GUYANES. - RÉSUMÉ HISTORIQUE ET GÉOGRAPHIQUE
On doit à Colomb la découverte de la Guyane. Après avoir reconnu la Trinité, il vit, le 11 août 1498, ce continent américain, auquel il conserva le nom indigène de Terre-de-Paria. Plusieurs dangers qu'il courut aux bouches de l'Orénoque, qu'il nomma Bouches du Serpent, le forcérent à s'éloigner, sans avoir achevé sa découverte,
L'année suivante, Alphonse Ojeda, Jean de La Casa et Frédéric Vespuce furent plus heureux; ils visitèrent toute la côte, en s'avançant vers l'ouest. Après eux, Diégo de Ordaz tenta vainement de s’y établir, Vivement repoussé par les indigènes, ce fut lui qui créa la fable de ce Dorado, de ce lac Parina, dont l'or et les rubis jonchaient les rives. A ces récits, Diego de Ordaz et Gonzale de Ximenès voulurent tenter l'aventure; ils entrainèrent une foule d'Espagnols qui périrent presque tous au milieu de ces immenses solitudes. Cependant Diégo de Ordaz avait obtenu de Charles V le monopole d'une exploration au pays de Dorado. Après diverses tentatives infructueuses, il finit par fonder la ville de San-Thomé , à soixante lieues de l'entrée de l'Orénoque, au confluent du Carony. Ce village ne compta jamais plus de 150 habitants.
Au bruit des conquêtes espagnoles dans le Nouveau-Monde , les ambitions rivales se réveill‘rent. Les Anglais, à leur tour, songèrent à la Guyane et à ce fabuleux Dorado qui passionnait tant de têtes. Après Walter Raleigh vint Laurent Keymis, qui ne fut guère plus heureux.
Ce fut vers 162% que les Français parurent pour la première fois dans la Guyane, Quelques marchands de Rouen, fixés à Sinnamary , mirent en produit les plaines environnantes. Leur exemple fut imité ; la Compagnie du cap du Nord envoya des planteurs à Cayenne ; et dès lors cette colonie eût pu devenir florissante, sans les divisions intestines qui la déchirèrent. En 1669, ce territoire que l'on nommait pompeusement la France équinoxiale, passa entre les mains de la Compagnie des Indes occidentales qui, à peine installée, fut obligée de lutter contre les Hollandais, ses voisins et nos ennemis, La colonie de Surinam devint l'antagoniste implacable de la colonie de Cayenne. En 1676, cette dernière fut conquise par les forces bataves, mais reprise bientôt après par le maréchal d'Estrées, Comme représailles, le gouverneur français Ducasse essaya, en 1688, de surprendre Surinam , d'où il fut repoussé avec perte. Vers le même temps les Portugais fondérent leur Guyane et leur établissement de Macapa.
I serait trop long de suivre le mouvement progressif de ces quatre possessions coloniales, Les Hollandais, plus industrieux, plus actifs, plus persévérants que les autres colons, eurent bientôt déterminé en leur faveur une suprématie qui n'a jamais pu s'effacer depuis, L'établissement français resta longtemps une misé-
rable et insignifiante bourgade, En 1723, Cayenne ne comptait que 90 colons, 125 Indiens et 1,500 nègres. En 1763, Louis XV voulant essayer de lui imprimer un mouvement de progression, 15,000 hommes furent transportés dans la Guyane française , et on leur céda en propriété tout le terrain qui va de l’anse Cayenne à la rivière de Kourou. Un vaste système de défrichement devait ainsi donner une nouvelle face à la colonie; on croyait que des bras suffiraient pour renouveler la contrée. Malheureusement les nouveaux colons, amollis par le climat, affaiblis par les fièvres , énervés par la débauche , trompèrent les prévisions des colonisateurs, Sur les 15,000 hommes partis de France, il en périt 12,000 ; trente-lr'ois millions furent dépensés, sans qu’il en résultât une seule création utile.
La Guyane a été, depuis, bien tourmentée par les grands ébranlements de la politique européenne. Presque dépossédée par les Anglais, la Hollande a éte obligée de leur céder le plus magnifique lot de son territoire. La France ellemème, longtemps privée de Cayenne, ne l’a retrouvée qu'à la paix. Si cette paix se prolonge, si les colons persistent dans la voie d'amélioration où ils sont entrés récemment, la Guyane française atteindra une immense importance; car le sol en est riche, arrosé, fécond ; il n'attend que des capitaux et des bras. Une mesure d’une politique éclairée récemment prise par le gouvernement Français décidera peut-être dans peu d'années du sort de la partie de la Guyane qui nous appartient, Nous voulons parler de l'établissement pénitencier qu’il vient de fonder sur les îles du Salut.
. La Guyane se compose de deux parties : le littoral, qui est visiblement un terrain d’alluvion, et la contrée intérieure, où commencent les chaînes montueuses, dont l'étude géologique n’est pas encore bien avancée. Le sol peut se diviser en deux espèces très-distinctes, les terres basses et les terres élevées, Ces dernières ont d'abord attiré les planteurs, On incendia les forêts, et sur leurs cendres inème , utilisées comme engrais, on obtint de magnifiques récoltes. Mais bientôt les eaux pluviales emportèrent au loin la première couche de terre végétale, et le roc resta à nu, Ce ne fut que plus tard que l'on reconnut le gisement du véritable sol propre aux plantations. On dessécha alors des savanes marécageuses au moyen de saignées et de coupures, et l’on y créa des cultures durables à l'abri de l'atteinte des éléments. Là prospèrent la canne à sucre, la cacaotier, le caféier, et les autres espèces intertropicales.
Les forêts de la Guyane abondent, en magnifiques essences, l'acajou, le bois de rose, le bois violet, le bois satiné, et toutes sortes de bois résineux et oléagineux. Parmi les plantes médicinales, on y trouve le sassafras, le gaïac , le tamarin, le copahu, la salsepareille et l'ipécacuanha. Les arbres fruitiers sont ceux des Antilles, le citronnier, l'abricotier, le pitanga ou cerisier, le goyavier, l'acajou à pommes, le corossolier, le bananier, le cocotier, Les plantes utiles sont nombreuses aussi ; on y cultive l'igname, la patate, le manioc, le maïs. Les raquettes et divers aloës, puis une foule d'espèces grimpantes ou rampantes , achèvent de caractériser la magnilique végétation de ce territoire.
Les animaux particuliers à cette zone sont le tapir, le jaguar , les singes en espèces innombrables , les pécaris, les cerfs et les daims. Les animaux domestiques d'Europe ont réussi dans les Guyanes. Quant aux oiseaux, ils y fourmillent en espèces magnifiques. L'autruche d'Amérique parcourt ces savanes immenses ; des vautours, des flamants qui peuplent les bords des fleuves, des aras rouges et bleus, des tangaras, des toucans, des colibris, des cotingas : cette longue liste n'offre qu'une nomenclature incomplète des espèces les plus communes. La nomenclature des poissons n'est pas moins riche : le machoiran, poisson de mer qui combat l'espadon ; les raies, la loubine, le mulet , et une foule d'autres. Les crabes abondent sur toute la grève, où ils se creusent des espèces de terriers. Les indigènes leur donnent la cliasse et en sont très-friands. Enfin, parmi les insectes, il faut citer d’incommodes moustiques, des fourmis de diverses sortes, des scorpions et des araignées hideuses.