LETTRE XLX ET DERNIERE
CONSroERATIONS GÉNÉRALES SUR L'OCÉAN.
DifiërcDce entre les mots mer et océan. Distribution géographique de la mer. Phénomènes physiques : coloration, phosphorescence, température , profondeur et mouvemens de la mer ; courans maritimes ; courans atmosphériques , ou vents alises et moussons.
Nous avons promis de clore notre sixième et dernier volume par quelques remarqrues sur les principaux phénomènes que présente rOcéan : notre tâche serait assurément très -difficile y si nous n'avions pas
SOUS les yeux le beau travail de M. le colonel Bory de St-Yincent, contenu dans la xcviii* livraison de TEncyclopédie ( i ) , comme encore la Théorie de la géograpliie , par Malte-Brun ( a ). Nous puiserons dans ces deux ouvrages la substance des considérations finales qui ont i*apport à notre sujet. Offrons d'abord quelques mots préliminaires sur la division géographique de l'Océan y après l'avoir défini ; nous passerons ensuite aux phénomènes physiques qu'on y observe.
M. le colonel Bory de St-Yincent établit une distinction entre les deux mots mer et océan , qui réprésentent la collection des eamx salées. Le mot mer doit désigner y selon lui , la totalité des eaux ^salées qui occupent un peu plus des deux tiers de la surface du globe , comme nous,
(i) A^iat encyclopédique de la ^dograplw phyêlqut, par MM. DesmareU et Bory de Salat-Yiocent , in -4° ; Paris , V* Agasee , 1827.
(a) Tom. II da Précis de géographie nnivenctte.
Savons indiqué pages x et xi deTintroduction de notre premier volume, soit que ces eaux salées circonscrivent les continens et les (les 9 soit qu'elles se trouvent réunies en amas plus ou moins considérables dans rintérieur de certaines régions terrestres.
Le mot océan doit avoir une signification i>eaucoup plus restreinte , et s'appliquer seulement à celles des mers qui environnent la terre sans jamais y pénétrer, c'està-dire que cette signification ne saurait convenir aux mers intérieures dite méditérànnées ou caspiennes. Ainsi, l'Océan est l'inunensité de la mer, séparant les unes des autres , en les entourant , les diverses parties exondées du globe.
L'Océan a été divisé par les géographes -en Océan glacial arctique^ pour les mers circompolaires du Nord; Océan glacial ■antarctique , pour les mers circompolaires du Sud ) Océan atlantique , boréal , équatorial et austral , pour les mers contenues entre les deux cercles polaires , l'ancien et le nouveau monde; grand Océan boréal, poui* les mers qui du tropique du Cancer
s'étend entre l'Asie orientale et les côtes américaines du nord-ouest^ grand Océan pacifique ou mer pacifique , pour la mer contenue entre les deux ti*opiques y T Amérique équatoréale et la Polynésie; enfin grand Océan cudstnUy pour l'immensité d'eau comprise entre les pointes m.éridionales de l'Afrique, de l'Australie, de l'Amérique et le cercle polaire austral. La mer des Indes fait classe à part et ne rentre dans aucune de ces six divisions.
M. Bory n'admet que cinq divisions océaniennes : V Océan arcliqucy dont le pôle boréal est le centre , Y Océan atlantique , placé entre l'ancien et le nouvel hémis* phëre , et borné au nord par le précédent dans la direction d'ime ligne qui serait tirée des côtes nord-est du Labrador jusque vers les Hébrides , pendant qu'il se termine, au sud obliquement dans une ligne qui s^étendrait de la pointe méridio^ naie de l'Afrique , vers le détroit de Magellan f. en passant par les M^Jouines ; V Océan antarctique , plus étendu que rOcéan arctique; V Océan indien y com-
prenstnt la met des Inde» et V Océan paci^ue , désignant assez bien le repos où demeure l'état des flots entre la Polynésie, l'Asie orientale , T Amérique occidentale et rOcéan antarctique.
A l'égard de l'océan Atlantique, le même savant fait observer que le» vents dan» la partie boréale y suivent généralement la direction du nord-ouest et de l'ouest. Vers les régions équàtoréale» de l'Afrique , la surface de cet océan semble être condamnée , dit-il , à subir des calmes brùlans , effroi du navigateur, capables d'enchaîner dans un espace assez circonscrit tout imprudent qui imagine que pour se rendre d'Europe au cap de Bonne-Espérance la ligne la plus droite est la plus courte.
L'apparition des bandes de canards ver»
le nord, et des albatros vers le sud, avertit le nautonnier qu'il sort de l'Adantique pour entrer dans l'Océan arctique d'un côté , ou dans l'Océan antarctique de l'autre. Dans l'Océan indien le calme est l'éUt habituel des flots, la plupart du temps si tranquilles, que leur surface paresseuse.
unie comme un miroir, mérite à l'Océau indien le nom de mer d^ huile que lui appliquent Les matelots. Lorsque dés ouragans épouvantables , mais tràsTrares , n'y viennent pas troubler Tordre accoutumé , ce sont des vents périodiques appelés moussons et dont nouapwleronSy qui y rëgnenU Quant à l'Océan pacifique, lors méitie que les vents y sont mddérés , la navigation en est périlleuse, à cause des récifii de corail mk autres créations qui s'y forment de toutes parts : oà naguère passait un grand navire^ une chalqupe toucherait aujourd'hui. Un grand courant circulaire semble y régner comme le guK^tcéam de l'Atlantique dont il sera question.
Les mers iniérieures ou méditerranées enfei^mées dans les terres , mais en gardant une ou plusieurs communications avec l'Océan y sont classées par M. Bmy de la manière suivante: i« Méditerranée piHhprement déte^ qui s'étend de l'ouest à l'est dans une longueur d'environ 900 lieues ; Isimer Noii*e, dont celle d'^2o/'n?est qu'un appendice, doit en être considérée comme
une dépendance, et la mer Adriatique^ est comme une méditerranée secondaire i^'en distingue le canal d'Otrante. 7,^ Méditerranée scandina\fe ou mer Baltique j entiërer ment européenne ^ large de 3o à 80 lieues de l'est à l'ouest , et s'étendant y en longueur, de 54° à 66^ lat. N. ; les golfes de Bothnie dans sa partie boréale , de Finlande vers Test y et de Livonie, en sont les principaux enfbncemens riverains 5 la végétation de ces lieux^ soit au fond des eaux, soit sur les rivages 9 se ressent de la petitesse d'un bassin où la nature semble appauvrie. 3<* Méditemmée ërythréenne ou Mer-Bouge (i), qui sépare rAfriq[ue de l'Asie et ou cependant la marée se fait sentir^ elle n'a que 70 lieues de l'est k l'ouest 9 sous le tropique du Cancer qui la traverse y et 80 lieues dans sa largeur la
(1) Cette épithète'Bemble venir de l'abondance des entomostraies vivement colorés qui s'y maltiplient parfois an point que les eaux en paraissent changées en sang.