ARCHIPEL DE LA SOCIÉTÉ
C'est ici que l'imagination des prosateurs et des poètes s' est le plus évertuée : quel lecteur ne se rappelle les douces émotions qu'il éprouva aux descriptions de Bougainville , de Cook et autres navigateurs qui les premiers tracèrent le tableau séduisant de ces îles , situées entre 18° io'-i6° 55' lat. S. et i52''-i54° long. O., qui furent découvertes en 1606 par l'espagnol Quiros^et que deux siècles et demi plus tard, le capitaine Cook
le sol taïtien nourrit jusqu'à 28 variétés de cet arbre précieux, ainsi que plus de 1 5 du banaiïier ; l'écorce du mûrier à papier sert 4 fabriquer une étoffe ou un papier vestimental de la plus grande finesse; le bois de sandal blanc et noir se trouve sur les montagnes ; les oiseaux et les poissons animent les airs et les eaux, tandis que le cochon fournit la seule chair dont les Taïtiens soient aujourd'hui partisans.
Les TVziff^/i^sont d'un jaune rouge trfespeu intense. Les hommes t>nt les membres bien proportionnés; mais, sans cesse exposés au soleil , ils ont le visage trës-basané, au lieu que les femmes n'ont qu'une teintede plus que celles d'Andalousie et^e Sicile. La surface de la peau est très-4tsse et douce au toucher , mais il s'en exhale une odeur très-forte et très-tenace due aux frictions d'huile de coco , et qui persiste malgré les bains journaliers dont on fait usage. Hommes et femmes portent les dbeveox iR^ez ras; ni les uns ni les autres nes'épilent, mais les hommes s'arrachent la barbe et ne laissent croître que
les moustaches qa'ils taillent de manière à former un léger rebord sur la lèyre. L'abondance des produits , la beauté du cli^.
mat 9 l'insouciance d'une vie peu occupée font que les Taïtiens sont généralepient très-mous et ont la dém.arclie mal assurée,.
ou pour mieux «dire efféminée : ce sont les vrais sybarites de la Polynésie. Néanmoins , ils sont légers à' la course , ils sa-, vent lancer des pierres avec une merveilleuse adresse , nager sur les.récifs, conune, despoissonSy et exécuter sur.mer de longs trajets sans éprouver de fatigue.
Les Taïiiennes ont paru à M. Lesson , qui les a vues en 18124, beaucoup moins belles que les précédens navigateurs ne> les avaient représentées; il dit .n'en avoir aperçu qu'une trentaine de passables , selon nos idées sur la beauté. Il pense que les premiers marins, séduits par la pompe de -la végétation, la douce température de Taïti et les plaisirs sensuels dont ils furent enivrés après de longues privations y durent être plus disposés à voir autant de Vénus dans les nymphes de la déesse Cy-
thérée^ les* missioiinaires prétendent que la beauté du sang a pu encore s'altérer par les maladies syphilitiques : si cette dernière cause était réelle, sans doute elle deviendrait d'autant plus sérieuse , que d'après les gazettes de Sydney de 1827 j sur six Taïtiens il y en a cinq d'atteints par le fléau.5 des femmes , des filles à peine adultes , périssent dans les douleurs les plus aiguës } les i^uses sont obligées sur* tout de cacher leur maladie, car Taveuen serait la preuve d'un adultère que les missionnaires anglais sont parvenus à faire considérer comme un crime qui est puni avec une extrême rigueur. Il y aurait plus de charité à guérir leurs ouailles qu'à les désespérer.
Vers dix ans les filles peuvent être mères. Les femmes s'entr'aident dans les douleurs de l'enfantement; la plus proche voisine sert d'accoucheuse et coupe le cordon ombilical avec la valve tranchante d'une huître. Aussitôt que le nouveau-né a vu le jour , on le plonge dans un bain d'eau fraîche } la mère l'allaite pen-
3^9 dant 3 ou 4 ans. Pères et mères ont la plus grande tendresse pour leurs enfans ; ils leur parlent avec douceur, ne les Â'ap* pent jamais, et ne goûtent rieni d'agréable sans leur en offrir. Le plus grand service q[ue les missionnaires européens aient rendu à ces insulaires est de leur avoir iait abolir Taffireuse coutume de sacrifier selon le tabou ces objets de leur amour*
Paresseux par essence, les Taïtiens trouvent dans le sommeil ou le repos le souverain bonbeur^ ils se lèvent et se cou* chent comme le flambeau du jour : pères et mères, frères et sœurs, jeimes époux s'étendent péle-mèle sur des nattes jetées sur le sol| les chefs seuls ont des nattes tendues sur des châssis. On a aussi l'usage de la sieste de midi à 3 heures. On feit trois repas principaux on le sol sert de table, où les noix de coco font l'office de coupes et de {dats, et où le coco même rempli de liquide est la bouteille. Ces trois repas n'empêchent pas qu'on ne mange à pres^ que toutes les heures de la journée ; il est bien rare, en efifet, dit M. Lésion, de reu-
contrer un naturel sans qu'il ait dans la main im morceau de fruit à pain cuit souS:
la cendre ou une noix fraîche de coco. On cuit pour toute une semaine les alimens usuels y qui consistent en viandes, en fruits et en racines. La chair la plus estimée est celle de cochon y mais tous les habitans ne sont point assez riches pour, en goûter souvent. Us aimaient autrefois les chiens 5 ils élèvent des poules, ramassent les œufs dans les broussailles et n'en font point usage. Us aiment passionnément le poisson , qu'ils mangent presque toujours cnr.
La boisson ordinaire est l'eau pure y ils buvaient avant l'arrivée des missionnaires une liqueur très-enivrante appelée ava , obtenue de la macération de la racine de piper dans l'eau. Us ont pour les vétemens d'E^urope un goût presque effréné , mais n'en sont pas encore au point de porter des culottes. Un morceau d'étoffe qui sert de pagne s'ajoute à leur maro. Jusqu'à l'âge de i4 ou i5 ans les jeunes garçons vont tout nus y hormis ce maro qui recouvre les parties génitales. H en est de même des
filles jusqu'à lo aus , et toutes les femmes indistinctement vont pieds nus comme les h<mimes; la plus brillante portion de leurs atours est dans les fleurs qu'elles pendent aux lobes de leurs oreillef. Une légère tunique dessine plutôt qu'elle ne voile leur sein, et une visière faite avec des folioles du cocotier les garantit de la trop vive action du soleil.. Enfin les Taïtiens ont des manteaux gommés imperméables à la pluie, et ils ont conservé la coutume de se tatouer» Ajoutons qu'ils aiment la danse passionnément, et qu'au lieu du tamtam, leur, ancien instrument pour marquer la mesure, c'est aujourd'hui la flûte qui la dirige.
De ces peuples bienveillans , prévenans, hospitaliers , pacifiques , mais encore un peu enclins au vol , tout chrétiens qu'ils soient , et qui de leur ancien culte n'ont gardé que leurs moraïs ou cimetières sur lesquels on ne fait plus couler le san^ humain , ni torturer les enfans qu'on écrasait sur là pierre, pour complaire à de faux dieux j de ces aimables et sensuels Taïtiens qui lisant à présent l'évangile dans
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leur propre idiome, nous passerons k d'autres insulaires, en nommant seulement les iUs ou V archipel de Mangia, hors du (^oupe de la Société, par i8* 3o'-2i* lat.
S., et que des «écifs de corail environnent. Quatre derniers groupes réclament notre attention , savoir : ceux de Roggeween, des Marquises, de la mer Mauvaise et Farcbipel Dangereux , après lequel nous finirons notre revue à File de Pâ-
ques.
ARCfflPEL rœ ROGGEWEEN-
Ces i/esr, que découvrit l'amiral hoUan-»
dais Rog^ween en i7da, sont situées entre9*»-i'-i* lat.S., par i58'»-i6o» long. O, Les îles Penrhyuj vues par l'amiral Kotzebue en 1816, en dépoident. Les unes et les autres sont petites } elles sont couvertes de bois élevés et ^uiis , formés de cocotiers. Les babitans sont robustes , bien faits, hardis, doux et hospitaliers ; ils ne sont pas tatoués , mais eat seulement queI-> ques bandes ou lignes inciséeadans la peaQ,
sur le corps et sur les bras; ils s'arrachent le plus souvent les dents de devant } les hommes âgés sont corpulens et laissent croître leurs ongles ; hommes et femmes vont nus , excepté la bandelette en feuilles de cocotier qui leur entoure les reins ; souvent ils emploient pour ornement les feuilles du pandanus' tressées 5 quelques-uns j4acent sur leur tête une coiffure de plumes 'noires. Les pirogues sont de divers morceaux de bois très-bien joints les uns aux autres avec des cordes de brou de coco. On ignore si le cochon existe dans cet archipel qui voit à l'est les îles Marquises.