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CHAPITRE VII QUYANE FRANÇAISE, — CAYENNE

Partis de Saint-Pierre le 2% juin, nous avions vu le lendemain la Barbade , et, le 30, un changement dans la couleur des eaux nous apprit que nous étions par le travers des bouches de l'Orénoque. Là, au lieu de rester transparente et blanche, la mer avait pris une teinte roussâtre et limoncuse, A diverses reprises, notre capitaine hollandais jeta l'ancre, et trouva de vingt à vingt-cinq brasses de fond.

Le {* juillet, nous aperçümes le Mont-Maillet, plateau couvert de grands arbres, seule reconnaissance apparente au milieu de ces terres basses et noyées ; ensuite parut le cap Cachipour, qui pousse sa pointe au large, puis le cap d'Orange, l'une des têtes avancées que forme, en se jetant dans la mer, la rivière de l'Oyapock. Quand ce promontoire fut doublé, nous ralliâmes la terre pour reconnaître le mont Lucas, grand rocher coupé à pic du côté de la mer. Enfin, après avoir évité l'écueil du Grand-Connétable, nous découvrimes la côte élevée de Remire, à laquelle Cayenne est comme adossée,

Quant à la ville elle-même , située au bord de la mer, dans une petite île qu'un canal étroit sépare du continent, il est impossible de l'apercevoir du large. Ce n'est qu'après avoir fait un peu de chemin, qu'on distingue sur un second plan, et au milieu d'une grande savane, de longues files de maisons tirées au cordeau ; tandis que, sur le premier plan, se dresse un fort en terre flanqué d'assez mauvais remparts. La physionomie générale de la contrée n'a rien qui repose le regard et qui lui sourie, Des marécages semblent former une ceinture autour des constructions bâties sur la plage. La ville se coupe en deux moitiés : l'une, l’ancienne ville, renfermée dans l'enceinte des remparts, sale, à demi ruinée; l'autre, la nouvelle ville, bien bâtie, et offrant quelques édifices remarquables. Au dedans des remparts, on trouve le palais du gouvernement et la cidevant maison des Jésuites, qui occupent deux faces opposées de la place d'armes.

Débarqué sur une espèce de pont-volant, je traversai cette place; elle est magnilique, vaste, bordée d'une double allée d’orangers sur lesquels viennent se percher les plus gracieux colibris que l'on puisse voir. Arrivé dans la cité nouvelle, j'y trouvai des rues coupées à angle droit et presque toutes payées. Centre du commerce de toute la Guyane française, située à l'entrée d'un fleuve, Cayenne a su attirer une grande partie des richesses de la colonie; elle à plutôt cherché à bâtir qu'à défricher; elle a cédé à la passion du luxe avant de savoir si le nécessaire ne lui manquera point.

Quand je regardai autour de moi, je ne crus pas avoir quitté les Antilles. C'était même mélange de population de couleur et de population blanche; seulement à Cayenne les esclaves noirs marchaient moins couverts que dans l'archipel amé-

ricain, Les hommes ne portaient qu'un langouti ou calimbé, à peine suffisant pour cacher les parties naturelles, Les femmes allaient la poitrine nue, avec une simple jupe attachée au-dessus des reins. Un petit nombre y ajoutaient une chemisette qui leur couvrait le ventre. A la suite de cette brassière était roulé un pagne qu'elles nomment camisa. Ces indigènes font partie des tribus d'Indiens fixées dans le voisinage. Ils parlent assez fréquemment un français corrompu, tutoyant tout le monde, et donnant à chaque créole qu'ils rencontrent le nom de banure (ami).

Observant toutes ces choses sur ma route, j'arrivai au logis d’un négociant européen à qui j'étais recommandé. 11 m'accueillit avec une cordialité parfaite, et me présenta à sa femme, jolie et spirituelle créole. Je n'avais que peu de jours à passer dans la ville; il fut décidé que je serais l’hôte de la maison. Quand on m'introduisit dans la plus grande pièce du logis, le salon, sans doute, ce ne fut pas pour moi une surprise médiocre que d'y voir figurer deux hamacs accrochés au plafond, est vrai que c'étaient deux meubles da travail le plus fini et le plus curieux, vrais hamacs indiens, dont le luxe augmentait le prix, Tous les deux pendaient en guirlandes comme des escarpolettes. A l'aspect de ces lits mobiles, je témoignai quelque surprise. Mon hôtesse s’en aperçut. «Ce meuble vous étonne, dit-elle en montrant le plus élégant des deux; ils sont d'usage ici; ce sont nos berceaux dans les jours de chaleur. Voici le mien, » Et elle sauta lestement dans le hamac; puis, étendue à moitié, avec une jambe pendante, elle imprima à sa couche un mouvement oscillatoire, dont la prolongation devait provoquer le sommeil, On eût dit une sylphide balancée dans son écharpe flottante, ou plutôt une de ces femmes indiennes comme les forêts voisines en recèlent tant, au milieu de ces ménages nomades qui suspendent leur lit chaque soir aux vieux arbres de la Guyane centrale.

Après plusieurs heures de causerie, on se mit à table, et quelques Européens survinrent comme convives, Le diner fini, la société tout entitre voulut me servir de guide pour une promenade dans la ville, On se rendit au jardin botanique , pepinière où ont été naturalisées quelques plantes d'Asie et d'Europe. Presque tous ces essais ont été heureux. L'arbre à thé seul n'y à pu réussir comme au 3résil, Dans cette dernière localité il en existe déjà une fort belle plantation, tandis que tous les sujets confiés au sol de là Guyane ont graduellement dépéri, Vingt-sept Chinois, amenés de Manille pour diriger cette cullure, n'ont pas mieux prospéré que leurs arbres; ils sont tous morts successivement, Ce premier jour uvait té donné à mes hôtes; ceux qui suivirent furent consacrés à des études sérieuses, Je vis mieux la ville , je parcourus les environs; je préludai, par un examen de détail, à un travail d'ensemble sur la Guyane française et sur les Guyanes en général,

L'ile de Cayenne forme à elle seule presque tout le territoire de la colonie de ce nom, En des temps plus reculés, elle a sans doute adhéré au continent dont un pelit bras de fleuve la sépare, Elle est fermée au nord par la mer, et dans le reste

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de sa circonférence par les rivières d'Oyac, de Cayenne et d'Ovapock. On lui donne cinq à six lieues de longueur sur trois de large. Le terrain Y est bas, noyé, couvert de bosquets de palétuviers, parsemé de collines riantes et vertes, Le café, la canne à sucre, l'indigo, le mais, le manioc, réussissent indistinctement dans les plaines. Pendant la saison des pluies, se forment des pâturages qui se fanent et meurent avec la sécheresse.

Ce petit territoire de Cayenne, d'une occupation onéreuse pour la France, demanderait à être évacué sur-le-champ, si l'espoir de colonisations nouvelles sur la terre ferme n'offrait une perspective de futures indemnités. Les solitudes de la Guyane, forêts touffues, où l'homme ne trouve un passage qu'avec la hache, offrent sur tous les points de magnifiques bois de construction que des rivières rapides et nombreuses pourraient faire descendre jusqu'à la mer, Dans ce pays tout est fleuves et bois. On y trouve de ces colosses de végétation dont les proportions épouvantent, et que les Anglais ont déjà su utiliser pour leur marine, Que de richesses dorment dans cet espace ! Quel sol fécond doit être celui qui nourrit de tels rameaux, et pousse vers le ciel des cimes si belles! Que la hache ou le feu déblaient cette Guyane, et des merveilles naïîtront dans son sein, Ce n'est pas que des expériences n'aient été faites; mais, basées sur une échelle trop minime, elles ont dù aboutir à des avortements. Des desséchements sv poursuivent encore, et donneront tôt ou tard, à la patience humaine, gain de cause contre la nature,

L'exploitation agricole du territoire de Cayenne rappelle celle des Antilles française. En peu de jours j'eus visité la zone circonscrite des cultures qui l'entourent, Mais une industrie spéciale à la Guyane est celle du roucou, qu'on y fabrique en qualité supérieure, L'arbrisseau qui le donne était déjà connu des sauvages, à cause de ses qualités tinctoriales, On à dit comment les Caraïbes, peuples primitifs des Antilles, et encore aujourd'hui indigènes à la Guyane, préservaient leur chair de la piqüre des insectes, au moyen de fortes couches de roucou. Malgré cette tradition historique, il ne semble pas qu'on ait retrouvé le roucou ni dansles Antilles, ni dans la Guyone, et quelques naturalistes le croient originaire du Brésil. Le roucou est un grand arbuste qui porte des fleurs pendantes en bouquets roses, Son fruit, qui parvient à la grosseur d'une châtaigne, est rougeûtre, composé de deux valvules aux épines moelleuses, et tapissées d'une membrane qui recèle la graine colorante.

La récolte du roucou se fait deux mois environ après que la graine a été semée, Dès ce moment, on peut faire deux récoltes par année, La récolte d'hiver est la plus abondante des deux. Une fois épluché et pilé, le roucou est jeté dans une auge de bois pleine d’eau, I y trempe six jours; après quoi on le tamise pour le faire bouillir ensuite dans de grandes chaudières, C’est le précipité de cette ébullition étendu et refroidi, qui s'exporte en Europe, et nous donne l'article de teinture qui sert à des fabrications si importantes et si diverses, Le roucou de bonne qualité à une couleur de feu, plus vive intérieurement qu'extérieurement ;

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il a une consistance telle qu’un corps dur, même doué de quelque force, n'y pénètre pas.

Sachant quel désir j'avais de voir des pays nouveaux pour un Européen , et où rien ne trahit le passage de notre civilisation envahissante , mon hôte me ménageait une surprise. Il avait organisé pour moi une excursion de rivière, difficile à cette époque de l'année , un voyage dans le Haut Oyapock , le plus grand cours d'eau de la Guyane française après le Maroni. Tout était prèt pour le lendemain ; une petite goëlette devait me conduire d'abord à l’Approuague, puis à l'embouchure de l'Oyapock. Je m'embarquai le 5 juillet, et, malgré quelques retards de navigation , je me trouvai le 10 à l'entrée du fleuve, C'est là que l'Oyapock, se jetant dans la mer, donne son nom à une vaste baie dont le cap d'Orange forme la limite S. 8. E., et la montagne d'Argent, la limite N. N. O.; la première distante de l'autre de sept lieues.

A l'embouchure de l'Oyapock, j'avais pris deux canots pour remonter le fleuve. L'un de ces canots contenait les femmes des Indiens chargés de les manœurvrer, leurs vivres, leurs pagaras , ct une foule de menus objets qu'ils ont coutume d'emporter en voyage. Sur l'arrière de chacun de ces canots était un ponacari ou dôme en branchages, recouvert des branches d'une sorte de palmier. Ces ponacaris étaient si bien tressés que la plus forte averse ne pouvait les traverser.

À mesure que nous avancions dans l'intérieur des terres, la rivière diminuait de largeur, et des habitations défilaient sur les deux rives. A nos côtés glissaient d'autres embarcations de pêcheurs, qui cherchaient leur proie et la tuaient à coups de flèches. De l'embouchure de la rivière au premier saut de l'Oyapock, c'est-à-dire dans une étendue de quatorze lieues, se succèdent les sites les plus variés et les plus pittoresques. De temps à autre, des îlots verts coupent le cours du fleuve, et le font serpenter en cinq ou six bras. Cette succession d'îles ne finit qu'au premier saut, où l'Oyapock forme comme un lac encaissé dans les terres. C'est à ce site que se rattache l'épisode raconté par Malouet, ordonnatour de la colonie.

Sur un ilot que baigne l'écume de la cascade, il h'ouva, en 1776, un vicil invalide de Louis XIV qui s’y était retiré après la bataille de Malplaquet. Cet homme avait alors cent dix ans. Depuis quarante ans, il vivait dans ce désert. Aveugle et nu, avec un visage décrépit, mais des jambes et des bras jeunes encore, l'invalide se nourrissait de sa pêche et des produits d'un petit jardin, seul reste d’une plantation plus considérable. De trente esclaves qu'il avait eus, il ne lui restait plus alors que de vieilles négresses qui l'aidaient et le servaient, Du reste, content de peu, ce vieillard n'avait, depuis vingt ans, ni mangé de pain, ni bu de vin. Quand Malouet lui eut fait servir de l'un et de l'autre, il éclata en une joie folle. Il retrouva alors ses vieux souvenirs de patrie, parla de Louis XIV, de l'air martial de Villars et de la bonté de Fénelon , à la porte duquel il avait jadis monté la garde étant en garnison à Cambrai. Malouet resta deux heures dans la maison de cette ruine vivante, attendri, ému au spectacle de tant de privations et de

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miscres, ‘Avant de le quitter, il offrit au vicillard de le ramener à Cavenne, et d'y pourvoir à ses besoins d'une manière convenable, Qui le croirait! cet homme refusa, 11 était, disait-il, habitué au bruit de ces eaux, à l'exercice de la pêche, au spectacle de cette nature si riche et si imposante. Cet air sain et pur lui conveait, Malouet n'insista plus; déplacer un vieillard à cet âge et changer ses habitudes, c’eût été le tuer. Ce centenaire se nommait Jacques; il a légué son nom à une partie du saut, qui se nomme encore aujourd'hui Jecques-Saut.

A ce point s'arrête la population civilisée de lOyapock. Florissante jadis, cette population se compose aujourd'hui de gens de couleur, de nègres libres confondus avec un petit nombre de blanes, Au delà de la zone qu’habitent ces colons blancs ou de couleur, commencent les tribus indiennes dont on aperçoit çà et là les carbets le long de la rivière. Le carbet, hutte de ces peuples, se compose de quelques pieux enfoncés dans le sol, et supportant ur toit de feuilles de palmier. Voilé d'ordinaire par un rideau d'arbres, il se trouve au centre de la plantation, espace de quelques toises carrées, couvert de tronçons d'arbres à demi dévorés par le feu. Sans la chasse et la pêche, le produit de ces cultures ne suflirait pas à nourrir ces peuples. Ces Indiens semblent descendre des Caraïbes. Quoique vivant à la porte des établissements européens, et mêlés chaque jour à la population blanche, ils n'ont adopté aucun de ses usages. Au lieu de gagner quelque chose à un pareil contact, ils y ont perdu la franchise et la bonne foi des tribus qui habitent l'intérieur. Fort doux d’ailleurs, ils vivent en bonne intelligence entre eux ct avec les maîtres du rivage.

Ces naturels sont de diverses races et de diverses tribus. Barrère en exagérait le chiffre, quand il le portait à cinquante-six ; il confondait les peuples de l'Amazone avec ceux de la C'uyane française, Le savant M, Lacordaire à rectifié depuis cette nomenclature exorbitante. Ces Indiens ont le teint qui varie du rouge cuivré au jaune brun, les cheveux gras, lisses, noirs, coupés ras sur le front; la barbe et les poils assez rares. Leurs traits, sans: avoir rien de distingué, n’ont pas cette expression stupide qu’on leur a généralement attribuée, HS aiment à se barbouiller de genipa et de roucou, mais sans pratiquer, comme le font certaines peuplades brésiliennes, aucune mutilation hideuse aux lèvres, au nez et aux orcilles, Le seul vêtement des hommes est le ca/inbé; celui des femmes est la cœnise : ces dernières marchent quelquefois complétement nues, ce qui n'arrive jamais aux hommes. Demi-nomades, demi-sédentaires, ces Indiens excellent à Urer l'arc, arme qui fournit à la fois à leur pêche et à leur chasse. Toute leur industrie consiste dans la confection de leurs ares et de leurs canots. Ces canots, légèrement construits, semblent doués d'une élasticité qui vaut mieux que de la force, Se heurtant à chaque minute contre les rochers à fleur d'eau qni barrent le cours des rivières, ils se briseraient cent fois, s'ils ne glissaient comme des poissons sur ces pointes aiguës.

En me proposant ce voyage, mon hôte de Cayenne ne m'en avait pas dissimulé les périls, Habituellement on ne les affronte que dans la saison sèche, de juillet

en novembre, quand les eaux de l'hivernage sont rentrées dans leur lit. Malgré cet obstacle, je résolus de poursuivre mon chemin. L'Oyapock, encore gonflé par les pluies, roulait avec la rapidité d'un torrent , et quoique j'eusse choisi des canots solides, un équipage robuste et non reux, nous n'avancions qu'à trèspetites journées.

Enfin, après quinze jours de navigation, nous arrivâmes à la hauteur du prenier saut de l'Oyapock. Ces sauts sont de véritables rapides ou raudales qui barrent le fleuve dans toute sa largeur. Les pirogues seules parviennent à franchir cette ligne de récifs, et encore est-on obligé souvent ou de les traîner sur les roches, ou d'organiser un passage par terre. Cataractes sous-marines comme celles d'Assouan en Égypte, ces sauts ont leur genre de beauté qui ne le cède en rien à celle d'une chute perpendiculaire. A son premier saut, l'Oyapock, dans une largeur de cinq cents toises, offre une confusion de courants et de contre= courants, d'eaux tumultueuses et calmes, de cascatelles et de lagunes, de rochers nus et d'ilots verts, au milieu desquels sautent, frétillent ou dorment des milliers de poissons qui se plaisent dans ces parages tourmentés,.

Tous les cours d'eau des Guyanes roulent dans un lit accidenté de la même manière ; tous ont des barrages successifs qui les rendraient innavigables pour tout autre peuple que les Indiens. Mais ceux-ci, agiles et vigilants, ont trouvé le procédé d'une navigation exceptionnelle; ils ont fait de leurs barques des sortes d'amphibies, qui vont aussi bien par terre que par eau. Un rocher se présente-t-il, sur le fleuve? à l'instant ils amarrent une longue liane sur l'avant, et halent le canot jusqu'à ce qu’il ait franchi l’obstacle. Ce moyen décisif ne s'emploie que rarement et à la dernière extrémité; mais, pendant la moitié du voyage, les équipages indiens quittent la pagaie devenue inutile, pour s’élancer sur les rochers des barrages. Là, soit avec la main, soit avec le pied, ils poussent la pirogue au milieu d’un labyrinthe de blocs à fleur d'eau, Aucune description ne saurait rendre ni l'adresse qu'ils y mettent, ni le succès qu'ils en obtiennent, Sautant d’un roc à l'autre, choisissant la ligne d'eau la moins rapide, calculant leur impulsion de manière à ce qu’elle ne soit ni trop vive ni trop molle, visant à maintenir à la fois leur propre équilibre et l'élan de la barque, ils font des prodiges de gymnastique et de force corporelle. Tel est le travail de ces mariniers indigènes, quand ils guident leurs barques vers le Haut Oyapock. La tâche n'est pas moins difficile quand ils les laissent glisser vers la mer, Alors l'embarcation file comme l'oiseau; elle s'engage dans une suite de défilés rocailleux, et tombe de cascade en cascade. Quand la hauteur de la cataracte est trop considérable, ils fixent une liane sur l'avant; et, se jetant à l'eau, ils résistent sur cette amarre, de manière à ne céder que peu à peu. Malgré ces précautions, plus d’une fois le canot chavire, et il faut alors le pêcher pour le remettre à flot,

Arrivé au barrage, je vis bien qu'un voyage dans le Haut-Oyapock offrait alors des obstacles immenses, sans offrir la perspective de compensations réelles. J'y renonçai, D'autres après moi, venus dans une saison plus favorable, ont été plus

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