‹ Voyage dans les cinq parties du mondeChapitre 9 sur 21 · V. VI · texte numérisé non relu

V. VI

i34 chien } aussi regardent - ils cet animal comme sacré. Ils se représentent. le créateur du monde sous la forme d'un oiseau, dont les yeux lancent des éclairs et la voix produit le tonnerre. La couleur de leur peau est celle du cuivre Foncé. La fiemmç n'est chez eux qu'une béte de somme , dont on use et qu'on relègue dans un coin avec une pleine indifférence. La beauté pour ces Indiens du nord consiste dans une figw*e large et plate , de petits yeux , des joues creuses i un front bas j un menton alongé, un nez gros et recourbé, un teint basané , et une gorge pendante^ Cependant les Knistinaux ont des femn^^es plus jolies, sans compter davantage la chasteté pour une vertu ; car ils offrent leurs femmes et leurs filles aux étrangers , et changent entre eux de compagnes à tout moment.

Les brouillards qui couvrent les marais sont censés être les esprits des défunts , ce qui rappelle un peu la mythologie . scandinave.

L'ouest de la mer d'Hudson est occupé par la Nouvelle-Galles qui s'arrête au sud

i35 à la rivière Albany, frontière du Canada. Cette province, de 5oo lieues de longueur, est le centre des établissemens de la compagnie de la baie d'Hudson , dont les principaux sont le fort Churchill j le plus septentrional y à l'embouchure de la rivière du même nom j le fort York y le fort Sevem et le' fort Alhany^ ce dernier le plus méridional. L'intérieur de ce pays est habité par les tribus indépendantes que nous venons de citer, et qui poussent leurs excursions jusque dans le Labrador.

Le Labradory baigné à l'ouest par la baie de James et la mer d'Hudson , au nord par le détroit d'Hudson , à l'est par l'Atlantique', et borné au midi par le golfe Saint Laurent et par la dhaîne peu élevée des monts Wolchich , au nord du Canada, reçut son nom de terra de Labrador ou terre de laboureur , du navigateur portugais Cortereal , qui l'ayant aperçue en i5oi ,. lorsqu'il examinait le golfe de Saint Laurent, la jugea propre à la culture.

Cette vaste contrée , dont la superfioi^a, égale deux fois au moins celle de la FrakcTe^

i36 a un climat ti^s-âpre^ bien qu'^e soit séparée des terres arctiques par des inen et des détroits/ Elle cslsliabitée ou nord par des Eskimaux, et les misnonnnret noraves y ont fondé , à Test sur TAtlantique, les trois colonies de Nain , Okkak et Hoffenthal. Tout ce que Ton connaît du Labrador est une côte rocailleuse au-^elà de laquelle s'élèvent des montagnes 5 le terrain est entrecoupé de lacs et de rivières sans nombre. On dit que le lac Atchioninipi est une vaste nappe liquide vttwwt ses eaux à la fois dans la mer d'fludaom et dans le ^olfe Saint Laurent. La côte occidentale paraît tout-à-fait stérile , raboteuse et couverte de grosses pierres. Les vallées sont remplies de pins, sapins , bouleaux et thuyas rabougris et tortus; il y croit beaucoup de céleri sauvage , et diverses plantes antiscorbutiques. Les parties méridionales sont susceptibles de culture, mais infestées d'ours e( de loups. Au cap Charles , par 5o° lat. N. , la c6tc orientale ,ifi tdirige au sud-ouest ; et le détroit de B^le^sle commence cnti-c ce cap et Tile

de Terre-Neuve f longua de i5a lieues et lange de iio, avec ^ok 80^,000. habiU«Si , île fameuse par son banc de sable oà se fait la pécbe de la morue, etpér «es chiens amphibies qui rendent à rbonUne en datat-^ ger sur les flots , durant la pèche y le même service que les chiens du Sakit-Bemard jau voyageur égaré dans les neiges des Alpes.

D'épais brouillards enveloppent {a côte orientale du Labrador ^ mais moins longtemps que Tertre-Neuve ,Xi)» Dans Tintérieur les r«mes et les castors sont trè»nombreux. Si les porcs-épks. l'étaient dar vantage ils détruinû^oii tons les jarhras du pays, car vivant de leur écm^ce eii hivor ils en font périr une très-grande quas^Ul. Dans ses voyages à travers les bois ce dc^ nier /animal suit ordinairemm^ki une ligne 4roite.et attaque toiis les jeunes, arbres

(1) Près fie la côte mérldloDaie de Terre-Neave 9 dont le grand banc a i^o lieues de long sur 3o dé large , «ont -les deHi iltitu dé Mnt-^lérire et Miqne- Ipp , qui «ppartienaest à la FVance.

qu'il trouve sur son chemin. Ses piquans n'élant pas profondément enracinés dans sa peau et se terminant en pointe acérée, s'attachent facilement à tout ce qu'ils touchent; mais il n'a point , comme on le croyait , la faculté de les lancer à volonté. Les Indiens qui habitent les montagnes du midi offrent un mélange de traits français, étant issus des Canadiens, et des peuples indigènes. Ils se nourrissent de rennes et de gibier j ils font aussi la chasse aux renards, aux loups et aux martres; ils demeurent sous des tentes couvertes de peaux et d'écorce de bouleau } ils professent la religion catholique et font venir des prêtres de Québec. L'intérieur du Labrador est presque impraticable , même aux piétons , car on y est sans cesse arrêté par des rivières, des bois , des lacs et des étangs; en hiver on voyage aisément , mais à l'aide de raquettes. Tenons du Labrador au Canada.

Le Canada est la plus importante des possessions de l'Amérique anglaise du nord. Séparé des Etats-Unis au sud par les grands lacs formant Je cours du St-Laurent^ dont

le golfe est à l'est, il a près de 5oo lieues de longueur de l'est à l'ouest, sur une largeur qui varie de 90 à 2u5 lieues du nord au sud, et une superficie de 52,ooo lîeues carrées, avec environ 600,000 habitans, dont6o,ooo indiens^ et le reste composé de descendans de colons français et de nouveaux colons anglais et surtout irlandais.

Depuis que l'Angleterre possède ce beau pays que la^France a perdu en 1763, il a été divisé en haut et bas Canada. Le haut Canada est à l'ouest et se trouve séparé du bas Canada par l'Abbitibbi, qui se jette dans la baie de James, dépendante de la mer d'Hudson, et l'Utawas ou Ottawa, qui rejoint le St-Laurent. Le haut Canada avec 2 1 ,000 lieues carrées n'a guère qu'environ 160,000 habitans; le bas Canada compte près- de 45o,ooo âmes , quoique sa surface n'ait que 3 1,000 lieues carrées. C'est dans le bas Canada que la plus grande partie de la population est française d'origine } elle est principalement resseiTée sur la rive droite du fleuve StrLaurent entre Montréal pt Québec, les deux villes principales de ce

pays. Les fermes que l'on reacontiifi dans cet espace de plus de 4oo millieft ofirent un coup d'œil agréable, parla contûiuîtédes maisons et des champs cultirés» .

Tous les voyi^urs s'accordent à reoonnaître chez les Canadiens ^ en général^ la gaîté et la vivacité françaises^ ils dansent et chantent saias avoir l'air de s'inquiéter du lendemain^ ils sont polis > tampérâns, passionnés pour la danse, ont des maniireB/ aisées et la conversation engageante ;.jl règne entre eux une harmonie si grande ^ que souvent trois générations haJbiitent sous, le même toit; ils se font remarier par beaucoup d'indolence, et ceptodant sont actifs au besoin et courageux.. La .masse du peuple est encore ignorante, excepté dans les villes où elle montre quelque peu d'instruction. On parle français dansleliijBS Canada et anglais dans le haut Caaada«

Cette différence de langue n'est point la

seule qui existe entre les deux provinces^

on en remarque aussi une assez Iranchée

dans les mœws : en effet, les haa Cana»>

. dicns sont enjoués , plus ouverts que ceux.

du Ginada supérieur , quoique les cxiIoiib îriaDdais se rapprodient déjà plus de& Français pai* le caractère que les Anglais. Unè troisième différence distingue encore \m deux peuples , ce sont ieurs lois cipUes s dans le haut Canada «li suit celles d'Angle* terre > et dans le Canada inférieur ce sont toujours les vieilles coutumes de PariB'an*» térieùred à l'an i'666 , sauf quelques modi • fications« Mais sous le rapport politiiijue leai deux peuples tmt un goui^ememèru uniforme. .

On a accordé à chaque province une légidature séparée , foimée sur le modèle de celle d'Angleterre, et compoèiée : i"* d'un gousfemeur nommé par la couronne et qui représente le roi dans la constitution britannique; 2'' d'un conseil iégisiaiif dont les membres sont également nommés par le roi et que l'on considère comme analogue k une chambré des pairs; 3*^ de la chambre d'assemblée , qui est élue par le p«iple et qui est censée l'équivalent dfe la chambre des communes. Dans chaque pi*o^ vince on a établi , en outre , un «ooseil

nommé conseil exécutifs chargé de donner ses avis aux gouverneurs , et qui constitue conjointement avec lui une cour d'appel pour les arrêts des juridictions inférieures. Les membres de ce conseil sont nommés par le roi ou par le gouverneur avec l'approbation du roi. Ces pravinces ont aussi plusieurs cours de justice. Ainsi le gouvernement actuel dU Canada se co&h pose de deux partiel distinctes, savoir : la section fournie par la métropole, et celle qui est le résultat du choix des colons.S'il s'^làve un débat entre les membres du conseil et le gouverneur, il est d'usage que la métropole rappelle ce dernier, vu qu'il est plus facile de lui trouver iin successeur que de reconstituer le conseil, dont la réorganisation ébranlerait toute l'administration.

La religion du plus grand nombre des Canadiens est le catholicisme; mais les Anglicans ont aussi leur évéque. Il est encore bon nombre de tribus indiennes qui ont gardé leui^ culte primitif. Néanmoins la plupart des Hurons et des Iroquois ont été convertis au christianisme.

i43 .De ces traits généraux sur les habitans UQUS pouvons renvenir à ce qui regarde la partie purement géographique ou physique.

Le Canada , sans renfemier de véritables chaînes de montagnes , s'élève par degrés , comme le prouve l'écoulement de ses lacs depuis le lac Supérieur jusqu'à l'Ontario^ mais le partage même des eaux entre les deux bassins de la mer d'Hudson et du St-Laurent n'offre qu'une suite de collines et de rochera isolés, situation qui expose davantage le pays aux vents du nordouest, et rend le froid excessif j la terre gële à 6 pieds de profondeur. La neige conunence à tomber en octobre , mais la glace se fond en avril ou mai , rompant avec un bruit semblable à celui du canon^ et descendant vei*s l'Atlantique avec un gi'and fracas. Les chaleurs subites en mai et juin font éclore la végétation à vued'œil. De tous les mois de l'année celui de septembre lest le plus agréable. Le Canada étant en général couvert de bois et montagneux, \9l culture s'éloigne peu des bords

du fleuve Si-Laureot. £Ue contiste en Ur bâCy froBUint, légumes et atttFea gnûns^ Le ga^on des prairies est fin et épaîsk Im meilleui*s fruits sont les baies , les prunes, les fraises et les framboises. On cultive auBsi beaucoup de melons. La famille des sapins est très - multipliée; le chéoe est presque ignoré au Canada } le frêne y eB% plus eommun y et l^on récolte beaucoup de sucre d'érable. Quant aux animaux, le bison, la loutre et le castor abondent. 11 y a des' minés de fer dans le baut Canada.

La capitale de tout le Canada est Que' hecy cbef-lieu de la province basse, à !•• UeiAes de l'emboucbure du St-Laurent, sQ|r la gaucbe de ce fleuve, qui y forme un bassin où 130 vaisseaux pourrai^ot mouiller à Taise. Elle se divise en ville baute et ville basse. La première, qui est pcoprement i^e ville de guerre , et qui exige une-gar* nison de 10,000 hommes, est bâtie sur le cap Diamant, élevé de 260 pieds ^ tandis quc^ la seconde s'étend le long de l'eau au pied de la montagn e et est habitée par dit marchands ou des négocians. La ville haute

est plus sèche, plus claire et plus saiue que la ville liasse , mais ne doit ces avantages qu'à la nature ; de plusieurs points Ton a une perspective magnifique. Ce qu'il y a de plus remarquable à Québec est la place d'armes; viennent ensuite l'Hôtel-Dieu, la cathédrale catholique et le temple anglican. La rue St-Jean est fort Belle; c'est là que Jes élégans montrent leur adresse à mener un phaéton ou cabriolet léger.

Le Canadien et le Courrier de Québec sont imprimés en français; le Mercure de Québec et le Courrier canadien ^onl écrits en anglais ; la Gazette de Québec et celle de Montréal pai^aissent dans les deux langues. La population de Québec dépasse 16,000 habitans.

Montréal ç^X la seconde ville du Canada en importance; elle est même plus peuplée que Québec, puisqu'elle renferme 20,000 individus. Fondée en i549 P^^ Jacques Cartier , de St-Malo , elle repose dans le bas Canada^ sur la côte méridionale d'une Uc , de 10 lieues de long sur 4 de large , au point où le St - Laurent cessé d'être navi- V. i3

i46 gable pour les gros navires. Ses hautes murailles, ses maisons en pierre de taille, entremêlées d'églises et de couvens , les vaisseaux mouillés le long de la terre , ta font ressembler à un port de mer de l'ancien continent. Elle est ^ 5o lieues S.-O. de Québec, espace que le bateau à vapeur parcourt en 17 heures. Son aspect est aussi pittoresque et bien plus gai que celui de Québec , à cause des hauteui^ boisées , des nombreux vergers et des jolies maisons de campagne qui l'entourent. La plupart des rues sont droites, pavées, mais étroites^ les nouvelles sont plus larges. On remarque de beaux édifices, l'hôpital , la cathédrale, la banque et le palais de justice. A Textrémité de l'île et à 7 milles au sud de Montréal est le village de la Chine, où se font les expéditions de la compagnie du nordouest, et oii s'envoient à vide les canots, vu la violeucc des rapides du St-Laurent au-dessus de la ville.

Après Québec et Montréal , qui appartiennent au bas Canada , ainsi que la ville de TroiS'Rivières j nous devons mention-

ner encore les deux cités de Kingston et

d*Tork y dépendantes du haut Canada.

Kingston , sujr la gauche du St-Laurent à sa sortie du lac Ontario, compte 5,opo habilans; sa position larendlaclef du Canada; son port est le plus spacieux et le plus coinmode de ceux de l'Ontario , à l'ouest duquel est situé le joli village de Niagara , près des célèbres chutes , avec i ,000 habitans. ForX: est dans le voisinage, sur le bord septentrional du même lac , à 55 lieues de Kingston , et à 1 70 de Québec , avec de belles maisons et 3, 000 âmes; c'est le cheflieu du haut Canada.

Dirons-nous maintenant quels sont les avantages que la Gi'ande-Bretagne retire de la possession de Canada? Il lui est onéreux. Les revenus n'y sont que de 3 1,000 liv. sterl., tandis que les frais d'administration seulement montent à 43, 000 liv. sterl.; ceux de garnison et d'entretien des ports sont en temps de paix de 100,000 livres; et les présens que Ton fait aux sauvages , le salaire des employés , officiers et commis y peuvent s'élever à une pareille

somme. £n temps de guerre la dépense est incalculable. Si le Canada est un point de débouché des marchandises anglaises, et d'attaque, au besdtn, contre les États-Unis, ceux-ci de leui' c6té peuvent l'envahir. Déjà toute la population du haut Canada est américaine; celle du bas Canada le devient de plus en plus , et échappera probablement un jour à l'Angleterre, qui ne gardera plus que le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Ecosse dont il nous, reste à dire un mot.

Le NouveaU'Brunswick , dont Frédéric ktown est la capitale ^ a au nord et k l'ouest le bas Canada, au sud les États- Unis, et à l'est le golfe de St-Laurent. Sur 80 lieues de long et 60 de lai*ge, il réunit 60^00 âmes , outre 2,000 marechues ou indigènes épars dans l'intériem', traversé par l'extrémité de la chaîne des AUeghany. La rivière St-Jean,qui débouche à l'est dans la baie de Fundy, éprouve le reflux à 60 milles de la mer, et ses bords sont fertiles et unis ; elle office des moyens commodes pour se^rendre à Québec. Ici on

i<9 voit encore le caribou ; l'ours et le chatlynx^ mais ces animaux ne se montrent plus guère dans la Nouvelle - Ecosse , située entre le Nouveau-Brunswick à l'ouest et l'Atlantique à l'est, où le détroit de Canseau la ségare du cap Breton; elle a I oo lieues de longueur de l'est à l'ouest et ao de large ; elle ne tient au Nouveau- Brunswick que par un isthme entre la baie de Fundy au sud et le golfe St-Laurent au nord; elle compte environ 124,000 habitans , non compris le cap Breton qui en renferme 20,000 , et elle a pour capitale Halifax y excellent port sur la côte méridionale, avec 16,000 habitans. Cette position, qui commande en quelque sorte l'océan Atlantique , peut servir de ren-* dez-vous aux flottes croisières et de refuge aux vaisseaux marchands.

Au nord de la Nouvelle-Ecosse est Vile Si' Jean ou du prince E douar d^ considérée avec raison comme le grenier du Canada ; et dans le milieu du golfe de St-Laurcnt se voit la rocailleuse île d*y4nticosti, cou-

verte de bois et de marécages y mais dépourvue de ports.

Nous nous éloignerons de ce rivage sans habitans fixes et conséquemmeut sans autres asiles que de simples cabanes , pour chercher au sud-ouest le territoire si productif et si populeux de l'Union ou des États-Unis,

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