Taméhaméha ont récemiment brisée , mais qui malheureusement existe encore dans quelques groupes de la Polynésie.

Le tabou ne permettait qu'aux prêtres et aux chefs de manger des noix de coco ; la viande de porc et la volaille étaient interdites aux femmes ; défense aux deux sexes de prendre leurs repas en commun et surtout de manger au même plat } les femmes devaient manger seules et se nourrir d'alimens grossiers qu'elles n'avaient pas même la permission d'apprêter comme ceux qu'elles offraient à leurs maîtres. Si un insulaire était surpris en un lieu plus élevé que la tête du roi , fût-ce même sur un arbre ou au haut d'un mât, il était dévoué aux dieux et immolé } le même sort était réservé à celui qui aurait eu le malheur d'étendre sa main au-dessus de la

3o4 tête du monarque } les idoles , les temples.

les personnes et les noms même du roi et de la famille régnante, la personne des prêtres étaient toujours tabouées ou sacrées.

Ces interdictions étaient générales et de tous les temps ; d'autres ne duraient que peu de jours ; alors aucun canot ne pouvait mettre en mer, aucun habitant n'avait la permission de sortir de sa maison , le feu et la lumière devaient être éteints ^ il était défendu d'aller au bain , même dans l'intérieur de la maison , à l'exception des prêtres et des gens attachés au service des temples 5 il était défendu aux chiens d'aboyer, aux porcs et à la volaille de faire aucun bruit. Toute infraction était punie de mort. Pendant ces temps de retraite générale , les prêtres se chargeaient des idoles , et parcouraient les îles pour y lever des contributions au profit des dieux.

Les chiens et les porcs étaient muselés, les poules renfermées et les yeux couverts par un morceau d'étoffe ; le peuple se prosternait la face contre terre devant les prêtres, lorsqu'ils passaient avant ou après

3o5 Je tabou. Si ces prêtres manquaient de victimes pour les sacrifices , ils imposaient un tabou extraordinaire et de telle nature qu'il était presque impossible de ne pas l'enfreindre en quelque point. Souvent même ils omettaient de le publier dans quelques lieux y où il leur était dès lors plus aisé de trouver des coupables que des hommes apostés saisissaient et entraînaient aux autels où on les égorgeait. Cette institution barbare y minutieuse et tracas* 8ièl>e , qui prétendait régler toute la vie privée , qui troublait sans cesse l'imagination et accablait l'homme dans toutes les situations y soit de vaines terreurs, soit de privations et de souffrances trop réelles, multipliait encore à la charge du peuple .les temples, les cérémonies /les sacrifices. On exigeait pour des idoles sans nombre des hommages assidus; la puissance sacerdotale n'était utile qu'au clergé , et n'ofïrait au peuple aucun avantage qui la fît supporter avec patience; au contraire les plaisirs les plus innocens étaient dé-

fendus, on n'osait se livrer aux plus douces affections.

Le roi Taméhaméha donna enfin luimême mi grand exemple d'infraction à la loi du tabou y et préluda ainsi aux autres changemens qu'il voulait opérer. Il invita à une grande fête les habitans d'Owhyhée, leurs femmes et les chefs des autres îles.

Les convives s'établirent selon la coutume, les honmies à part ^t les fenunes dans un coin retiré. Le service étant ainsi disposé, le roi , au moment même , envoya chercher quelques volailles et d'autres mets prohibés , poiu* les placer aux lieux où les femmes étaient réunies; il s'assit ensuite aune table particulière , et conmiença à manger en invitant les fenunes à suivre son exemple. Les chefs l'imitèrent, et les hommes et les femmes prirent poiu* la première fois les mêmes alimens. Cette violation publique irrita tous les prêtres , mais aussitôt il proclama que leur règne avait cessé et qu'aucun culte ne serait plus rendu aux faux dieux. Maintenant, nous le répétons.

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le christianisme est la religion des Sandwichois^ nous leur dirons adieu et voguerons vers les îles Mulgraves.

ARCHIPEL DES MULGRAVES.

Au sud-ouest des Sandwich , les îles Mulgraves forment une chaîne de 55o lieue?

qui se lie d'un côté avec les Garolines par les Pescadores, de l'autre avec les Fidgi par nie de Rotouma; cette chaîne, placée sous Féquàteur, entre io° lat. N., et lo'» lat. S. , et 169° — 172° long. E. , fut découverte pai* Marschall et Gilbert en 1788. La plupart de ces îles sont basses 5 elles produisent des cocos y des oranges et des chouxpalmistes; la race cuivrée qui les habite passe pour hospitalière et habile à guider les pirogues.

Elle a au sud, par 17 a** 4o' long. E. , et 10** lat. S. , V archipel Gilbert, dont les naturels, cuivrés, grêles et maigres, habitent sur des récifs découverts et peu productifs. Aucun ne voile les parties sexuelles,

tous portent les cheveux coupé^ court , et n'ont point de barbe ni de moustaches^ qu'ils taiUent avec des coquilles. Ds s'avancent avec leurs pirogues assez loin dans la mer , en emportant une provision d'eau douce dans des noix de coco.

Pris de cet archipel, et par ia° 3i' o" lat; S. , et 174*» 55' o" long. E. , est Vile de Rotouma ^ dont Quiros eut le premier connaissance en 160 1 } chaînon qui rattache l'archipel des Garolines par ceux des Mulgraves et de Gilbert , par Saint- Augustin et le Grand-Gocal y aux autres archipels de l'océan Pacifique. Cette tle est montagneuse, de médiocre hauteur, trës-hachée, enveloppée d'une ceinture de terres basses sur lesquelles sont les habitations. Les pointes avancées sur la mer sont couvertes de cocotiers ; File en général est riche de végétaux, cultivée avec soin et très-féconde.

Ou est disposé à donner aux montagnes une origine volcanique. L'île est prodigue en substances alimentaires : on y trouve en abondance les pommes de Gythère, le ma« pé , les bananes , les racines de taro , les

3o9 cannes à sucre , les ignames et les fruits à pain ^ les poules et les cochons y sont multipliés.

Les RotoumaïenSy qui appartiennent à la race océanienne , sont grands , bien faits , d'une taille avantageuse , ont la physionomie douce , prévenante, remplie de gaité ; ils sont d'une curiosité enfantine qui étonne 3 ils portent leur chevelure, qui est très -longue, relevée en touffe sur le sommet de la tête; et lorsqu'ils la laissent tomber flottante sur leurs épaules, c'est chez eux un signe de respect et d'une profonde soumission. Us ont la plus grande ressemblance avec les Taïtiens , malgré l'inunense intervalle de mer qui les en sépare. Leurs yeux sont grands, noirs et pleins de feu ^ leur nez est légèrement épaté, et leurs dents sont très-blanches.

Us se coupent la barbe avec des coquilles ; ils pendent aux lobes de leurs oreilles des feuilles ou des fleurs odorantes : placés sous une température chaude , ils se baignent fréquemment j la plupart vont entièrement nus , hors une étroite bandelette

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qui soutient plutôt qu'elle ne cache les parties génitales 5 les chefs seuls ont une pagne qui descend à moitié des cuisses.

Dans les grandes cérémonies, ou pour paraître devant les étrangers avec tous leurs avantages , ils se peignent tout le corps de jaune orange très-vif, avec une poudre obtenue de la racine de cucurma, délayée dans l'huile de coco. Les deux sexes s' épilent avec le plus grand soin , sans même garder les poils des aisseUes. Les hommes portent au cou une valve d'huître à perles ou des chapelets de coquilles. Les deux sexes affectionnent surtout les dents de cachalot , dont ils composent leurs bijoux les plus- précieux. Les seuls instrumens que les Rotoumaïens recherchent sont les haches , les clous et les hameçons. Leur seule arme est un long bâton en bois dur, terminé par un casse-téte aplati , tranchant et couvert de ciselures. Le tatouage a lieu sur tout le corps. M. Lesson , auquel nous devons ces détails , rapporte que le» Rotoumaïennes sont très -jolies, et que les hommes les offraient avec empressemeot

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à réquipage de la Coquille, La syphilis était encore inconnue dans ce nouvel éden.

Le seul défaut des naturels est le penchant au vol , ils s'y livrent en riant , et c'est à qui montrera le plus d'adresse.

L'île de Ro tourna est divisée en 24 districts gouvernés par autant de chefs , dont chacun par rang d'âge arrive à l'autorité suprême , et l'exerce pendant 20 lunes sous le nom de Chaou, il tient conseil chaque matin avec une douzaine de chefs , et règle les affaires. La cérémonie du changement de chaou n'est pas accompagnée d'une grande formalité : tous les chefs s'assemblent , et le plus ancien remet une branche de feuillage au nouveau chaou. Les chefs possèdent toutes les terres , forcent les habitans à travailler , et disposent du mariage des jeunes filles; ils sont à la tête de leur tribu dans une bataille , remplissent les fonctions sacerdotales dans les baptêmes j les mariages et les enterremens , e|; administrent la justice d'une manière douce et paternelle. Les villages sont bâtis ^ur le bord de la mer , mais la cabane du

chef est la plus près du rivage. Les seuls objets d'ameublement sont des nattes y des oreillers en bois et des tables pour manger, sur lesquelles une feuille de bananier sert de nappe , tandis qu'un morceau d'une autre feuille , placé entre les dqigts , sert de cuillère pour porter les alimens à la bouche.

Aux mariages , les deux futurs , arjiitrairement unis par le chef , doivent pendant une ou deux nuits coucher sur la même natte , mais on veille à ce que le sacrifice ne soit pas consommié. Le jour où il doit être accompli se passe en danses^ en festins^ et, vers le soir, les amans, conduits au bord de la mer , entrent dans l'eau. La fille nue se couche sur le dos , et l'homme lui lave le corps; ensuite celui-ci se couche dans le sens opposé , et la femme pratique sur lui la même opération. Ceci se passe devant un grand nombre de témoins des deux sexes , qui ont apporté des nattes en présent et qui chantent pendant que les deux époux sont dans l'eau. Cinq minutes après ils sortent de la mer, et sont

ainsi liés l'un à l'autre pour la vie^ les femmes d'ailleurs ne sont point esclaves , mais sont au contraire aimées et respectées. A la moindre infidélité , un coup de cassetète de l'époux le délivre de sa compagne, et l'adultère est lancé en pleine mer, attaché sur une frêle pirogue. Quant aux chefs , l'infidélité leur est permise. Hors l'état de mariage , toute fille est maîtresse d'accorder ses &veurs à qui bon lui semble; mais la virginité lui est précieuse, elle est la condition du mariage. Lorsqu'une jeune fille se vante de l'avoir, elle se poudre le dessus de la tête avec de la chaux de corail , se peint les côtés jusqu'au bas de la figure en rouge , et le derrière jusqu'au milieu du dos en noir. Pour marquer sa douleur , une femme qui perd son mari coupe sa chevelure , et avec un bâton rougi au feu se couvre la poitrine de points brûlés } le veuf, au contraire , se taillade le front et les épaules avec une pierre aiguë. Aux funérailles d'un chef, deux garçons de dix ans , tirés au sort , sont tués par le successeur du défunt, et on les VI. ^7

3i4 enterre dans des fosses particulières de chaque cdté du personnage. Un pareil honneur est rendu à l'épouse d'un chef, et deux jeunes filles sont les victimes qu'on immole sur sa tombe. Yoilà les seuls traits de barbarie de la religion rotoumaïenne.

Quant aux usages de repas, on retrouve ici un de ceux du tabou , car les femmes ne peuvent manger qu'après leurs maris , et autant de convives , autant de tables séparées.

Au nord de l'île de Rotouma , entre les Garolines et les archipels Mulgraves et Gilbert, on trouve également l'île que le capitaine américain Crozier découvrit en 1804? et qu'il nomma tleStrongj niais que les indigènes appellent Oualan} elle git par 5° 21' Sa" lat. N. , et 160*» 4S' 22" long. £. Elle fait, par les montagnes qui la couvrent, une exception remarquable au m.ilieu des îles basses de corail dont le grand Océan est ici parsemé. Sa partie S. oflre quelques îlots de madrépores boisés; les montagnes sont ravinées et déchirées; quelques-unes sont terminées par des pics

aigus. La végétation la plus active revêt rîle entière , tandis que des forêts de mangliers s'étendent sur le littoral, bordé de récifs. Le port de Lélé , dans la baie de Pané , est le plus spacieux et bien abrité.

Une infinité de ruisseaux descendent des montagnes et sont partout ombragés par de beaux arbres , tels que le bananier , le cocotier, et surtout l'arbre à pain, qtii forme la base de la nourriture des insulaires, lesquels ont auàsi des poules en abondance , mais pas de cbiens ni de cochons. Le rat , le vampire , sont les seuls animaux quadrumanes; l'ornithologie est peu riche, les poissons sont nombreux.

Les Oualanais aiment beaucoup les fleurs odorantes ou brillantes ; les fenunes s'en passent de gros paquets dans les lobes des oreilles. Comme ici on est toujours dans l'eau ou dans les boues , les naturels souf&ent de cette humidité continue. Ils sont simples, bons, doux, petits de taille et hospitaliers ; n'étant pas obligés de travailler pour exister , ils sont mous et efféminés 'y la fatigue les atteint vite , et c'est

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pour eux le souverain mal. Les femmes , aux yeux noirs et pleins de feu , sont trësjolies et aiment beaucoup à babiller. Les deux sexes vont nus , à l'exception du maro qui serre les reins. Les deux sexes nouent leurs cheveux sur l'occiput. La couleur de la peau est d'un jaune orangé peu foncé. Les femmes vont aussi la tête nue , comime les hommes ; elles sont trèschastes , malgré la polygamie , permise aux classes supérieures. Les Oualanais sont gouvernés par un roi ou chef qui a le titre d'urosse et règne par des lois entière* ment féodales; le peuple ne possèed rien en propre, et tout, famille et biens, appartient à ce chef, lequel a sous lui des urosses secondaires qui sont ses lieutenans.

Pour le distinguer d'eux ils lé nomment urosse tône. Leur tatouage est plus perfectionné que celui des simples particuliers , rangés en plusieurs classes , dont la dernière ou le bas peuple est appelée sùié ou singué. Lélé , résidence royale , compte 5 à 600 âmes , et l'île entière peut renfermer 1200 individus, dont les mœurs ont

une grande analogie avec celles des indigènes' des Palaos. Mais repassons la ligne ^ et poursuivant notre tournée vers le sudest 9 abordons l'archipel des Navigateurs.

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