DE BAHIA AU PAYS DE3 MINES
Après un séjour d'une semaine à Bahia, j'en repartis Je 2% avril, avec quelques négociants qui se rendaient dans le pays des Mines.
A Caxocïra dejà visitée, il faut quitter le Paraguaçu qui cesse d'être navigable, et prendre des montures. En deux jours de route, on arrive par un pays bien peuplé et bien cultivé à laldea de Tapera. Pour aller à la villa da Pedra-Branca, il faut se détourner un peu de la route. On y arrive par des sentiers étroits pratiqués à travers des coteaux boisés. Pedra-Branca est un établissement qui ne date que d'une trentaine d'années, et qu'habitent des Cariris et des Sabuvas, Autrefois ces tribus vivaient dans les forêts voisines : aujourd'hui elles composent une communauté d'environ 600 âmes. Ces Indiens sont d'une taille moyenne et assez élancée, mais peu robustes. A l'opposé des autres indigènes, ils ne se défgurent en aucune manière, Fainéants et insoucieux, ils passent leur temps à tirer ayce une sarbacane, des rats de champ, des oiseaux, ou d'autres bêtes sauvages s quelquefois ils s'occupent à tuer ct à voler le bétail des métayers, s'inquictant fort peu de la peine qui les menace. Ts n’obéissent aux magistrats blancs qu'avec la plus grande répugnance, cultivent à regret et à leur corps défendant le maïs et la banane, préférent tresser des filets, des hamacs et des corbeilles, ou façonner de la poterie,
Jusqu'à Tapera, on voyage par une belle plaine ; mais plus loin le pays devient aride et ingrat. A Rio-Seco commence une contrée montagneuse qui s'accidente
de plus co plus à mesure que les terrains s'élèvent, jusqu'à ce que l'on parvienne ü Lo région granitique enticrement privée d'eau, Les villages sont alors tout à fait dépourvus de ressourees ; on n'y trouve rien ai à boire ni à manger, Dans cette zone ingrate se rencontrent tour à tour Maracos, puis Yacari, dont la rivicre roule, dit-on, une eau qui donne la fièvre, Au delà, il faut gravir plusieurs montagnes granitiques assez hautes avant d'arriver à Olho d'Argoa, où les hommes elles animaux ont grand'peine à s'abreuver dans les temps de séche- Dose,
On parcourt ainsi les vingt lieues qui séparent le village de Simoro de celui de Maracos, La Serra de Simoro, dont la hauteur est de 3,000 pieds, peut être resardée comme la dernière ramification de la Serra de Montiqueira, Elle forme la ligne de séparation entre le plateau et les terres basses de la province de Bahia, A TO, le elimat est plus inconstant et plus humide; à l'E, il est plus see, On dit que, sur la peute orientale de cette chaine, on a trouvé des diamants, Au milieu de ce pays alpin, la vallée du rio Simoro se révèle comme un mystérieux oasis, Ce torrent limpide y roule entre deux rives que couvre une Vesclation de plantes buissonneuses, |
Le pays montagneux, aride el boisé, se prolonge jusqu'à Contas. Dans cette ctendue de territoire, de grands espaces sont couverts de palmiers ardus, entre coupes de bosquets d'aricuri, autre palmier avec la tige duquel les colons fabriquent en temps de disette un pain fort peu nourrissant. Quand on n'a pas vu dé ses eux la misère de ces Sertanejos, et l'inseuciance avec laquelle ils savent se contenter des aliments les plus misérables, on ne saurait concevoir qu'une population se décide à se nourrir d'un pain confectionné avec des tiges d'arbre,
Villa do Rio das Contas fait diversion à cet aspect de détresse, C'est un fort jo bourz de 900 âmes, Comme le climat est peu favorable aux travaux agricoles
LS habitants s'occupent de préférence de l'exploitation des mines et d'un travai! d'échanges intermédiaires entre la côte ct les districts intérieurs. Auprès des Maiheureux districts que nous venons de parcourir, Villa das Contas était un Elise, L'élévation de son plateau lui donne un climat presque toujours tempéré.
Villa do Rio das Contas n'est guère qu'à une lieue de Villa-Velha. Ces deux boursades sont séparées par des montagnes dont les roches annoncent la présence de mines métalliques. Quoique fort mal exploités, les rochers auriféres de ces montagnes ont cependant, depuis longues années , défrayé les mineurs de leurs pénibies travaux, Le métal précieux se retrouve aussi dans les eaux des rivicres eUdes ruisseaux du voisinage, Les grains sont gros cl'très-purs, On à trouvé parlois des pépites qui pesaient jusqu'à huit livres.
Quand on quitte Villa-Velha pour aller vers l'ouest, il faut traverser la Serra de Joazciro, pays aride et brülé, avant d'arriver à Villa-Nova do Principe ou Caitete. La Serra de Caïtete n'a pas l'aspect désolé des sommets que nous avions par- Courus jusque-là. Elle se pare d'une végétation vigoureuse et brillante: comme elle, les vallons qui la continuent sont verts et bien fouillés: ils tranchent sur la
Serra da Gamalleira qui leur fait face, chaine dont le caractère est plus sauvage et plus âpre. Après l'avoir gravie, on atteint enfin les sommets de la Serra do: Montes-Altos, monts granitiques, point d'attache de tout ce système. On descend des monts Altos par une série de mamelons dont les sommets arrondis et successifs forment un paysage d’un aspect monotone qui fatigue le regard. Après cinq jours de route, pendant lesquels on ne fait que monter et descendre, on arrive dans une plaine de grès ferrugineux, où l'on ne trouve d'autre eau que celle des mares et des creux de rochers; au delà de ce point, on entre dans une plaine calcaire et parfois crayeuse, couverte de cactus et d'arbres épineux.
Un arrive ainsi sur la limite du Sertäo de Bahia. Dans tout le territoire que l'on traverse au delà des fertiles plaines de Caxoeïra, on n'a rien à craindre pour soi ; car les fazendas sont nombreuses , et on y trouve toujours de quoi nourrir les hommes; mais si l’on n'a pas la précaution d'emmener plusieurs mulets de rechange , on est exposé à se voir démonté pendant la route. L'eau et le fourrage manquent presque toujours dans les étapes du chemin, et quand les hôtes meurent, ce qui arrive fréquemment, on se trouve à la merci de la bienveillance des Sertanejos,
De tous les villages situés sur le rio San-Francisco, le plus décrié pour son insalubrité est Malhada, où nous arrivâmes ensuite. C'est un lieu d'exil pour les soldats qui y viennent avec la pensée d'une peine à subir et le désir de quitter cette atmosphère morbide : aussi la garnison se compose-t-elle d'un petit nombre d'individus hâves et amaigris. Vis-à-vis de Malhada et à peu de distance, au N. du confluent de Carynhanhact du rio San-Francisco, est situé le village le plus méridional de la province de Pernambuco, qui se prolonge à l'O. de ce fleuve comme celle de Bahia à l'E. Le sel et l'éducation du bétail font la richesse de ce district étendu entre le fleuve et les provinces de Piauhy et de Goyaz. Le con merce du bétail est surtout très-actif à Carynhanha et à Malhada.
Accompagné de l'un des membres de notre petite caravane, je fis une excursion vers le Carynhanha, dont le cours sert de limite septentrionale à la province de Minas-Geraës. Cette rivière baigne le pied des montagnes qui forment le rameau le plus occidental de la chaîne calcaire qui accompagne le rio San-Francisco , mais qui, sous ce parallèle, s'éloigne beaucoup de ses bords. Ces montagnes offrent des masses de rochers isolées, carrées, allant en pente vers l'O., tantôt boisées sur tous les points, tantôt nues, sillonnées de ravins profonds et de cavités, ou hachées de la manière la plus singulière, Élevées comme les parois d’un mur sur les bords du fleuve, elles dressent pittoresquement vers le ciel leurs aspérités irrégulières,
Au moment où j'examinais avec attention cette roche calcaire, parsemée de rognons de pyrites sulfureuses, un animal assez semblable à une belette, s'offrit à nous. Il s'éloignait lentement comme pour gravir la montagne, Je ramassai une pierre pour la lui jeter, quand, levant le dos et écartant les cuisses, il lança sur moi un fluide verdâtre, d’une odeur pestilentielle et si insupportable que pour ie
moment je perdis l'usage de mes sens, et me trouvai dans l'impuissance absolue de poursuivre cette bête. Une puanteur repoussante et pénétrante s'était tellement imprégnée dans mes vêtements, qu'il ne me fut plus possible d'en faire usage. Cet animal était un juritataca [moufette ou méplitis phædus) dont la liqueur ainsi projetée peut causer la cécité. Quoique cet animal soit très-commun au Brésil, il est difficile aux naturalistes de s’en procurer, parce que les chiens , une fois frappés de sa singulière arme défensive, n'osent plus le poursuivre.
Le soir, nous passâmes la nuit sous un grand joa , le seul arbre qui, dans ce canton aride, conserve ses feuilles durant la sécheresse, Le joazerio (3yzyphus joaserio), ainsi que le nomment les habitants, donne par sa cime touffue, large et arrondie, un caractère particulier aux paysages des districts intérieurs de Bahia, Pernambuco et Piauby, où il devient un végétal fort important pour la nourriture du bétail, Son fruit, qui mürit dans les fortes chaleurs, contient une pulpe mucilagineuse, Alors cette pulpe remplace les pâturages d'une manière presque exclusive, et une mauvaise récolte de ces baies serait une catastrophe pour les troupeaux.
‘Après avoir quitté les bords du San-Francisco pour se diriger vers la province de Goyaz, on marche pendant six jours dans un désert sans habitants. Chaque soir, à notre halte, on liait les jambes des chevaux et des mulets, et on les lâchait ensuite pour les laisser pâturer en liberté. Des feux nombreux étaient allumés autour du bivouac, pour en écarter les bètes féroces. Le pays, du reste, était très-beau. Pendant quatre jours , nous côtoyämes le rio Formoso, qui ne mentait point à son nom. Les environs avaient toutes les beautés d'un jardin, Parvenu au Contagem de Santa-Maria, poste frontière de la province de Goyaz, nous nous trouvions au pied du versant oriental de la Serra de Paranam, dans une vallée profonde où l'on arrive par une route escarpée et pierreuse.
Le vao où vallon du Paranam est arrosé par un grand nombre de ruisseaux limpides, et parsemé de petites métairies situées entre des bouquets et des bocages entiers de palmier indraya. Comme toute la province de Goyaz, la vallée de Paranam n'est guère peuplée. Il y manque des mines d'or pour y attirer des habitants. On se borne à y élever du bétail et des chevaux , qui sont les mcilleurs de toute la province de Goyaz. Dans la vallée de Paranam , on est éloigné de cent lieues de Porto-Real sur le Tocantin, où cette rivière commence à devenir navigable, et d'où l'on peut arriver au Para en quinze à dix-huit jours.
Celle route par eau est très-dangereuse. On y est exposé aux fièvres et aux attaques des Indiens. Parmi les nombreuses tribus qu'on y rencontre, il faut citer les Xerentes qui sont très-nombreux, et qui passent pour anthropophages. On ajoute même qu’ils tuent et mangent leurs parents qui, parvenus à la vieillesse, sont trop faibles pour se procurer leur subsistance, Quand ils surprennent une métairie, ils n'épargnent personne, et dépècent tous les chevaux, dont ils aiment beaucoup la chair. É
La nation la plus puissante et la plus nombreuse dans le nord de Goyaz est
celle des Capopos, et dans le sud celle des Chavantes, leurs ennemis mortels. Les Capopos vivent sur les bords du Tocantin et de l'Araguaya. Is poussent leurs incursions jusque vers les métairies du rio das Balsas dans la province du Maranhâo. Déjà plusieurs de leurs aldeas ont été civilisées à demi, circonstance qui n'a pes toutefois brisé la force de leur tribu. Après quelques mois de vie sédentaire, les nouveaux colons retournaient presque tous à l'état sauvage. Ces Indiens sont de haute taille et de couleur très-claire. Courageux et robustes, ils n'attaquent leurs ennemis que de jour, tandis que les Capopos préfèrent les surprendre de nuit. Leurs armes sont l'arc, des flèches longues de six pieds, et une massue de quatre pieds, dont la partie supérieure est aplatie comme une rame. Pour s'exercer au maniement de cette arme, ils ont des luttes de divers genres, et une entre autres qui consiste à porter un bloc de bois de deux à trois quintaux, masse qu'ils agitent et lancent en courant. Le jeune homme qui n'en peut venir à bout n'a pas le droit de se marier. Ces naturels veillent avec soin sur la chasteté des jeunes gens, et assurent par là celle des filles. Is permettent toutefois aux guerriers les plus hardis de s'approcher de leurs fiancées. L'infidélité des femmes est chez eux punie de mort. Comme dans une foule d'autres tribus brésilicnnes, les soins du ménage et l'éducation des enfants pèsent entièrement sur les femmes. Les Chavantes excellent dans les travaux manuels. Moins fiers et moins insolents, ils feraient d'excellents ouvriers. Adroits dans tous les exercices du corps, intrépides nageurs , ils ont dans leurs manières un air de franchise et de dignité qui tranche avec les manitres timides et incertaines des autres sauvages.
Afin de protéger les voyageurs contre les hostilités des fndiens, et de réunir pour eux quelques ressources à des distances rapprochées, le gouvernement à pris plusieurs mesures dont aucune n'a pourtant encore obtenu des résultats dévisifs, Ia, entre autres, fondé une compagnie qui devait établir des ports ct des entrepôts de commerce et de vivres, moyens à l’aide desquels on devait faire disparaitre en partie les obstacles qui entravent en certains endroits la navigation intérieure. Quelque heureuse que soit cette idée, elle a échoué à l'exécution, En 1809, il avait été ordonné également de bâtir une ville au confluent de l'Araquaya et du Tocantin, mais ce projet a rencontré tant de difficultés, qu'aujourd'hui encore il n'existe qu'en germe. Le commerce du Goyaz avec le Para n'est pas assez important pour que les communications par les rivières puissent ètre fréquentes, et il en résulte que Bahia conserve à peu près le monopole de ces rapports qui se sont organisés par la voie de terre.
La capitainerie générale de Goyaz est un vaste plateau traversé par une chaine de montagnes qui se ramifient beaucoup. Le climat y ressemble à celui de Minas-Geraës; l'atmosphère s'y maintient presque toujours sereine; la température, égale et constante. La saison pluvieuse commence en novembre pour finir en avril, les orages et les pluies sont plus fréquents dans les montagnes que dans les plaines, Aux époques qui correspondent à l'été d'Europe, les cantons élevés éprouvent souvent de petits froids qui portent dommage aux bananiers, aux cannes
à sucre et aux cotonniers. La plus grande partie du territoire occupé par les colons brésiliens n'a pas de forêts de grands arbres, comme celle de la côte. Les forêts sont basses et défeuillées pendant la suison sèche; on y voit d'immenses plaines herbeuses. On y élève beaucoup de bœufs , de chevaux et de cochons; mais peu de moutons, quoique le terrain leur convienne. Dans les cantons de l'intérieur, on récolte assez de sucre, de tabac et de rhum pour la consommation des habitants. La principale richesse de la province est dans ses mines d'or. C’est le minerai précieux qui a amené la population créole qui y réside.
A Contagem de Santa-Maria, dans la vallée de Paranam, la chaleur est quelfois extraordinaire. Dans cette vallée étroite et profonde, la réverbération des rochers, la fumée produite par l'incendie des herbes, rendaient la place vraiment peu tenable. Nous rebroussâmes chemin. Tirant à l'E., nous franchimes le Paratinga, qui se jette dans l'Uruguay, affluent du San-Francisco. Au delà de cette rivière, le pays prit un aspect délicieux, entremélé de bocages verts, de vastes prairies, de ruisseaux limpides et de groupes majestueux de palmiers burites. Les tapirs et les bètes fauves abondaient dans ces bois; ces animaux étaient si péu farouches que plus d'une fois nous les vimes courir et paître près de notre bivouac.
Au delà de ce point, la route continue le long de deux rangées de coteaux, prolongement de la Serra das Araras, qui se rencontre à peu de distance, On descend ensuite par une vaste plaine qui s’abaisse insensiblement vers le rio das Pedras, ruisseau entouré de palmiers et de fort beaux arbres. Cet aspect du terrain dure jusqu'à Porto-Salgado, l’une des localités les plus intéressantes de la contrée.
Salgado est le chef-lieu d'une paroisse qui à quarante lieues de longueur sur vingt de large, ct dont la population s'élève à 20,000 âmes. Elle s'étend sur le bord du rio San-Francisco jusqu'à la rivière de Carynhanha et comprend deux succursales, San-Jodo dos Indios et San-Gaetano de Japori. Salgado n'est point un chef-lieu, quoiqu'on y ait établi deux juges ordinaires, mais un jusgado (justice), On attribue à cette ville plus de cent ans d'existence, et c'est aux Paulistos, ces hardis colonisateurs, que l'on doit sa fondation. Son nom est celui de l'un de ses créateurs, et ne vient, comme on pourrait le croire, ni de la qualité un peu saumâtre de ses eaux, ni du commerce de sel qui s’y fait aujourd'hui.
Porto do Salgado, échelle intermédiaire de San-Romdo à Joazeiro, deviendra une ville de premier ordre, Déjà elle est le chemin ordinaire des Sertanejos des Minas-Geraës, qui trouvent cette voie plus facile et plus expéditive vers le port de Bahia , que n’est le transport à dos de mulets jusqu'à Rio-de-Janeiro. En échange, l'habitant des Mines reçoit le sel des salines du fleuve et les marchandises d'Europe. San-Romdo, au confluent du rio San-Francisco et du rio das Velhas, peut ètre regardé comme le premier port du fleuve.
Vis-à-vis de Porto do Salgado et à quelques centaines de pas de la rive opposée du fleuve, est le Bejo do Salgado. Derrière Salgado même est la Serra de même
uom, chaine bien boisée, du sommet de laquelle la vue plane sur toute Ja vallée baignée par le fleuve, Capäo, village des environs, est situé sur les bords d'un étang qu'habitent des milliers d'oiseaux de toutes les espèces, On ne peut, si l'on n'a vu cet endroit, se faire une idée du nombre des volatiles qui animent ce pay- SAge MAlÉCHLEUX,
Notre halte à Porto do Salgado dura deux jours, au bout desquels nous quittâmes, le 30 mai, les bords du San-Francisco pour gravir le plateau de Minas- Geraës, élevé de 550 pieds au-dessus du niveau de la vallée,
Sur cette route, le premier endroit remarquable est Contendas, territoire désert encore vers la moitié du Xvpie siècle, aujourd'hui très-peuplé, et qui doit le devenir davantage à cause de la surprenante fécondité des femmes, Contendas se compose d'une douzaine de maisons groupées sur un morne et dominées par une petite église assez malentretenue. Les environs sont couverts de bois qui sont des catingus, sortes de fourrés dépourvus de fouilles dans la saison ardente. Contendas n'est ni un chef-lieu, ni une paroisse; c'est une simple succursale,
Après Contendas, parait Formigas, succursale elle-même de la paroisse d'Itacambira. Formigas est l'un des points importants de la partie orientale du Sertdo. On y fait un commerce considérable en bestiaux, en cuirs et en pelleteries, Le salpètre s'exploite dans de grandes cavernes du voisinage, où l'on trouve aussi des restes d'animaux gigantesques. Dans les environs, existent des fazendas importantes à cause du nombre de bestiaux qu'on v élève. Les sucreries abondent dans ces districts, où l'on cultive en outre, avec succès, le manioc et le mais.
Au delà de Formigas, le terrain s'élève, On traverse la Serra de Sant-Antomo, branche du Cerro do Frio.
Nous continuâmes notre chemin sur ces crêtes élevées, À Porto-«los-Angi:os, nous trouvämes le Jiquitinhonha, qu'il fallut traverser pour arriver au plateau borné d'un côté par cette rivière, et de l'autre par l'Arassuahy. Ce plateau se prolonge au N.-E. vers leur confluent, Son élévation est de 2,000 pieds tout au plus au-dessus du niveau de la mer, et on ne remarque à sa surface d'autre relief considérable de terrain, qu'une chaîne de coteaux qui forme la ligne de séparation des eaux entre les deux rivières.
© A Porto-dos-Angicos, nous étions sur la lisière même du pays des Botocudos, et, avant de pénétrer dans les forêts où ils campent à l'état sauvage, il ne restait plus qu'à traverser deux villages:des Minas-Novas, San-Joaquim et Xacara.
» C'est donc ici le lieu et le cas de parler de ces sauvages, les plus célèbres du Brésil, Les Botocudos, jadis nommés Aümures où Ambores, sont, à ce qu'on croit, la tribu la plus considérable qui soit descendue des Tapuyas. A une époque trèsreculée, ces Indiens, ajoute-t-on, furent obligés de se séparer des hommes de leur race ; ils s'enfoncèrent dans les montagnes où ils prirent des mœurs plus féroces qu'aucune des tribus indiennes qui peuplent cette zone. Dans les premiers temps de l'établissement des Portugais sur le littoral, on les vit descendre en foule, massacrant et dévorant mème leurs prisonniers, Les Tupinaës et les Tupiniquins
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À Porto-Uhesngites, td Mae dou ka Hsidire arme rs pays: dé hauts, ct avant de téhoteer dis lee fuite rit His canrpent à l'état sauvage, il ne restait plats qu à traverser deux vütoges des Minas-Novas, Son-Jonquim et Xacarn..
» C'est donc ici ke Ben at le vas de parler de ces sauvages, les pinsæélèbies du Brésil, Les’Botocudos, julis nommés Aimures où Ambores, sont, à ce qu'on croit, ia Mar la plus considérable qui soit descendue des Tapuyas. A eu Le coulée, ces Endiens, ajoute-t-on, furent obligés de se séparer des | ce: ils s'enfoneèrent dans les montagnes où neeu erancise des tribus indiennes qui peuplent cuëte #one. Dans les premiers temp. l'établi-senent des Portugais sor le littérss, on les vil descendre en fonie cssacrant et déverant même leurs prisonniers, Les Tupinaës etes Tupiniquir-
DIENS BOTGCUDOS
PANCTTO INDIEN
les regardaient alors eux-mêmes comme des sauvages, et dès ce temps ils acquirent une réputation de barbarie et d'abrutissement qui s'est conservée jusqu'à nos jours, À l'heure actuelle, beaucoup moins nombreux, les Botocudos errent sur les confins de Porto-Seguro et de Minas-Geraës, habitant de préférence les bords du rio Doce. Ce fleuve, qui limite la province de Porto-Seguro, coule avec lenteur et majesté , et traverse, avant d'aller se jeter dans l'Océan, tout un pays de forêts touffues et primitives. C'est là que vivent les Botocudos, ainsi nommés par les Européens parce que le singulier ornement dont ils chargent leurs oreilles et leurs lèvres a la plus grande ressemblance avec le tampon d'une barrique qui, en portugais, se nomme botoque. Moins nombreux que les terreurs des colons ne les ont faits, ils sont disséminés sur une étendue immense de terrain, et ne sauraient offrir d'obstacle réel à une civilisation bien dirigée.
Comme la plupart des Indiens, les Botocudos marchent complétement nus ; ils ont les cuisses et les jambes menues, mais musculeuses, les pieds petits, la poitrine et les épaules larges, le cou court, le nez épaté, l'os des joues élevé et saillant. Hs portent leurs cheveux, toujours noirs, ras au-dessous des Lempes, de manière à ne laisser qu'une touffe ronde au sommet de la tête, Ce qui caractérise les Botocudos des deux sexes, c'est l'usage hideux de se percer la lèvre inférieure et les lobes des oreilles pour y introduire d'énormes rouelles ou disques en bois qu'ils agrandissent avec l’âge. Ces têtes de Botocudos avec leurs lèvres distendues chargées de morceaux de bois, ressemblant à des dames de trictrac, leurs yeux brides, leurs cheveux taillés en champignons, ne sont pas faites pour donner une idée avantageuse des races primitives qui peuplaient le continent américain.
Pour fabriquer les rouelles dont ils se parent, les Botocudos emploient le bois de jeunes barrigudos (embures dans leur langue). Quand l'enfant commence à grandir, on lui perce l'oreille et la lèvre : puis on y introduit un morceau de bois, de petite dimension d’abord, pour y substituer, quand la plaie est cicatrisée, un morceau de bois plus grand. Agrandie peu à peu, cette rouelle peut acquérir jusqu'à trois pouces de diamètre. Le disque de bois introduit dans la lèvre n'entraîne pas les chairs tant qu'il n’a pas plus d'un pouce de diamètre ; mais, lorsqu'il est plus fort, il fait pendre toute cette partie du visage, et affecte lui-même une situation horizontale. Dans cet état, l'individu peut bien encore relever assez sa lèvre pour lui donner une position oblique, mais il ne peut plus l'appliquer contre ses dents, et encore ne la redresscrait-il pas si elle n'était aidée par le morceau de bois lui-même sur lequel elle s'appuie, Le disque ôté, la lèvre reste pendante jusqu'au bas du menton.
L'un et l'autre sexe se peignent tantôt en rouge avec du roucou, tantôt en noir avec le fruit du genipayer. Les femmes et les enfants se plaisent surtout à se barbouiller le corps avec une espèce de symétrie, Les uns n’ont que des mouches, d'autres des plaques irrégulières, d'autres des bandes qui s'étendent en divers sens; d'autres enfin se peignent de roucou toute la partie supérieure du visage jusqu'au milieu des joues,
D'une agilité inconcevable, les Botocudos vivent presque toujours à l'état nomade, tantôt émigrant par tribus, tantôt marchont par familles, Rien de plus curieux que de les voir portant tout avec eux, se frayant tantôt un chemin à travers les bois, tantôt s'engageant dans les gués d'une rivière. La tâche de l'homme se réduit à peu de chose dans ces émigrations. I tient d'une main ses armes, de l'autre le gibier qu'il a abattu, tandis que la femme non-seulement porte dans un large sac tout le mobilier de la famille, mais traîne encore avec elle, soit sur les épaules, soit par la main, les enfants en bas âge.
Dans ces pèlerinages forcés à travers les terres, les Botocudos cherchent à trouver un endroit où la nature leur offre des ressources abondantes. Ils établissent le plus souvent leur camp à la proximité d’un fleuve. Nulle autorité régulitre ne semble régner chez eux. Leur nation est divisée en tribus de cinquante à cent guerriers, non compris les enfants et les femmes. Ces tribus, indépendantes l'une de l'autre, ont chacune leur chef, dont la dignité est élective. Le commandement est donné au plus brave : souvent il n'attend pas qu'on l'élise, et se proclame lui-même. Ces chefs ont un pouvoir presque absolu, mais dans un cercle assez limité. Lear rôle est de diriger les marches, de conduire les hommes à la guerre, d'apaiser les différends, survenant presque toujours à l’occasion des femmes. En campagne, les chefs se distinguent par une manière particulière de se peindre le corps. En toute autre occasion, nul signe ne les fait reconnaitre ; ils redevicnnent les égaux de leurs sujets. Chacun de ces chefs a une certaine étendue de forêts où il peut , à l'exclusion de tout autre, chasser et cueillir des fruits. La violation de ce territoire de la part d'une tribu voisine est une insulte qui équivaut à une déclaration de guerre,
A peine une tribu est-elle arrivée dans le lieu où elle veut s'arrêter, que les femmes allument du feu à l’aide d'un morceau de bois tendre assez long , et offrant une cavité sur laquelle on place perpendiculairement un autre morceau de bois plus dur qu’on fait ensuite tourner avec rapidité entre les paumes de la main. D'autres femmes tiennent pendant ce temps, au-dessous et à portée, un peu d'étoupe faite de l'écorce d’un arbre nommé en portugais pao d’estopa. Cette manœuvre dure jusqu'à ce que quelques étincelles soient venues allumer l'écorce. La construction des cabanes ne coûte pas de grands travaux à ces peuplades. Les Botocudos se contentent de planter sur le sol, les unes à côté des autres, de grandes tiges feuillées du cocotier, dont les sommités forment une espèce de voûte à deux pieds au-dessus, Cependant, s'ils doivent faire un long séjour, ils élèvent des cases d’une durée moins précaire, à l'aide de pieux fichés en terre, autour desquels ils entrelacent des feuillages et qu’ils couronnent par une toiture de grandes feuilles de paltioba. Dans l'intérieur de ces cabanes , on ne retrouve plus le hamac des autres tribus indiennes, mais un lit d’estopa sur lequel le chef de famille reste constamment étendu, ne s'occupant, ne s’inquiétant de rien, hors de la chasse et de la pèche, et laissant aux femmes toute la fatigue des soins domestiques. À côté du maître du logis se voient ses armes et divers ustensiles,
produits de son industrie, de petits pots grossièrement fabriqués, des gourdes ou calebasses pour conserver l'eau, des lignes à pêcher, des flûtes en roseau, enfin un grand filet dans lequel la femme transporte en route le mobilier de la famille, et où s'entassent péle-méle, outre quelques bagatelles d'Europe, des pointes de flèches, des paquets d'étoupe, du roucou, des carapaces de tortue, objets d'échanges avec les Portugais.
Les armes de ces sauvages sont remarquables par leur forme et leur élégance. Les flèches qui se fabriquent avec des roseaux sont garnies des plumes du hocco et du jacutinga. Ces flèches ont ordinairement six pieds; elles sont de deux espèces : les unes employées à la chasse et terminées par un morceau de bambou aigu; les autres, servant à la gucrre et terminées par un morceau de bois, Ces dernières seules sont empoisonnées, Le prince de Neuwied aflirme pourtant que les Botocudos ne connaissent pas les flèches vénéneuses.
Leur vie nomade et l'abus des femmes ne les laissent jamais parvenir à un âge avancé. Is meurent jeunes, mais ils voient venir la mort sans crainte, Quand un Botocudo est malade, ses parents et ses amis entourent sa couche, et le pleurent quand il est expiré, Les morts s'enterrent les bras pliés sur la poitrine, et les cuisses pliées sur le ventre. Comme ils donnent aux fosses très-peu de profondeur, les genoux sortent de la terre lorsqu'elle commence à s'affaisser. Autour de la fosse est une espèce de dais composé de bâtons verticaux et horizontaux sou tenant un dôme de feuillage. Dans la croyance que l'âme du défunt doit venir rôder autour de la fosse, ils ont soin de balayer le chemin et d'orner le dais du tombeau du poil des bètes et des plumes des oiseaux qu'ils rapportent de la chasse.
Les filles des Botocudos se marient avant l'âge de nubilité, mais on ne leur donne pour époux que des enfants impubères. Quand deux enfants se conviennent, on les fiance au milieu de danses et de fêtes. En cas de divorce, les enfants restent avec leur mère tant qu'ils sont en bas âge; mais, devenus grands, ils rejoignent leur père, Les Botocudos connaissent et respectent le lien de famille; ils ne sont pas aussi scrupuleux sur la fidélité conjugale, Rien de plus commun parmi eux que l'adultère ; mais le mari châtie vigoureusement sa femme surprise en flagrant délit, comme aussi la femme peut châtier le mari pris sur le fait avec une autre femme.
De ce côté septentrional, pays des Botocudos, Santo-Domingo est le dernier village de Minas-Novas. On peut le considérer comme le principal entrepôt des cotons qui s'expédient à Bahia, parce qu'il est le chemin de Conquista et seulement à six lieues de Tocayos, où les ballots, provenant de la récolte, s’'embarquent sur le Rio-Grande do Belmonte, Là on traverse d'abord l'Arassuahy; puis, plus au sud, le rio Piauhy. Dans la partie supérieure du cours de cette rivière, on exploite des carrières de diverses pierres précieuses, entre lesquelles on estime surtout les chrysobérils blanes, que la pureté de leur eau fait ressembler au diamant. C'est une contrée bien boisée et féconde, Après avoir franchi le Morro da
Agoada-Nova, on trouve à Quartel do Alto-dos-Boys un détachement de dragons chargé de protéger ce district contre les incursions des Botocudos. .
2 Dans les enirons de Tocayes, sur Les bords du Jiquitinhonha et près de l'ile aux Vins ({/ha do Puo), on voit quelques Machaculis, peuplade indigène, qui, comme les Malalis, les Monochos, les Macunis, évitent la rencontre des Botocudos , leurs ennemis acharnés, Ces Machaculis s'étaient d'abord établis à Caravellas, où l'on chereha à les fixer dans des exploitations agricoles ; mais, nonchalants comme le sont la plupart des indigènes américains, ils ne purent s'habituer à cette vie d'un travail constant et pénible, Hs prirent de nouveau la route de leurs forêts, et vinrent se fixer en {801 auprès de Tocayos, où on les retrouve aujourd'hui toujours indolents, toujours aussi peu résignés à une existence sédentaire.
Ces peuplades oceupent les bords du Jiquitinhonha ou Rio Grande do Belmonte, qui est le plus grand cours d'eau des Minas-Novas. Le Jiquitinhonha prend sa souree à peu de distance de Tijuco, au lieu appelé Pedra-Redonda, eUne devient navigable qu'à la hauteur de Tocayos, village distant de la mer de quatre-vingtseize lieues, Dans cette étendue, son cours est traversé çà et là par des barrages qui rendent la navigation difficile, et qui obligent à décharger les pirogues et même à recourir au portage par terre, H faut huit jours pour aller de San-Miguel à Belmonte où le fleuve à son embouchure , et dix-huit à vingt jours pour remonter de Belmonte à San-Miguel, La ville de Belmonte, située au confluent, est une bourgade chétive et ruinée, que fonda, il y a une soixantaine d'années, une tribu d'Indiens dont il ne reste aujourd'hui qu'un petit nombre, Cinquante maisons recouvertes en chaume, six cents habitants, une église, des rues tortueuses et obstruées par l'herbe qui y pousse, voilà ce qu'est Belmonte. Les habitants vivent presque tous de leur pêche.
De Belmonte à San-Miguel, le Jiquitinhonha traverse le pays des Botorudes, ce qui donnait jadis des inquiétudes pour la sûreté de cette navigation. Aujourd'hui cette inquiétude semble tout à fait dissipée:; San-Miguel lui-même est occupé par des Botocudos et forme une espèce de poste demi-portugais, demindien, Ce nouvel état de la contrée doit reporter (Uoë tard Fattention sur une colonisation qui promet les plus beaux résultats. De San-Miguel jusqu'à l'Océan, le pays est couvert de forêts vierges qui fourniraient du bois pour toute espèce de construrlions, La terre, grasse et féconde, produit abondamment le coton, le mais, le riz, La canne à sucre y réussit également, Quelques essais de cafés ont donné aussi d'excellents produits. San-Miguel est bâti sur la rive droite du Jiquitinhonha, Le village se compose d'une rangée d'habitations que domine une maison plus grande et servant de caserne au commandant et aux soldats de la division, Le paysage de San-Miguel est charmant, Le Jiquitinhonia, large et imposant , offre sur sa rive gauche des montagnes vertes et touffues, tandis que, sur sa rive droite et devant le village, se prolongent des terrains en bon état de culture.
De San-Miguel à Fanado où Villa-do-Fanado, la route se dirige à travers des catigas où croissent des cactus de formes differentes, On traverse ainsi une
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foule de petits postes composés souvent d'une seule maisonnette, jusqu à ce qu'on arrive au hameau militaire nommé Quartel de Fexeira. Comme le cours superieur du Jiquitinhonha est compté parmi les rivicres diamantines, et placé, comme tout le district des Diamants, sous une loi rigoureuse et spéciale, on à échelonné, de Tocayos à Quartel de Texcira, des détachements de soldats chargés de s'opposer à la contrebande des pierres précieuses. Ces soldats doivent empêcher qu'on ue cherche dans le lit du fleuve et à l'embouchure des rivières qui S'y jettent.
Au dela de Quartel de Texcira, nous primes sur la gauche pour atteindre Boa- Vista, Boa-Vista est un poste situé sur la rivière d'Arassuahy qui va se jeter dans le Jiquitinhonha, un peu au-dessous de Tocayos, On a tiré autrefois de Por du lit de cette rivière; mais, soit à cause de ses eaux profondes, soit faute d'esclaves, on a renoncé à ce genre de travail pour s'occuper d'exploitations agricoles. Des pierres précieuses, comme Îles chrysolithes, existent aussi dans le lit de cette nivicre; mais leur extraction présente les mêmes difficultés que celle de l'or, De Boa-Vista, on gagne Sucuriu, succursale d'Agoa-Suja. Sucuriu est située sur le penchant d'un morne au pied duquel coule une rivière de ce nom. Rien de plus Liste et de plus aésolé que l'aspect de ce village.
De Sucuriu à Chapada, la route, accidentée et pittoresque, rappelle les paysages suisses et Eroliens, Chapada est une bourgade vivante et peuplée, située <ur la route des caravanes qui se rendent à Rio-de-Janeiro, Elle se déploie sur la crête d'un morne allongé qui s'étend à peu près de lorient à l'occident, et qui est dominé luiamème de tous côtés par d'autres mornes formant comme un cercle autour du village, Jadis on y recucillait beaucoup d'or; mais de nos jours on a déserté ses lavages pour en chercher d’autres plus riches et plus productifs, Celui qui reste en exploitation à Batata, dans les environs de Chapada, à cependant des lilons très-beaux, L'or £+v présente en veines, tantôt épars jusqu'à la surface du sol, tantôt en morceaux qui pèsent jusqu'à onze livres.
Villa-do-Fanado, où Villa-do-Bom-Successo, qui vient ensuite, est située sur un plateau fortement convexe qui s'élève entre deux ruisseaux. La fondation de celle ville appartient encore aux Paulistos, qui ÿ passèrent en 1727 peur se rendre sur les Lords du rio Piauhy, dont on vantait beaucoup les richesses, Arrivés sur les bords du rio Fanado, ces aventuriers y trouvèrent beaucoup d'or, ce qui leur fit donner à ce cours d'eau le nom de Bom-Successo, On fonda d'abord sur ses rives un simple arrayal qui, le 2 octobre 1730, fut érigé en ville sous le nom de Filla da Nossa-Senhura do Bom-Successo; mais l'ancien nom à prévalu, cUaujourd'hui c'est encore Villa-do-Fanado,
Le pays de Minas-Novas, dont Fanado est la capitale, ne fut guère découvert et exploité que vers ce temps. I est borné au nord par ceux d'Urubu et de Rio-das- Contas, au Sud par celui de Villa-do-Principe, à l'ouest par celui de Barra, entin, à l'est par de vastes forûts et par les contre-forts de la chaine parallèle à l'Occan, Ce pays peut se diviser en quatre régions très-distinctes, celle des CATFASCOS,
élevée et froide, celle des catingus, propre à la culture des cotonnicrs, enfin colle
des compos, à plus chaude de toutes et la plus propice à l'éducation des bestiaux. Le tevmo de Minas-Novas peut avoir cent cinquante lieues de long sur quatrevingt-six de large; il comprend une population dont le chiffre n'est pas bien connu et qui varie, suivant les auteurs, de 20 à 60,000.
Dans l'origine, et le nom l'indique, ce pays était peuplé de mineurs et de laveurs d'or; mais depuis quelques années, les habitants ont reconnu que l'or n'était pas la vraie richesse de leur territoire, et ils se sont livrés à des cultures qui les indemnisent bien mieux de leurs travaux. Les paroisses de Fanado, d'Agoa-Suja, de Santo-Domingo, de Chapada, fournissent de magnifiques récoltes de cotons, que quelques manufactures locales commencent déjà à mettre en œuvre, Le peu d'or que l'on recueille encore dans le termo de Minas-Novas, et surtout celui de la rivière d’Arassuahy, est de la plus belle couleur; il arrive généralement au titre de 2% carats. La Serra Diamantine à déjà fourni beaucoup de pierres précieuses, et l'on croit que les veines n'en sont pas épuisées. Les petites rivières Calhao, Americanas et Junga présentent des aigues-marines d’un vert naissant ou d'un vert bleuâtre, des chrysolithes, des topazes blanches et quelques-unes d'autres couleurs, des grenats, des tourmalines rouges et vertes, enfin des pingas de agoa {goutte d'eau) qui imitent si bien les diamants, et qui ne sont que de petites topazes blanches, roulées dans les graviers des rivières.
L'air est pur, les eaux sont excellentes dans tout le termo de Minas-Novas. Jadis isolé de tout le Brésil, et situé à une grande distance dans les terres, ses communications sont devenues plus faciles de nos jours par la reconnaissance complète du cours du Jiquitinhonha, destiné à jouer un grand role dans le commerce des provinces qu'il baigne,
Voilà le tableau général des Minas-Novas, tel que des savants, MM. Auguste Saint-Hilaire, Spix et Martius et le prince de Neuwied, nous l'ont tracé. Le premier de ces voyageurs a parcouru celte contrée dans tous les sens, et c'est à lui que l'on doit les notions les plus comolètes, Dans un long séjour qu'il fit à Villado-Fanado, il poussa diverses reconnaissances aux environs, Outre les villes qui figurent dans notre itinéraire, il a visité Santo-Domingo, entouré des plantations les plus belles et les plus prospères que l'on puisse voir. Santo-Domingo, fondé en 1728 par des aventuriers paulistes, fut aussi, dans les temps de la découverte, un district aurifère, M, Auguste Saint-Hilaire à visité encore Agoa-Suija sur les bords de l'Arassuahy. Comme Santo-Domingo, comme vingt autres postes, Agoa-Suja a été bâtie par des chercheurs d'or. Les habitants construisaient des digues pour ressorrer les eaux de l’Arassuahy, puis lavaient le sable aurifère de fa partie du ruisseau restée à sec, Aujourd'hui, la seule occupation des naturels, est la culture des terres,
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