ARCHIPEL DES MARQUISES
Entre la ligne et le tropique du Capricorne /au nord de Tarchipel de la mer Mauvaise y on trouve les îles Marquises , par 7» 3o'— lo* ao' lat. S., et i4i«— i43« long. O., en face , mais à i6oo lieues O.
de Lima* Ces îles furent déc<fuvertes en i594 pu* Mendana ^ qui les nomma ias
Marquesas de Mendoça y à cause de Mendoça, marquis de Canete ^ par l'ordre duquel avait eu lieu l'expédition , d*ou vient qu'on les appelle encore îles Mendoces, Elles sont au nombre de cinq : San- Pedro ^ Santa-Christîna , la Dom^tùca y la Modelena et Hood^isiand, décowrerte par Cook.
Le. capitaine Marchand, qui les a visitées en I ']g2 y en fait une peinture assez riante. Les collines sont séparées par des vallées ou des ruisseaux qui descendent en cascades 'y l'arbre à pain y le cocotier^ le plantain y le bananier et autres arbres fruitiers y croissent spontanément. Le seul animal quadrupède qu'on y trouve est le cochon , si on excepte le rat; mais il y a beaucoup de volailles et d'oiseaux. Le climat est un peu plus chaud qu'à Taïti.
Les Marquesans ou Mendoçains sont grands , forts , agiles et très-bons; ils vont nus y car on ne saurait appeler vêtement une bande d'étoffe qui entoure les reins et dont une écorce die mûrier fournit la matière; le tatouage est universel pour les hommes; quant aux femmes, il se borne
au dessus des mains et des pieds et à quel-quelques légères marques sur les bras.
Ces femmes sont très-jolies , ont de beaux yeux qui annoncent la douceur et appela lent le plaisir, et tous les traits d'une ré^ gularité parfaite. Elles ne sont guère plus vêtues que les hommes^ elles n'ont de plus qu'un petit manteau qui ne couvre pas leur sein , quoiqu'il enveloppe tout le corps. Elles passent dans l'eau une gi*ande partie de la journée, ainsi que les hommes, et y paraissent aussi à leur aise que si elles étaient couchées sur un lit de gazon ou se jouaient sur un lit de plumes. Elles laissent flotter au gré des vents leur belle chevelure } seulement quand elles sont exposées à l'air, une large feuille de palmier leur tient lieu de parasol et garantit leur teint de la tix>p grande ardeur du soleil.
. Si les Marquésanes ont reçu en partage la .beauté et les grâces, elles ont aussi la coquetterie qui fait valoir ces avantages ^ elles ne sont pas cependant trop jalouses les une6 des autres :• le capi^ine Marchand
en a vu qui , après avoir été rebutées par des hommes ^ allaient gaiment se réunir et feire amitié à celles de leurs compagnes qui avaient obtenu la préférence. On ne saurait , dit-il > démêler à quelle autre cause qu'à un libertinage efiréné il £iut attribuer cette étonnante facilité avec laquelle elles se prostituent à des étrangers , to^t en gardant une apparence de pudeur:
quand elles venaient de terre y à la nage , au vaisseau du capitaine , elles gardaient toujours une ceinture étroite d'où, pendaient de longues feuilles de bananier , et elles semblaient très-occupées de ne pas se laisser voir tout entières; mais ces feuilles sans cesse dérangées par les mouve^ mens du corps ne cachaient pas mieux que les deux mains de la Vénus pudique ce qu'dles voulaient dérober à la vue.
Les Mendoçains ne connaissent pas plus la jalousie que les femmes la fidélité; chaque femme semble être celle de tous , le mari celui de toutes } chacun fidt aux étrangers l'offire et l'honneur de chacune indifféremment et indistinctement. Men-
dana remarqua qu'il y avait communauté de lits. Pour coml)le de dissolution , le chirurgien Roblet du Solide (i) rapporte qu'on présentait aux Français des filles qui ne paraissaient pas avoir plus de huit ans, et elles ne paraissaient pas neuves ! Souvent on vit des hommes et des femmes ae livrer publiquement ^ et aux grands applaudissemens des nombreux specta^ teurs des deux sexes, à des actçs auxquels les brutes seules s'abandonnent sans mystère»
La principale occupation des Marquesans , après la pèche , la fabrication accir dentelle de leurs armes qui sont la massue, la lance et la fronde , et de leurs pirogues ou ustensiles , est de chanter, de danser et de se livrer aux plaisirs de l'amour ; la oourse sur des . échasses est un de leurs amusemens , mais la nage est avant tous les autres. Tranquilles sur leurs moyens d'existence , ik reçoivent ce que la terre
(i) Yaisneau du capitaine Marchand.