‹ Voyage dans les deux Amériques [microforme]Chapitre 12 sur 112 · GUYANE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

GUYANE FRANÇAISE

intrépides et plus heureux; ils ont visité les peuplades qui campent sur le bord de ce fleuve et de ses affluents, Dans le nombre il faut citer M. Baudin, qui mourut irop vite pour donner sa relation; puis MM. Lacordaire et Leprieur.

M. Lacordaire fit cette excursion au mois d'octobre 1831. Arrivé le 20 au prenier saut, il franchit les jours suivants ceux de Marypa et de Cachiry, ce dernier haut de cinquante pieds. Près de Cachiry M. Lacordaire reçut la visite du chef des Pirious, le capitaine Alexis, vieillard octogénaire , vètu à l’européenne , et portant la canne à pomme d'argent qu'il avait autrefois reçue, comme insigne de son autorité, des mains d'un gouverneur colonial, Ce chef indien parlait assez bien créole; il raconta à notre voyageur l'histoire de sa tribu, détruite par des guerres contre les Oyampis.

Après avoir quitté le chef des Pirious, M. Lacordaire passa devant l'emplacement où florissait, il y a un siècle, la mission de Saint-Paul, poste fondé par les Jésuites dans une situation admirable. Aujourd'hui quelques poutres en bois de nacapou indiquent seules qu'une petite ville a existé sur ce point. La solitude y est complète, et la végétation sauvage à déjà reconquis l’espace que la culture lui avait arraché. Le 2% octobre, M. Lacordaire fit une halte sur l'habitation d'un chef indien nommé Kasrar, franchit es jours suivants plusieurs barrages où le rocher affectait des formes toujours plus pittoresques , et arriva le 28 à l’embou=— chure du Camopi, au pied d'une croix élevée en 1826 par l'expédition de l'ingénieur Baudin. Le Camopi, dont les sources sont inconnues, est l'aMluent le plus considérable de lOyapock. Au-dessus le fleuve se rétrécit jusqu’à n'avoir plus que cent toises de largeur. Là commence la zone qu'oceupent les tribus Oyampis.

La première habitation oyampi devant laquelle s'arrêta notre voyageur, appartenait à un Indien nommé Awarassin, chez lequel étaient alors réunis vingt individus des deux sexes, barbouillés, de la tête aux pieds, de roucou et de genipa. On servit dans les couts, vases fabriqués avec la moitié d’une calebasse, la liqueur fermentée du cachiry. On but à la ronde et on fit quelques échanges, La case où il se trouvait alors était un koubouya, demeure basse, en forme de ruche, destinée à recevoir les étrangers et à tendre les hamacs durant le jour. Non loin paraissaient de grands suras, autres cases qui servent à la fois d’entrepôt pour les meubles précieux, de cuisine et de chambre à coucher, Ces dernières sont des constructions plus vastes, élevées de quinze à vingt pieds au-dessus du sol, d'une forme quelquefois octogone, quelquefois quadrilatère, Pour y monter il faut gravir une poutre posée obliquement , entaillée de distance en distance et munie d'un garde-fou.

Après avoir quitté l'habitation d'Awarasin, M. Lacordaire rencontra pour la pre- “mière fois deux Indiens Émerillons âgés de vingt ans à peine , et grands de cinq pivds dix pouces, avec des figures pleines d'une expression de douceur, et des formes arrondies et féminines, communes à plusieurs races indiennes. Ces individus étaient descendus du Haut-Camopi pour rendre visite à des familles de l'Oya-

pock. Dans la même case, M. Lacordaire aperçut aussi deux jeunes filles de seize ans, dans un état de nudité complète, ayant seulement au cou d'énormes colliers de rassades , dont quelques branches flottaient sur leurs reins.

Au delà l'on était en pure contrée Oyampi, et la race prenait un caractère plus athlétique et plus mäle. Dans le premier carbet visité, se trouvaient vingt indi- \idus armés d'ares et de flèches, le corps peint avec soin, les bras et la tète ornés de bracelets et de couronnes, Ils saluèrent le voyageur du nom de bonaré (ami ) et lui offrirent un cachiry dans toutes les règles. I fallut vider plusieurs coupes de ce spiritueux, et tenir tête aux Indiens, qui s'enivrèrent en l'honneur des nouveaux venus, Pour s'enivrer, les Indiens en absorbent des quantités énormes,

Rembarqué sur le fleuve, le voyageur franchit le saut Ako; et, dans une plantation située à cette hauteur, sur la rive gauche, il vit le chef Waninika qui tr'availlait avec une de ses femmes entièrement nue. Quand elle aperçutun étranger, elle ne songea pas à se couvrir, quoique sa camisa fût à ses côtés. Ce Waninika avait été le plus puissant chef des Oyampis. Ses poikos (Vassaux), nombreux el soumis, travaillaient et pèchaient pour lui. Lui, de son côté, les gouvernait paternel: lement, Cet état de choses dura jusqu'au moment où il fit un voyage à Cayenne. Là on lui fit une sorte de réception officielle, Le gouverneur Milius Fadmit à sa table, l'affubla d'un uniforme de capitaine de vaisseau, le fit assister à quelques bals, puis le renvoya chargé de cadeaux , au nombre desquels se trouvaient des fusils et des munitions. Comblé de tant d'honneurs , le pauvre Waninika perdit fa tète ; de bon prince qu'il était, il devint despote, s’amusa, pour imiter les Européens, à tirer des coups de fusil sur ses sujets, et fit si bien que tout le monde l'abandonna. Alors son carbet tomba en ruines, et ses plantations périrent faute de soins,

M. Lacordaire s'arrêta peu chez le capitaine, mais il fit une halte assez longue chez son frère, Findien Tapaïarwar, où, pendant un séjcur de deux semaines, il put observer les Oyampis dans leurs mœurs et dans leurs usages. I ne lui est resté à leur sujet que des impressions douces et favorables, Le voyageur vit des danses indiennes en grand costume exécutées à la lucur dés torches; ces danses ont une physionomie fantastique.

Le séjour de M, Lacordaire parmi les riverains touchait à son terme. Malade d'ailleurs, et miné par la fièvre, il n'avait plus assez de force physique pour continuer cette reconnaissance intérieure, 1 se rembarqua et arriva à Cayenne après quatre-vingts jours d'absence,

GUYANE HOLLANDAISE. Ar]

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