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de Solis qui parut sur cette côte en 1509, accompagné du célèbre pilote Pinson. Solis y revint encore en 1515, par ordre du roi de Castille, avee mission de chercher un passage aux Grandes-Indes par le sud de l'Amérique; mais £a navisation n’alla pas plus loin que la rivière de la Plata, qu'il nomma Sois, I périt sur cette côte, massacré et, selon les historiens, dévoré par une peuplade d'anthropophages.
Vers cette époque on conçut l'idée de fonder sur cette terre des établissements plus stables. En 1516, Christovâo Jacques entra dans la baie de Tous-les-Saints avec une escadre de caravelles, y rencontra deux navires français qui s’y trouvaient à l’ancre et s’en empara; puis, pour faciliter aux Portugais l'exploitation du bois de teinture, il établit un comptoir sur le canal qui sépare l'île d'Itamarica du continent.
En 1526, un Portugais au service de l'Espagne, Diego Garcia, mouilla, à son tour, dans la baie Saint-Vincent, se rendit ensuite à peu de distance des bouches de l’Uruguay, où il rencontra les navires de Sébastien Cabot, revêtu par Charlvs- Quint de la charge de pilote de Castille, avec la mission de se rendre d'Espagne aux îles Moluques, en tournant la côte de l'Amérique par le S.
Cependant, vers 1531, la célébrité des colonies de l'Espagne ayant fait craindre au Portugal que cette puissance rivale n'empiétât sur les droits que lui avait crévs le partage d'Alexandre VE, Jean IE se décida à envoyer vers le Nouveau-Monde une flotte imposante sous la conduite de Martin Alfonso de Souza. De Souza reconnut le cap Saint-Augustin, longea tout le rivage, vint mouiller dans la baie de Tous-les-Saints, relàcha à Porto-Seguro pour s'y ravitailler, pénétra pour ia première fois dans la baie de Sainte-Lucie, dont il changea le nom en celui de Rio-de-Janeiro (Fleuve de Janvier), remonta la côte américaine jusqu'à Saint Sébastien où florissait déjà une factorerie, visita Rio de la Plata et la baie dos Santos, et enfin ne quitta ces parages que lorsque la puissance portugaise S'Y trouva complétement établie, Tout lui réussit dans cette expédition, sauf un essai de renonnaissance intérieure. Une centaine d'hommes envoyés à la découverte furent massacrés par les Indiens Carijos.
Quelques combats avec des aventuriers français marquèrent encore cette première phase de l'occupation, Quand les Portugais se furent assuré la jouissance paisible des divers postes, ils songèrent à organiser politiquement la contrée ; ils la divisèrent en capitaineries qui furent données à titre de ficfs aux grands vassaux de la couronne. Les neuf premiers donataires, d'après l'historien Jean de Barros, furent : Jean de Barros, Coclho Pereira, Francisco Pereira, Figueredo Correa, Campo Tourinho, Fernandez Couthino, Pedro de Goes, Martin Alfonso de Souza et Lopez de Souza. Ces concessions n'eurent d'abord qu'une valeur précaire et nominale, la plupart des capitaineries ne se trouvant pas même limitrophes; mais peu à peu on se rapprocha, on s'aida, on se secourut. Des défrichements eurent lieu ; et, comme la main-d'œuvre indigène faisait défaut aux conquérants, on tira des nègres des côtes de la Guinée, San-Salvador, aujourd'hui Bahia, fut bâtie; on
conquit sur les peuplades indigènes le cerritoire qui l'entourait. Ce fut dans cctte ère de progression qu'une expédit‘on française se présenta sur ces parages ; elle était commandée par Durand de Villegagnon, Ce chef d'escadre huguenot parut à Rio-de-Janeiro, y construisit une citadelle qui aujourd'hui encore conserve son nom, et y jeta les bases d’un établissement considérable. Malheureusement la morgue du nouveau chef et des dissensions intestines arrêtèrent dans ses débuts cette colonie naissante, Le troisième gouverneur du Brésil, aidé des missionnaires Nobrega et Anchieta, vint à bout, en 1566, d'expulser les Français du sol qu'ils avaient conquis et de s'emparer du fort Villegagnon, leur dernier point de défense. Une autre colonisation tentée sur l'île de Maranham se présenta d’abord sous des apparences plus prospères; mais bientôt les Portugais, ayant réuni toutes leurs forces sur ce point, pressèrent avec tant d'opiniâtreté la petite garnison française, qu'elle fut obligée d’évacuer ce second poste et d'abandonner le Brésil à ses premiers possesseurs. Plus tard, pourtant, lorsque la France eut une injure réelle à réparer à Rio-de-Janciro, le brave Dugay-Trouin effaça en un seul jour de victoire éclatante cette série de revers et de défaites.
Les Français ne furent pas les seuls qui disputérent au Portugal la possession de ce riche territoire. La Hollande dirigea contre lui des expéditions plus formidables et plus heureuses. Sous Philippe IV, une flotte batave s'empara de Bahia ; mais, assiégés dans la ville conquise, désunis entre eux et incessamment harcelés, les vainqueurs furent bientôt obligés de capituler. Plus tard, en 1630, les Hollandais firent encore une descente sur les côtes de Pernambuco, s'emparèrent tour à tour d'Olinda et du Récif, s'y fortifièrent, empiétèrent peu à peu sur la contrée environnante, et occupèrent tout le cours du rio San-Francisco jusqu'au Maranham. Cette occupation dura jusqu'au règne de Jean IV, qui reconquit le Brésil tout entier sur les Hollandais, et en fit une des puissantes annexes de son royaume d'Europe.
Ce fut alors qu'on organisa la colonisation d'une manière durable et réelle. Le système colonial avec ses restrictions y fut bien mis en vigueur ; mais il ne s'y présenta point d'abord avec les accessoires funestes qui l'accompagnaient dans les diverses colonies espagnoles. Ce ne fut que peu à peu, et à la suite d'un système de monopole de plus en plus actif, que le commerce local se perdit dans le commerce de la métropole, et se vit contraint de devenir son esclave. Fermé aux élrangers, le Brésil s'épuisait pour enrichir quelques négociants de Lisbonne. Ses habitants marchaient sur du fer ; et, sous peine d’aller périr sur les côtes de Guinée, ils étaient obligés de demander au Portugal des instruments aratoires ; avec de vastes salines sous Ja main, il fallait demander du sel à des compagnies européennes qui le maintenaient à un prix exorbitant.
Ce système n'était pas seulement, pour le Brésil, un principe de désunion, c'était encore un principe de ruine, Pour conserver son influence sur de puissantes provinces, le Portugal les divisait entre elles et leur créait des intérèts distincts. Chaque district avait sa ligne de douanes, sa milice, son despote, sa
nature et sa qualité d'impôts. I n'existait point de Brésil, mais seulement une multitude de provinces brésiliennes, sans unité, sans cohésion.
Voilà où en étaient les choses, lorsque, en 1808, parut, au Brésil, Jean VI, chassé du Portugal par les Français. Devant cet événement inattendu {tomba une portion du système colonial, Le Brésil ne fut plus une dépendance de la métropole ; ce fut un État, ce fut un empire plus puissant que le royaume européen. On ouvrit les ports à l'étranger, on modifia les restrictions imposées à la production locale; on émancipa, dans une certaine mesure, l'agriculture et le commerce.
Malheureusement toutes ces réformes se firent avec précipitation, sans unité, sans homogénéité. Le comte de Linharès, premier ministre, avait des idées saines et utiles, mais il voulait trop faire, trop innover à la fois. Entouré d'empiriques qui ne voyaient que la théorie d’une réforme, il bâtissait au hasard des plans qui n'avaient aucune chance de réalisation, et négligeait ceux qui auraient pu être facilement réalisés. Aussi le bien produit à cette époque fut-il stérile, et il devait même plus tard aboutir à un désappointement complet. Quand Jean VE quitta le Brésil pour retourner à Lisbonne, la somme du mal l’emportait sur celle du bien,
Après son départ se réveillèrent les jalousies de capitainerie à capitainerie, et le nouveau souverain, D. Pedro, nommé empereur constitutionnel du Brésil, ne put parvenir, malgré sa fermeté et sa bienveillance, à neutraliser toutes les haines, à calmer toutes les rancunes. Entouré de ministres incapables ou intrigants, il ne sut pas toujours se défendre de leur influence ct de leur mauvais vouloir.
Sous le nouvel empereur, le Brésil ne fut ni tranquille ni heureux. La guerre impolitique et désastreuse du Rio de la Plata, les pirateries de Cochrane, les révoltes de quelques provinces, contribuèrent à maintenir la contrée dans un état de trouble et d'incertitude, Un esprit de division tourmentait sourdement les provinces et semblait devoir aboutir à leur fractionnement politique. En vain, quand il eut épousé une jeune princesse allemande, issue des Beauharnais, D. Pedro voulut-il rétablir sa popularité par une tournée pompeuse dans la province des Mines. Cette démonstration d'apparat manqua complétement son but. Dès ce jour, poussé par des conscils maladroits ou par des partis exigeants, il ne fut plus le maitre de la position, et à quelque temps de là il était obligé de se retirer devant une insurrection devenue toute-puissante, Il quitta le Brésil le 13 avril 1831, léguant à son jeune fils, D. Pedro IL, un trône bien chancelant.
Sitôt après l'abdication de D. Pedro, le parti monarchique nomma une régence qui devait gouverner l’État durant la minorité du jeune empereur. Le parti de l'opposition se fractionna en ce sens, que les uns voulaient que la république fût immédiatement proclamée et que les autres prétendaient que le Brésil n'était pas encore assez préparé à recevoir cette forme de gouvernement.
Plusieurs provinces se soulevérent, notamment Rio-de-Janeiro, Fernambouc, Maranham et Para. À Bahia, les révoltés s'emparèrent du pouvoir et proclamérent
l'indépendance de cette province. Dans celle de Rio-Grande du sud, la lutte se prolongea jusqu’en 18#4. Partout il se passa des scènes de violence horribles.
L'un des hommes le plus influents du Brésil, le père Feijo, ministre de la justice, fut nommé régent; mais voulant gouverner sans même recourir à l'assistance des Chambres, il fut dans la nécessité, en raison de l'opposition que ses prétentions soulevaient de toutes parts, de se démettre de cette haute fonction, et le pouvoir passa entre les mains d'Aranjo Lima qui représentait le parti rétrograde. Dans ces entrefaites, l'époque de la majorité politique de D. Pedro I! fut avancée ; il fut installé au pouvoir en 181.
Deux partis divisent le Brésil; l'un, qui correspond au parti tory d'Angleterre, a pris la qualification de Saqguarema, Au nom d’une contrée où le ministre Rodrigues Torres avait une propricté ; l’autre parti, qui représente les whigs, tire son nom de Santa-Luzia, d'un village où les libéraux, à la suite d’une affaire sanglante, furent mis en déroute par leurs adversaires politiques. Les Santa-Luzius ont gardé le pouvoir jusqu’en 1848. Comme de raison le parti Saguarema lui a succédé. On doit à ce cabinet d’avoir proposé, en 1850, une loi contre la traite des noirs qui a reçu l'approbation presque générale des Brésiliens. Nous parlerons de la rupture entre le Brésil et la confédération Argentine, quand nous nous occuperons de l'historique de cette dernière, afin de traiter la question dans une seule partie de ce livre.
Dans ses limites actuelles, le Brésil s'étend des bouches de l'Oyapock par #° de lat. N. jusqu’au delà du Ric-Grande-do-Sul par 34° 30/ de lat. australe, et du cap Saint-Roch sur l'Océan Atlantique par 37° jusqu’à la rive droite de Yavari, un des affluents de l’Amazone, par 71° 38 de long. O. Ainsi, la plus grande longueur du Brésil est de 930 lieues; sa plus grande largeur de 825, et sa surface de 385,485 lieues carrées, c'est-à-dire près de la moitié de l'Amérique du Sud. Sa forme est celle d’un triangle irrégulier ; il confine au S. E. et au N. E, avec l'Océan Atlantique , au N. avec la Guyane française et avec la Guyane espagnole ; à l'O. avec les républiques Colombienne et Péruvienne et avec les provinces du Rio de la Plata. Cette étendue de 1,000 lieues de côtes offre une foule d’excellents ports et de magnifiques baies. À part les écucils des Abrolhos, qui sont trèsconnus des navigateurs, la côte est presque partout accore et sûre,
Peu élevées, les montagnes du Brésil séparent le plateau de l'Amazone de celui de la Plata. Les affluents de droite du rio de Madeïra , l'un des principaux tributaires de l'Amazone, sont le Topayo, le Xingu ct d'autres torrents du plateau de Parexis, d'où coulent le Paraguay et ses affluents supéricurs de gauche. La plupart de ces affluents sont aurifères, Du noyau des montagnes et des plateaux de l'intérieur, on voit couler au N, le Tocantin, au S. le Paranal et l'Uruguay, le rio de San-Francisco , l'un des plus grands cours d’eau du Brésil et lui appartenant presque exclusivement, De Bahia à Rio-de-Janeiro, on rencontre le Rio-Grande et le rio Doce, sans compter une foule de cours d'eau moins importants. On louve beaucoup de lacs dans le Brésil, mais ils sont peu considérables.
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Le granit constitue la majeure partie des montagnes brésiliennes: le calcaire sy trouve en beaucoup d'endroits. J'ai parlé des richesses minérales du Brésil, de ses lavages d'or et d'argent, Le règne végétal n'est pas moins riche. On a vu combien d'espèces nouvelles de plantes recélaient dans leurs profondeurs ces forêts vierges où l'homme n'est entré qu'à peine, Le règne animal n’a ni moins de luxe ni moins de variété. On a vu ses oiseaux sans nombre, ses serpents, ses alligators, ses insectes aux mille couleurs, ses mammiféres, ses poissons.
Le Brésil, à l'époque du système colonial, n’était accessible qu'à des Voyageurs missionnaires; aussi resta-t-il longtemps assez mal connu. C’est seulement depuis 1808 que des explorateurs des nations les plus éclairées du globe semblent sy être donné rendez-vous. Maw, Koster, le prince Maximilien de Neuwied, le baron d'Eschwege, Auguste Saint-Hilaire, Spix et Martius, Walsh, de Raigecourt, d'Orbigny, et une foule d’autres, ont tour à tour apporté le flambeau des sciences naturelles sur cette contrée si riche dont on ne fait guère encore que soupçonner les richesses,