ANTILLES. — GÉOGRAPHIE
Les Antilles sont situées dans l'Océan Atlantique, depuis le 10° jusqu’au 23° de latitude nord, et entre le 62° et le 83° de longitude ouest, méridien de Paris, La surface entière de l'archipel renferme près de huit mille trois cents lieues carrées de vingt lieues au degré. On a écrit de longues et belles pages sur la formation des terres, Quelques savants y ont vu les crêtes d'uu continent
submergé; d'autres une suite de créations volcaniques, Nous ne hasarderons pos une hypothèse entre ces opinions, fort hypothétiques elles-mêmes, ,
Lors de la conquête, les Espagnols divisèrent ce vaste archipel en deux parties bien distinctes : les îles du Vent et les îles sous le Vent ; les Petites Antilles ou les Grandes Antilles,
L'histoire des Grandes Antilles est celle de Cuba et de Saint-Domingue; cel!e des Petites Antilles a d'autres incidents. On y voit, en 1625, un Normand, le capitaine Dernambue, qui aborde à Saint-Christophe, le partage avec les Anglais, puis fonde une colonie à la Martinique pendant que son lieutenant Lolive occupe la Guadeloupe. Après lui arrive Poiney, quise maintient dans cet archipel malgre les attaques furieuses des Caraïbes, et finit par assurer à la France la possession tranquille de ces îles.
Ces Caraïbes, habitants primitifs des Antilles du Vent, sont une race curieuse à étudier. Longtemps on la crut éteinte: et, en effet, elle n'existe plus dans l'archipel; mais les travaux récents de quelques voyageurs ont établi d'une façon incontestable que les Indiens des Guianes n'étaient pas autre chose que les descendants dégénérés des Caraïbes, A l’époque de la découverte, ces peuplades occupaient le long demi-cerele d'iles qui part de la Trinité pour aboutir à Portokico, C'étaient des hommes sauvages et belliqueux, redoutés dans les iles sous le Vent, où ils portaient souvent la guerre. Chasseurs infatigables et pêcheurs agiles, ils semblaient dédaigner la vie agricole et industrielle : ils avaient la peau d'un jaune clair, les yeux petits et noirs, les dents blanches, les cheveux plats ct luisants, mais point de barbe ni de poils sur le corps. Pour se garantir des insectes, ils s’'enduisaient le corps de plusieurs couches de roucou. Les hommes étaient tous guerriers ; les femmes devaient songer et pourvoir seules aux besoins de la famille. Du reste, leurs tribus ne semblaient soumises à aucune forme de gouvernement; les naturels vivaient égaux, réunis en familles, et groupés dans des hameaux qu'ils nommaient carbets. En temps de gucrre, les guerriers élisaient un grand capitaine qui conservait ce titre pendant toute sa vie. Quant aux fonctions religieuses, il ne semble pas qu'il y en eût aucune chez eux; ils n'avaient ni temples ni cérémonies; ils se bornaient à reconnaitre les deux principes du bien et du mal; leurs boyès, magiciens, évoquaient le bon esprit (chacun avait le siôn ) qui chassait le #4abouya où mauvais esprit,
I faut croire que les Caraïbes étaient un peuple susceptible d'un haut degré de civilisation, Leur langue était harmonieuse et riche, leur maintien noble et fier, Mais les Espagnols de Colomb n'avaient à leur offrir que l'esclavage ; ils aimèrent mieux périr que d'accepter un tel sort. Peu à peu cette race a donc délaissé les Antilles où régnaient les Européens ; elle s’est réfugiée sur le continent, promenant ses carbets nomades le long des fleuves et des rivières de l'Amérique équatoriale.
Tels étaient les premiers habitants des Petites-Antilles, possesseurs d’un territoire fécond, baigné par des mers poissonneuses, Ce territoire fut bientôt divisé
ANTILLES, | 37 entre les diverses puissances européennes, Les gouvernements et les aventuriers S'y précipitérent à l'envi; chacun voulut avoir son lot dans la curée, I serait trop long de raconter comment et combien de fois ces possessions diverses changérent de main, C'est assez de déterminer leur état actuel.
Les Autilles peuvent se diviser en Antilles françaises, anglaises, espagnoles, ‘danoises, suédoises, et en Antilles indépendantes.
Des Antilies françaises, on à cité la Martinique ; il ne reste plus à nommer que la Guadeloupe et les ilots qui en dépendent.
LA GUADELOUPE est divisée en deux parties : la Grande Terre, nom générique donné à toute portion d'ile située au vent, et la Basse-Terre, nom qui s'applique à la portion située sous le vent. Cette dénomination est vicieuse, car la Grande- Terre est la plus petite des deux, et la Basse-Terre est la plus haute. Mais l'usage a consacré le mot,
La Guadeloupe a deux villes principales : la Basse-Terre, résidence du gouverneur colonial, de la cour royale et du tribunal de première instance, Sa mauvaise rade foraine a empêché de tout temps son commerce de s'accroitre et sa population de grandir, Elle n’a que neuf mille âmes. La Pointe-à-Pitre en a seize mille. Située à l'embouchure du canal qui sépare les deux moitiés d'île, la Pointe-à-Pitre est un port florissant et riche; elle rivalise avec Saint-Pierre, métropole commerciale de la Martinique.
Les Antilles anglaises sont bien plus vastes et bien plus importantes. En première ligne figure LA JAMAÏQUE , la plus grande ile de cet archipel, après Cuba et Haiti, longue de cent soixante milles sur quarante-cinq de large, et contenant quatre mille acres de terrain. La Jamaïque à plusieurs villes importantes : Kingston, d'abord, bâtie sur la côte méridionale de l'ile, au fond d'une baie magnifique défendue par deux forts. C’est une ville d’une belle apparence , avec des rues droites et larges, des maisons élégantes et bien bâties. On peut l'appeler l'entrepôt général de l'Amérique anglaise, Elle est le centre d'un commerce immense, Sa population n'est pourtant que de trente-trois mille habitants. Ensuite viennent, Spanish-Town, intéressante par son antiquité, et résidence du gouvernour colonial; puis Port-Royal, qui a une population de quinze mille âmes; Montego-Bay; enfin Balize, ville nouvelle, dépendance de la Jamaïque, située dans le Yucatan sur le territoire mexicain,
Aprés la Jamaïque, il faut nommer LES BARBADES, autrefois si florissantes, mais r'avagées souvent par des ouragans terribles. Làse trouve Bridgetown, une des plus jolies résidences des Antilles, avec des monuments curieux et des forts ine\pugnables.
Les Anglais ont encore les LES LUCAYES, composées de six cent cinquante îlots ct de quatorze îles, dont Nassau seule est à citer; ANrIGOA , dont la capitale , John's-Town, est une ville populeuse, belle et forte ; SAINT-CHRISTOPHE, premier établissement anglais dans les Antilles: MONT-SERRAT et NEVIS, BARBOUDE ct ANGUILLE, les VIERGES, La DOMINIQUE, longtemps française, ainsi que le ditie
nom du chef-lieu Roseau; SAINTE-LUCIE, française jadis comme la précédente, SAINT- VINCENT, GRENADE, TABAGO, et enfin LA TRINITÉ, que les Anglais ont enlevée à l'Espagne, et dont ils ont débaptisé la capitale Puerto-España, pour en faire Spanish-Town, ville pourvue de beaux chantiers et centre d'un florissant commerce,
Après Cuba, dont il a été question, l'Espagne possède encore une île impor-tante et riche, Ponro-Rico. Sur une échelle moindre, son commerce et son agriculture ont suivi également un mouvement progressif. Sa population, en 1778, était de quatre-vingt mille âmes, on y compte aujourd'hui deux cent quatre-vingt dix mille âmes, dont vingt-huit mille seulement sont esclaves. La capitale de l'ile, San-Juan de Porto-Rico, est bâtie sur une presqu'île de la côte septentrionale, et dans le centre d'une vaste baie. C’est une ville forte et riche, avec trente mille ämes environ de population. Puis viennent San-German, bâtie en 1511, et Mayaguez, bourgade célèbre par la descente contemporaine de l'aventuricr Ducoudray.
Les Antilles contiennent encore, pour les Danois, CHRISTIANSTED et SAINT- Tomas; pour les Suédois, GusrAvIA dans l’île de Saint-Barthélemy ; enfin, pour les Hollandais, le gouvernement de CurAÇçAo et sa capitale Willemstadt. Quant à la partie de cet archipel indépendante de tout patronage européen, elle se borne à Haiti qui a été mentionné à part.
Cette vaste agrégation d'îles situées dans la m°me zone jouit à peu près de la même température, Deux saisons seules s’y partagent l'année, l'été et l'hiver; l'une est une saison sèche qui se prolonge pendant neuf mois; l’autre, une saison pluvieuse qui dure trois mois seulement, Cette alternative d'humidité persistante et de chaleurs intolérables semble être l'un des motifs de ces épidémies terribles qui frappent les Européens. L'éternelle brise alisée qui souflle du nord à l'est pendant les douze mois de l’année ne suffit pas pour assainir complétemen ces terres noyées par la pluie et secouées par l'ouragan.
Plus forte que ces tourmentes, la végétation des Antilles s'offre sous des couleurs riches et belles, Jamais elle ne s'arrète : les fleurs s'ouvrent sur le même ärbre où pend le fruit mûr. Le figuier porte des fruits exquis; le jaquier, le sapotillier, l'acajou à pomme, l’ananas épineux, croissent dans la plaine et sur le versant des coteaux ; des plantes potagères d'Europe y viennent à souhait auprès du chou Caraïbe fort estimé des naturels.
Dans les autres règnes, les richesses ne sont pas moins variées. Des mines de toutes sortes, des oiseaux, des quadrupèdes, des poissons, des mollusques, des z00phytes, des insectes sans nombre , composent la nomenclature scientifique de cet archipel,