AMÉRIQUE MÉRIDIONALE
U Amérique méridionale ^ sur la côte nord-est de laquelle, dans son dernier voyage, Christophe Colomb débarqua en itê^y c'estrà-dire six années après la découverteide Saint-Domingue aux Antilles , une année avant Améric Yespuce , qui pu-
blia sa relation , et 1^5 années avant Pizarr qui découvrit le Pérou , repose entre le i3« lat, N.- 56° lat. S. , et 4^*»— 86« long O. Elle a pour limites , au nord, l'isthm de Panama , ou commence l'An^ériquese^ tentrionale, puis la mer des Antilles , oi elle s'avance jusqu'au i3° lat. N. précité I sous le nom de cap Gallinas> par 74*' lon£
> 0.5 à l'est, rOcéan atlantique équinoxis
! ' et austral; au sud , ou le détroit de Mage]
1 lan si l'on s'arrête à la Patagonie, 01
l'Océan austral si l'on pousse jusqu'à
cap Hoi*n ; enfin , à l'ouest , l'Océan pac'
>; fique austi*al et équinoxial et le golCe A
■ ' Panama. La limite la plus orientale est 1
cap Saint'Roch , sur la côte du Bi*ésil , ps 5° lat. S. et ^4° long. O. } la plus occidei lale«est le cap Blanc, sur la côte du Pérou par 5« lat, S. et 86° long. O.
^ M. de Humboldt évalue la superficie d
l'Amérique du sud à 571,800 lieues mar nés carrées de 20 au degi*é, dont 11494° lieues en parties montueuses, et 4^6,90 lieues en plaines; et sa population 13,161,000 individus. Hassel la porte
plus de 1 5,000,000, et M. Balbi l'approcho égalemeiit de ce nombre , dans lequel entrent 3,000,000 de blancs foncés, 2,000,000 d'Indiens, et'jh 8,000,000 de nëgres ou d'individus mixtes.
Les ^ands accidens marqués 'par la nature dans cette moitié du nouvel héïnisphëre consistent principalement en ^montagnes et cours d'eau.
Les montagnes qui traversent du sud au nord l'Amérique méridionale , sous le nom proprement de cordillière des Andes , de- / puis le détroit de Magellan jusqu'à l'asthme de Darien ou de Panama , suivent les côtes de rOcéan pacifique , sans s'^oigner de cet Océan de plus de 60 lieues , comme au Pérou, et s'en rapprochant en quelques endroits à moins de 20 lieues , comme dans la partie sud-ouest du Chili. Leur moyenne hauteur sous la ligne équinoxiale est de 2,400 toises. La chaîne reçoit des nonjs diifêrens , selon les contrées où elle passe : dans la Patagonie jusqu'au Chili, c'est la Sierra nes^ada de les Andes; au Chili, ce sont les Andes du Chili qui forment limite
entre le Chili et la république argeiitinef. au Pérou, c'est la cordillière royale des Andes ou grande cordillière du Pérou ; et dans la Colombie , c'est la chaîne de Quito. Les Andes du Chili s'élèvent presque dans toute leur longueur au-dessus de la limite des neiges perpétuelles; lear largeur moyenne est de 45 lieues; leur distance à l'Océan pacifique, de 3o à 4o lieues; leur versant occidental est très-roide; leur versant oriental descend dans les plaines par des pentes prolongées; elles renferment plusieui^s volcans , sont exposées à, de firéquens tremblemens, et comptent neuf principaux cols ou passages de l'est à l'ouest, mais que l'abondance des neiges rend toujours difficiles et même imprati' cables une grande partie de Tannée. La cordillière des Andes , couverte de neiges perpétuelles et incommodée aussi par les volcans , a les sommets les plus élevés de toute l'Amérique , entre autres le Chimborazo , que nous avons cité et qui se trouve dans le groupe de Quito. Le faite de la chaîne entière ne présente point , comme
qelui des chaînes européennes , des arêtes étroites, mais au contraire dés plateaux immenses, couverts de villages et. d'Une riche culture. De grands rameaux jetés k l'est vont former les montagnes du Brésil et celles de la Guiane, qui n'of&ent plus de neiges perpétuelles ni de volcans. M. de Humholdt a fixé de la manière suivante les surfaces occupées par ces diverses montagnes :
Andes 5^,900 h c. mac.
Chaîne colombienne i»900
Sierra nevada de Merida. . . . 20Q
Groupe de la Farime a5,^o
li|ont9 da Brésil. ....... 37,600
1 i44oo
Yoici les hautews des principaux somqiets dès Andes.
MORTÂGUBS. HADTBOaS.
Le Ghimborazo 335o toises. .
LeGayambe Siao
L'Antisana «agga
Le Cotopaii i^io
Altar de los GoUanes s 7^0
Hinisa 2717
Le Sangay 2678-
Le Siochalahuya 2670
Le Gotocachy . , . . 2670
Le Tangarahua 2543
Rucu Picbincha.- a490
Le Gorazon 3469
Le Garquairazo 245u
Métairie d'Aatisana 2104
Ville de Micuicampa (Pérou). . . i856
Tusa (village de Quito) 1617
Quito (ville) 1491
Gaxamarca (ville du Pérou) . . . 1467
Aréquipa (volcan du Pérou) ... 1371
Santa-Fé-de-Bogota (Golombie). . i365
Guença i35i
Pic de Duida , près les sources de
l'Orénoque i3o9
Poyayao >. . . 910
Garacas 4^
Ghainon de l'isthme 5oà i5o
Les Andes n'offrent Taspect d'une chaîne que lorsqu'on les voit de loin, soit des côtes du grand Océan , soit des savanes qui s'étendent jusqu'au pied de leur versant oiûen-
tal; les qjuebrxidas ou fentes immenses sous les^noms de gorges ou vallées partagent ces masses granitiques et en interrompent l'apparente continuité 5 c'est à travers ces portes naturelles que les fleuves descendent vers rOcéan. D'un aut^e côté les ruisseaux âe sont également creusé des lits de ao à *iS pieds de profondeur et d'un pied et demi de lai^geur. On marche en frémissant à travers ces crevasses cachées souvent par une épaisse végétation; il faut suivre des senti^^ pleins de trous de 3 à 4 pieds de profondeur , et ti^averser les torrens à la nage ou sur des ponts chancelans formés par des câblés de bijucos ou de roseaux élastiques jetés d'une rive à l'autre, ou dans un hamac de cuir qui parfois vous entraîne jusqu'au fond de l'abîme.
La position géogi^aphique de l'Amérique méridionale, dont presque tout le territoire est sous la zone torride , pourrait faire croire que cette moitié du nouveau inonde éprouve , soiîs la i;néme zone , des chaleurs excessives : nous avons déjà fait observer qu'ici l'élévation des montagnes ,
l'étendue des cours d'eau , et le voisinage des deux Océans balayés par les vents ali-. zés ou agités par des courans , modifient le cUniat. La zone chaude ne ressent point des ardeurs excessives , mais la perpétuité . de la chaleur, unie aux exhalaisons des marais, amène des fièvres pernicieuses^ la zone tempérée où la moyenne chaleur e^t sujette K de subites variations | et quant à la zone froide, outre son existence au faîte des Andes , il faut chercher aussi son influencé vers, la Patagonie et la Terre-de Feu.
Le&. productions de la chaîne des Andes semblent plus riches, à certains égards^ que celles de la cordillière mexicaine. On connaît l'abondance des mines du Chili, du Pérou et de la Colombie , qui toutefois sont moins exploitées que celles du Mexique , parce que ces dernières sont moins élevées dans la région des neiges que les premières enfouies, du reste \ 1800 et quelquefois à Si, 100 toises au-dessous du sol. Les végétaux croissent à peu près dans l'ordre suivant : depuis les bords de l'Océan, près de la ligne.
7ï jusqu'à la hauteur de 5oo toises, se balancent les palmiers et les liliacées, le jasmin à large fieur et le datura en arbre , les co* cotiers et les manguiers. Au-dessus de la région des palmiers commencent celle des fougëres arborescentes qui cessent à 800 toises y et le quinquina, qui pousse jusqu'à i45o, excepté le vrai quinquina ou chinchona qui s'arrête à 353 toises. Passé 800 toises se trouvent le porlieria et le citrosma aux feuilles et aux fruits odorans; les chênes commencent à étendre leurs rameaux, qui seuls sous l'équateur offrent lé tableau du réveil de la' nature au printemps , car ils perdent leurs feuilles et en prennent d'autres ensuite. A iioo toises les mimoses ne ferment déjà plus leur feuillage au contact. De i3oo à i5oo toises croît un épais gazon d'hydrocotyles , et le mutisia grimpe sur les arbres les plus élevés; ceux dont le tronc excède 10 à i5 toises ne croissent pas au-delà du niveau de a^oo mètres ou i385 toises ,v et depuis le niveau de la ville de Quito tous sont moins grands. A 1800 toises ils cèdent la place
7^ aux ai^bustes. Une large zone de looo à 2IOO toises est la région des plantes alpines , qui à 2IOO toises font aussi place aux graminées, dont la région s'étend de 3 à 4oo toises plus haut. A a36o toises disparaissent les plantes phanérogames^ et depuis cette limite jusqu'à la neige perpétuelle les lichens seuls couvrent le» rochers. Les plantes cultivées sont moins restreintes dans leurs régions de croissance. Le bananier, le maïs et le cacaoyer naissent auprès des palmiers , ainsi que le cafier et la canne à sucre ^ passé le niveau de 5oo toises toutes ces plantes deviennent rares ; de 800 à 1000 toises vient le firoment ; au-dessus de 1000 toises poussent les divers blés d'Europe , sur les plateaux des And es 5 à 1600 ou 1700 toises, ils commencent à se geler; le maïs ne réussît guère au-delà de 11200 toises; mais de i5oo toises à a 100 croissent les ponunes de terre; à 1700 toises le froment ne vient plus, mais il naît de l'orge; enfin au-dessus de 1840 toises toute culture a fini, el le sol nourrit les troupeaux de brebis, de
bœufe et de lamas qui^ paissent jusqu'aux limites des neiges.
Les animaux de l'Amérique du sud peu-^ vent également se classer d'après les régions qui viennent d'être établies pour les plantes. Depuis le niveau^de la mer jusqu'à 5oo toises on voit le paresseux, les boas, les cro • codiles, les perroquets, le jaguar, le hoco, le tangara et les beaux charançons^ dans les fôréts de cette région brûlante, les alouates et autres singes sapajous, le jaguar et le tigre noir de l'Orénoque , plus sanguinaire encore que le jaguar^ le petit cerf, les maringouins ou mosquites ^ les araignées venimeuses, les fourmis, les termes , et ces gros lézards que l'on est tout surpris de voir décorer le sommet des arbres et partager la demeure des habitans ail^. De 5oo à looo toises, plus de boas j plus de crocodiles ni de lamentins, peu de singes , mais beaucoup de tapirs et de chiques. De looo à i5oo toises , plus de singes, mais le chat-tigre, l'ours et le grand cerf des Andes. De i5o6 à 2000 toises , le puma ou petit lion, le petit ours à front V. 7
blaiic 9 quelques viven'es , et le colibri si commun dans rAmcrique du nord* De '2000 à 25oo toises habitent les vigogpies , les guananos et les nandous. Au-delà on ne rencontre plus que le condor, qui seul franchit la région des neiges et plane à plus de 33oo toises.
Revenons aux cours d'eau qui descendent des montagnes des Andes : les principaux sont trois grands fleuves; TOréno* que^ l'Amazone et le Rio-de-la-Plata, dont les flots s'étendant en liberté inoQdent au loin des campagnes nouvelles y où Is^ main de riiomme n'a jamais opposé aucun obstacle à leui* cornas ^ masses liquides et mtr jestueuses qui ti*aversent, tantôt de vastes et antiques forêts, tantôt des plaines imr menses, où la nature en semant ses productions a répandu la variété, le mouvement et la vie.
IlOrénoque prend sa source au petit lac Ipava , vers 5° lat. N. et 68° long. O.; il coule à l'est, puis au sud, ensuite à l'ouest, puis au nord, et de nouveau à l'est, en formant ainsi une spirale dont le développe»
mentc5tde près de 5oo lieues», pour aller traverser le lac temporaire de Parime , formé par les débordemens du fleuve; l^orti de ce lac , il reçoit par sa gauche de nombreux aftluens , dont les plus considérables sont le Guaviare, le Rio-Meta et l'Apure qui sortent des Andes orientales et coulent droit à l'est, ainsi que leurs propres tributaires. Les affluens principaux de la droite sont le Padamo y le Yehtuari , le Caura , FArui , et le €aix)ni y qui est le plus considérable. A 3o ou 4o lieues de la mer rOrénoque se divise «ai deux bras dont le principal continue de couler à Test , pendant que l'autre tourne ati nord^ tous deux se subdivisent plus bas en canaux secondaires dont les 5o embouchures occupent sur la côte atlantique un e^ace de 70 lieues. Sept de ces embouchures sont seules navigables. Le fleuve lui-même, avec un cours de 600 lieues , est d'une navigation difficile en certaine endroits. Au sui*plus il traverse de superbes forêts ainsi que des plaines immenses , où il a vu naguère les Colombiens conquérir leur indépcu-
dance squs l'étendard du vainqueur de Galabozo. Dans la saison des pluies l'Orénoque inonde de chaque côté ses bords à la distance de 25 à 3a lieues. Il abonde en poissons et en animaux amphibies, surtout en caïmans ou alligatoi^ qui sont trèsdangereux.
JJ Amazone ou le fleuve des Amazones y appelé aussi le Maranon et VOrelleruij tient le premier rang parmi les fleavcs du nouveau mon4e et de l'ancien. Il prend le nom de Maranon ( prononcez iUfam^fiioit) dans la partie supérieure de son cours. L'Espagnol François Orellana fut le pre^ mier voyageur qui en parcourut le cours en iSSg; et comme il avait vu des femmes armées sur ses bords, il le nomma rivière des Amazones. Il naît au flanc oriental des Andes du Pérou, formé de la réunion de plusieurs branches qui elles-mêmes sont des rivières considérables, dont les deux principales se nomment VUcayaloM ancien Maranon , et le Tunguragua ou nouveau ou haut Maranon. L'IJcayal, qui parait être le bras le plus important de l'A-*
mazone, est lui-même formé de deux rivièries principales , VÂpurimac et le Béni, qui prennent naissance , l'une dans le Pérou propre , sous i6° lat. S. , et l'autre dans le haut Pérou, 'par i8® même latitude.
L'Ucayal court du sud au nord à travers des forêts épaisses, jusqu'au point où il atteint la limite du Pérou et de la Colombie, pour recevoir le Tunguragua, qui, venant du lac Lauricocha dans le Pérou propre, sous lo** lat. S. , court d'abord du sud au nord pour tourner de l'ouest à l'est , en formant la même limite du Pérou et de la Colombie, après avoir franchi une quebrada, grande gorge, oà^ réduit à une largeur de 70 à 7 5 pieds, son cours est extrêmement rapide. Les deux bras réunis, l'Amazone coule de l'ouest à Test encore entre la Colombie et le Pérou , puis traversant le Brésil dans sa partie septentrionale , va déboucher dans l'Océan atlantique , sous la ligne même et par 5îi° long. O. En partant de la jonction de l'Ucayal et du Tunguragua , ses principaux afftuens sont , à gauche, le NapOj Vlca ou Lulumayo, le
Japure ou Yapura, et le ri'o Negrc^ à droite , le Javari , VYutayj le Tammguiha, le TeflCy le Canari^ le Punis ou Paras ^ le rioMtsideira (i), le Tapayos et leX£n^.
Par le rio Negro et le Gassiquiaro , cours d'eau sous le «jo*» long. O. et sous zéro lat., r Amazone communique avec l'Orénoque, le plateau sur lequel coulent ce dernier fleuve et le rio Negro n'ayant aucune pente décidée.
A partir du confluent de TUcayal et du haut Maranon , le cours de l'Amazone est d'environ ^oo lieues , et à partir de la source duTunguragua, de io35 lieues; quelques géographes portent même le cours entier à 1200 lieues y y compris les sinuosités. La largeur de son lit varie d'une demi-lieue à une lieue dans sa partie supérieure , et
(i) Le rio Madeira est le plus grand de tout les fleuves de TAmazone ; il vient d'aussi loin que l'Ucayal, étant formé par le concours de la Mamore» dont le principal bras, le Guapihî» part de Gochabamba dans le haut Pérou.
va toujours en s' augmentant jusqu'à son embouchure , ou il a 65 lieues d'une rive à l'autre , le milieu étant occupé par uue grande île , à l'orient de laquelle débouche aussi la rivière des Tocantins , qui par un canal est en comibunication avec l'Amazone. Le cotirarït du fleuve est si rapide et le volume d'eau qu'il roule si ccmsidérable, que dans la baie de 32 lieues qu'il forme au nord delà grande île Joannes , il refoule l'Océan , y trace son cours l'espace de plu^ de 3o lieues j et n'y confond même ses eaux qu'à plus de 8o lieues du rivage; circonstance d'autant plus remarquable , que depuis Obidos, situé à i5o lieues de l'Atlantique , et où la marée se fait encore sentir, le pays que paixourt le fleuve a à peine 4 pieds d'inclinaison. La profondeur ordinaire du lit est de plus de loo brasses. Les pluies périodiques font dâborder l'Amazone à plus de 5o lieues.
Dans la partie de l'embouchure du fleuve la plus resserrée par les îles , on remarque pendant les trois jours qui précèdent les nouvelles et pleines lunes ^ c'est-à-dire lors
des plus hautes marées , un phénomène que les Indiens nomment le prororoca^ mot qui paraît imitatif du bruit terrible occasionné par ce singulier phénomène..
Un promontoire d'eau de i îx à 1 5 pieds de hauteur tout à coup s'élève sur toute la largeur du fleuve; il est suivi d'un second, d'un troisième et quelquefois d'un quatrième aussi considérables, que l'on voit s'avancer à peu d'intervalles l'un de l'autre avec une prodigieuse rapidité, en renversant tout ce qui s'oppose à leur passage; et la marée , au lieu d'employer six heures à monter, arrive de la sorte en deux ou trois minutes à sa plus grande hauteur, avec un bruit que l'on peut entendre à i lieues de distance. Partout ou passe la lame, le rivage est net comme s'il eût été nettoyé avec soin. Les canots, les pirogues ne se mettent à l'abri qu'en mouillant dans un endroit où il y ait beaucoup de fond. Ui» phénomène entièrement analogue au prororoca se remarque sur la Dordogne, et provient des même» causes.
Les eaux de l'Amazone nourrissent d'ex-
cellentes tortues, et, pendant les inondations , versent aux lacs et aux marais voisins des rives une quantité prodigieuse de poissons, lesquels deviennent une pèche facile pour les indigènes qui n'oseraient s'aventurer sans précaution sur le fleuve , rempli de crocodiles dont quelques-uns ont plus de 3o pieds de longueur. U est en outre infesté de moustiques et d'autres insectes fort incommodes. Quittons ses bords couverts d'herbes touffues, de roseaux et de broussailles , et allons chercher vers le sud-est le cours du Rio-de-la-Plata, qui , en importance, est le second des fleuves de l'Amérique méridionale»
Le Rio^e-la-Plata ou la rivière d^ Argent est proprement l'embouchure ou l'œstuaire de deux grands fleuves , le Parana et l'Ûniguay, qui se réunissent par 3'4** lat. S. et 6t2® long. O. , pour déboucher dans l'Océan atlantique austral par 35** lat. S. et 58" long. O. II Uruguay sort du versant occidental des montagnes du Brésil, par as» lat. S. et 5o° long. O. , coule de l'est à l'ouest jusqu'à sa sortie du Brésil, entre
dans los provinces-unies pour prendre une direction nord-sud et se mêler au Parana. Celui-ci, formé de plusieurs rivières secondaires qui naissent au versant occidental des montagnes du Brésil par 16° — 3o* lat. S. y sous 4^ long. O. , court de l'est à l'ouest-sud jusqu'au 27° lat. 9., où il reçoit le Paraguay, né par i3® lat. S. et 56* long. O. , sur le plateau dit Campos Parexis, et qui , dans la saison pluvieuse , forme par ses débordemens le lac Xarayes , long alors, de 1 10 lieues, et large de 4o , sous 18° lat. S. Le Parania continue à courir du nord ' au sud , pour aller par un coude au sud-est prendre les eaux de TUruguay. L'embouchure du Rio-de-la-Plata , dont le courant se fait sentir en mer à 5o lieues du rivage, a une lai'geur d'environ 10 lieues; et quoique ses deux rives soient fort élevées, l'œil parvient rarement à franchir l'espace qui les sépare; si on le comptait à l'extrémité, entre le cap Sainte-Marie et le cap Sain tr Antoine , cet espace serait de 60 I. L'entrée de ce vaste canal est difficile et périlleuse , soit à cause des rochers et des^
bancs de sable qui l'encombrent, soit à cause des trombes et des coups de vent qui , sous le nom de pamperbsy arrivent despampsts ou plaines du voisinage. Autrefois de gros vaisseaux pouvaient remonter le fleuve jusqu'à la viUe de l'Assomption sur le bras du Paraguay; mais l'accumulation des sables a restreint cette navigation , qui n'est plus praticable quie pour les pe* tits navires. Le cours entier du fleuve , en le prenant par son bras principal , est de 75o lieues.
Les époques des inondations des trois grands flfuveç de l'Amérique méridionale ont lieu , les plus grandes en décembre , janvier et février; les petites, en juin et juillet, lïous avons déjà indiqué les distances qu'ils parcourent; mais nous allons les rappeler avec celles que Tpn recoupait à leurs principaux affluens .et à d'autres grandes rivières- des mêmes contrées, en les classant par bassins.
Bauin de la mer des AntUUt,
Magdalena (Colombie). . . Cours. 3oo tieue».
Alrato (W.) 60
Bassin de C Atlantique , èquatorial et austral.
Oréooqne 600
Essequebo (Guiane) iiS
Amazone (avec ses circuits) laoo
jé^uens : Ucayal 4^
Tunguragua 4oo
Yutay 2S0
luma 2S0
Madeira 670
Topayos 3io
Xingu 36o
Napo aao
Putamayo aoof
Yapure aoof
Bio-Negro 3a5
Tocaotin ou Para (BrésH) 5oo
Parniuba (Id.) 180
Sao-Francisco {Id.) 4^5
Rio-de-1 a-Plat a 760
jiffluens : Parana seul 5oo
Paraguay 4oo
Pilcomayo ( affluent du Paraguay) 340
Vermejo {ItL) sao
Salado a5o
Uruguay \ aao
Colorado ou Leuvu (lép. arg.). . . . 36o
Cusu Levu ou Negro {Id,) 180 .
Rio de los Gamarones (Patagonie). . 70?
Bassin de l'Océan pacifique , iquatorial et auttrmlm
San-Juan (Colombie). . . . • 4o
Patia (Id.) 60
Giiayaquil (Id,) 60
Patamaja (Pérou). . * 4o
Rio Salado (Chili) 3o
Biobio (Id.) 3o
A part le bassin de POcéan pacifique , où les rivières que nous venons de citer ont un cours assez rapide, toutes les autres, qui vont à l'est se jeter dans l'Atlantique , coulent presque de niveau, soit sur les plateaux des Andes , soit dans les plaines qui commencent au pied de la chaîne. Ces plaines se nomment Uanos dans le territoire de la. Ck)lombie et du Brésil , et pampas dans la république des provincesunies de la Plata. Ces diverses plaines et V. 8
autres de l'Amérique du sud ont les surfaces can'écs suivantes :
Llanosdu bas Orénoque, du Meta
et du GuaTiare 29,000 L mar.
Plaines de TAmazone a6o,4oo
Pampas du Rio-de-la-Plata et de
la Patagonie i35,200
Plaines entre le chaînon oriental
des Andes de Gundinamarca * et le chaînon du Ghoco .... ia,3oo Plaines du littoral, à l'ouest des
Andes ao,ooo
Les hàbitans de l'Amérique méridionale, si Ton e]tcepte les Indiens, sont Espagnols ou Portugais par les mœurs , la religion et le langage. La religion dominante est donc la catholique romiaine* dans toute la Sud- Amérique , ou la langue espagnole est également universelle , excepté au Brésil j entièrement portugais. Ce dei*nier pays a un gouvernement monarchique , mais plus ràjj^ proche de la démocratie que les gouvernemens représentatifs de r£iu*ope; tous les
autres états ^ud- américains forment des républiques pures , excepté le Paraguay, non encore bien organisé , dont le tyran d'ailleurs , qui depuis plus de dix années ré* tient prisonnier le célèbre Bonpland, com* pagnon de voyage de M. de Humboldt , n-a j usqu'ici voulu ouvrir aucune relation arec les autres états de l'Amérique du sud.
Tous ces divei'è états occupent dans la Sud'-Amérique les positions suivantes : dans la partie ndrd , la république de Colombie^ dans le centre , à Test des Andes , l'empire du Brésil; à l'ouest les républiques du baut et du bas Pérou 5 dans la partie sud, à l'est des Andes , la république argentine ou des provinces-unies du Rio-de-la-Plata , et le directorat du Paraguay; à l'ouest des mêmes ,1a république du Chili. Ces mêmes états réunis représentent avec les tribus sauvages une force nunïérique de près de 1 5,000,000 d'babitans, suivant les évaluations offertes par M. Balbi , dans ^di Balance politique du Globe en 1828, laquelle du moins fait approcher de ce chiffre la population totale de l'Amérique du sud ; ce
qui , ajouté aux a5, 000,000 d'indivi qu'on présume exister dans T Amérique nord , fait bien l'estimation de 4o9000,< d'âmes donnée pour le nouveau monde commencement de notre lettre.
Après ce coup d'œil ^néral , d'abord l'ensemble de l'Amérique , ensuite sur c cune de ses deux ^andes divisions géog ' phiques , nous pouvons entrer avec j: de fruit dans les descriptions spéciales territoires , depuis le Groenland jusqu'i Terr©-de-Feu.
tmuu ^o(^ttu y