CHAPITRE XXVII
RÉPUBLIQUE ARGENTINE. — PROVINCES DE CORRIENTES ET D'ENTRE-RIOS RÉPUBLIQUE ORIENTALE DE L'URUGUAY.
Enchanté d'avoir visité le Paraguay, je l'étais encore plus d'en être sorti : j'avais vu l’Assomption, la première capitale de l'Amérique espagnole dans ces contrées : le principal objet de ma curiosité était maintenant Buenos-Ayres, qui l'avait remplacée à ce titre, dans ces mêmes colonies tourmentées par tant de révolutions. Mais avant de parcourir les provinces iméridionales, i! me restait cucore à faire quelques excursions dans le nord, et au risque de me perdre dans les jones de la province de Corrientes, au risque de me noyer dans ses marais, je résolus d'en parcourir les parties les plus importantes.
Mon plan de voyage dans l’intérieur n'était pas encore bien arrèté ; et comme les habitants du pays étaient les plus capables de fixer mes doutes à cet égard, je m'adressai à l’un d'eux, pour lequel on m'avait donné des lettres de recomimandation : «Seigneur Français, me dit-il, si vous voulez voir ce qu'il ÿ à de micux dans le pays, je ne connais qu’une route à suivre... ©est celle du nord, presque parallèle au Parana , jusqu’à la frontière la plus orientale de la province, en passant par le pueblo (village) de Guaycaras, où vous verrez, au milieu de petits lacs, une trentaine de maisons, reste de l’ancienne mission fondée là par les j'suites, en 1588, et définitivement ruinée par ce maudit Artigas, Vous passez de I par ce que nous appelons {as Ensenudas (baics ou golfes), terrains qui forment une commandacia, et qui sont remplies de petits lacs, où l’on doit Vous pr'évenir qu'il ÿ a beaucoup d'yacarés (caïmans), comme, au reste, dans tous ceux de ce pays-ci, à telles enscignes qu'aux environs de Caacaty, on en à tué der. uièrement plusieurs milliers en moins de quinze jours, à la suite d'une chasse qu'on à faite par ordre de Son Excellence le gouverneur, En passant ensuite par San-Cosme, éloigné de onze lieues de Corrientes, et chef-lieu de la commandancia de las Ensenadas, vous arrivez à [taty, sur le Parana. Les environs de ce village sont assez beaux ct assez riches; mais, fondé, à ce qu'on m'a dit, par les jésuites, en 1588, ct jadis très-florissant , tant qu'ils l'ont administré, il est aujourd'hui tombé dans la plus extrême misère, Vous traversez ensuite plusieurs endroits, cuire autres Iribucua, situé sur les falaises qui bordent le fleuve et du haut desquelles on à une vue magnifique, chose à laquelle, vous autres Français, vous attachez beaucoup d'importance; et vous atteignez enfin Barranqgueras (les falaises), hameau situé aussi au bord du Parana, dernier lieu habité de la province, Là, devra finir votre voyage, à moins que vous ne vouliez pousser jusqu'à laguna d'Ybera, encore éloignée de plus de quinze lieues, en gagnant Yatcbu ou Loreto, premier village des anciennes Missions. Pour atteindre la lagune, il faut encore
aller jusqu'à Sux-Jose-l'ue, sur la rive occidentale, C'est de ce côté qu'est l'ancien chefdieu des estancias des jésuites. Quant au retour, continua-t-il, un assez joli tour à faire serait de revenir, en rebroussant chemin, de Loreto à San-Miguel: puis, traversant le rio de Santa-Lucia à Serdon, presque en face de Caacaty, vous seriez bientôt à ce bourg, ctlà...» Un inconnu, que je sus depuis être un Français, et auquel j'avais jusque-là fait peu d'attention, interrompit le Correntino en disant : «Vous savez que je dois aller à ma ferme du Yataity-Guazu, pour la récolte du tabac; et, de à, à San-Roque pour les cuirs que j'ai vendus l'année dernière à Alonzo Garcias ; je serais enchanté de faire ce voyage en la compagnie de Monsicur, » Puis, se tournant vers moi : «Mon cher compatriote, continuat-il, que dites-vous de ma proposition? Vous voulez voir des esteros, des bañados, des cañadas, des rios... Si mon offre vous agrée, je vous en montrerai tant et tant, sans nous déranger de notre route, que vous en aurez bientôt par-dessus la tête. Je pars après-demain. »
Le surlendemain, de très-bonne heure, après avoir remercié celui à qui je devais une si bonne fortune, je traversais à cheval, avec M....., le pantano, où marais d'une demi-lieue de large qui entoure presque toute la ville de Corrientes, et qui en rend les abords assez difficiles. «El n’y a qu'une route directe pour San- Roque, me disait mon compatriote en cheminant, et ce n’est pas celle que nous suivons; car celle-ci nous mène à Caacaty, premier terme de notre voyage. Quand on veut se rendre d'abord à San-Roque , on se dirige vers le S., presque parallèlement au cours du Parana, à travers las Lomas, canton formé de petites collines, les seules montagnes de cette contrée, et couvert de jolies maisons isolées, où l’on cultive la canne à sucre, le manioc et le maïs. De là, passant le Rachuel, petit affluent du Parana, on arrive à des plaines sèches et couvertes de bestiaux, où l'on peut chasser à son aise les cerfs et les ñandus ou autruches américaines, que vous avez vus plusieurs fois sans doute. On passe ensuite la Cañada «del Empedrado (marais de l’'Empedrado }, et la rivière du même nom, ainsi appelée à cause des pierres dont son lit est tapissé; puis un autre rio, puis celui d’11brosio, sur les bords duquel il n’est pas fort commode de se trouver avec de lourdes charrettes, à cause des vases dont ils sont remplis. Viennent ensuite les £s/as (les îles), groupes d'arbres répandus sur une campagne rase entrecoupée de lacs d'une eau limpide que couvrent des milliers de canards, et l’on arrive enfin au bord de la Cañada de Cebollas, où marais des Oignons, très-profonde et de trois lieues de largeur, qu'il faut pourtant bien traverser en ayant de l’eau fort souvent jusqu’à la sangle du cheval. On arrive enfin au rio de Santa-Lucia, bordé de palmiers carondaïs au feuillage en éventail, et, quand on a franchi cette rivière, dont le passage s'effectue ordinairement en pelota, on est à San-Roque, que vous verrez, mais où nous arriverons par une autre route. »
Mon compatriote parlait encore, quand nous atteignimes la Laguna Brava (le mautais Lac), rendue fameuse par la (radition d'une charrette à bœufs entraînée par le diable même dans les eaux, d'où l'on entend encore parfois les beuglements
de l'attelage, Passant bientôt le Aiachuelito, nous arrivâmes à las Galarzas, que mon compagnon me dit être le premier des cinq postes ou puestos, espèce de succursales d'estancias, que nous devions trouver sur notre route avant d'entrer à Caacaty. Ave, Maria!» cria-til en frappant à la porte d'une pauvre cabane couverte en paille. « Sin pecado concebida, » répondit une voix de l'intérieur. La porte s'ouvrit, et je vis un homme d'un certain âge, mi-guarani, mi-cspagnol, avec des cheveux pendants et un teint couleur de suie. « Pepilo, mon ami, je vais à Caacaty. Le seigneur français et moi nous venons prendre le maté chez vous. — La bendicion, señor,» dit l'homme en se tournant vers moi. « La tiene V. para siempre, » répondis-je; et le mème cérémonial accompli pour deux ou trois enfants, garçons ou filles, un vieux père et une femme de moyen âge, la connaissance était déjà faite. Nous nous assimes sur des cornes de bœuf; nous primes le maté, sans pain; nous bûmes du lait, repas magnifique chez les paysans de la Maloyà, et la siesta faite sur un cuir de bœuf, nous nous remîmes en route, Nos chevaux trébuchaient à chaque pas, quelquefois même il leur fallait nager, dans un marais de trois cents lieues de supertficie, planté de grands joncs, dont une espèce particulière, tranchante comme un rasoir, coupe impitoyablement les jambes, quand on n'a pas eu la précaution de les envelopper de cuirs. Là des cerfs petits et grands, des taons, des moustiques sans nombre dans les grandes chaleurs, et surtout en janvier, le mois le plus chaud de l'année. Au milieu de tout ccla, Lois ou quatre estancias plus où moins bien fournies, dont les habitants, toujours dans l'eau , nourris seulement de viande sèche ou d'oiseaux aquatiques, disputent sans cesse leur vie aux jaguars.. Enfin nous atteignimes Caacaty. J'étais brisé de fatigue ; mais le bienveillant aceucil que nous firent les habitants du bourg, tous anis de mon patron, m’eurent bientôt complétement restauré.
Le bourg de Caacaty (bois puant), fondé en 1780, n’est pas peuplé d'Indiens comme les autres, mais d'Espagnols et de descendants d'Espagnols. I n’y a pas plus de sept à huit cents habitants; tous sont du sang le plus pur, presque tous parents, el vivent dans la plus intime union. Politiquement, c’est un des points les plus importants de la contrée, et, sans contredit, la première de ses commandancias, réunissant toutes les autorités possibles, puisqu'on y trouve un chef militaire, un alcade, des juges annuels élus par le peuple, un curé et un vicaire, Il est aussi des mieux partagés sous le rapport commercial, comme entrepôt, puisqu'il est distant seulement de trente lieues de Corrientes. Situé, d'ailleurs, dans le canton le plus fertile, qui s'étend entre la Maloya, à gauche , et le rio de Santa-Lucia, à droite, il renferme plusieurs pueblos, San-Antonio de Burucujà, qui tire son nom du grand nombre de grenadilles qu'on y trouve, Bella- Vista el Santa-Lucia, près du confluent de la rivière de ce nom. Tous ces villages, pour se changer en villes opulentes, n’attendent peut-être que les bienfaits d’une politique plus habile et plus conforme aux besoins de l'homme social au xx" siècle, Au milieu de cette demi-civilisation, dont une localité relativement importante me présentait la piquante image, je fus frappé surtout de la cordialité, de la
franchise et de l'hospitalité des habitants de la campagne dans tout le nord de la république Argentine,
* Mon compatriote, occupé de ses affaires dans le bourg, me laissa plusieurs jours à mes observations. La veille de notre départ, un des principaux habitants nous donna un grand festin où figurèrent un cochon rôti tout entier, une tête de bœuf aussi entière, du maïs sous toutes les formes, avec les grains grillés de la mème plante, en guise de pain; du fromage partout; un grand pot de lait au dessert, passant de main en main autour de la table, et la soupe ou locro, servie à peu près au milieu du repas. Le soir, grand concert, où nous entendimes un orchestre presque complet composé d'Indiens, qui exécutaient plusieurs airs nationaux avec des instruments de leur façon ; et, entre autres, un vieil aveugle qui jouait, avec autant d'âme que de précision, d'une espèce de double flûte en roseaux. Ainsi, la musique avait un empire dans un petit bourg ignoré du Nouveau-Monde, au sein de sauvages marais!
En partant de Caacaty, nous nous dirigeâmes vers le S., et nous arrivämes bientôt à la ferme de Tacuaral (bois de bambous). J'admirai là quantité de ces immenses bambous qui n'ont pas moins de trente pieds de haut, et qui s’emploient surtout à faire la mâture de quelques légères embarcations destinées à la navigation du Parana. On s'en sert aussi pour des échafaudages, pour couvrir les toits, pour construire certains radeaux dits angadas, qui, à certaines époques, transportent des marchandises de Corrientes à Buenos-Ayres.
Enfin nous arrivämes à Yataitu-Guazu (grand bois d'yataïs), bourg charmant, dont les environs sont couverts et parés de magnifiques palmiers yatais, à la touffe arrondie, d’un vert bleuâtre, ct aux longues feuilles courbées en jet d'eau. Mon compatriote était chez lui. Il me fit les honneurs de ses domaines en propriétaire aussi entendu que discret. Il me montra d'abord sa maison, couverte, comme toutes les autres, en feuilles de palmier et divisée en deux corps de logis, l'un servant d'habitation au maitre et à sa famille, l'autre renfermant les magasins et les cuisines. Il y avait dans la cour une grande ramada, sorte de treillis élevé d’une vingtaine de pieds au moyen de quatre perches. On y arrive par une espèce d'échelle, et toute la famille y couche, dans les grandes chaleurs , à la belle étoile, sur des cuirs de bœuf, pour se préserver des moustiques qui ne s’élévent qu'à une médiocre distance du sol. Mais les objets les plus intéressants de mon exploration furent les cultures locales, auxquelles M... donnait d'autant plus de soin, que ce sont les articles les plus importants du commerce de la province, Je veux parler du tabac et de la canne à sucre. On fait de cette dernière, en la réduisant en sirop, une espèce de mélasse appelée miel de caña, qu'on aime beaucoup à Buenos-Ayres, où l’on en consomme une quantité considérable. On en fabrique aussi, par la fermentation et par la distillation, une eau-de-vie de caña, liqueur fort capiteuse et fort estimée de toutes les classes. Quant au tabac, que les Guaranis appellent péti, il se cultive dans toute la province. Un champ de tabac se
forme souvent de terrains d'abord couverts d'yatais, qu'on a coupés et dont on à è
enlevé les troncs. Il suffit de labourer légèrement le sol ainsi dégagé et d'y semer les graines du tabac. Quand elles ont atteint de cinq à six pouces, on les plante en ligne, et, pour être bonne à cucillir, il faut que chaque feuille ait de dix à douze pouces de long et commence à devenir jaune. On réunit alors ces feuilles en sartas, où faisceaux de six, qu'on fait sécher par divers moyens, et surtout en les suspendant sur des cordes sous des hangars disposés pour cet usage ; puis on prend plusieurs de ces liasses, on les lie ensemble par les extrémités et par le milieu, de manière à leur faire prendre une forme cylindrique acuminée aux deux bouts : on en forme ce qui s'appelle un 1430 (une carotte). Dans cet état, on les transporte à Corrientes, par charretées; et, de là, à Buénos-Ayres, où elles passent dans le commerce sous le nom de {abac du Paraguay. Le gouvernement espagnol s'en était réservé le monopole depuis 1748, et le commerce n'en était alors que peu productif; mais, devenu libre depuis l'émancipation, il est maintenant très-florissant.
Après quelques jours passés chez mon hôte, nous partimes , sans autre délai, pour le rincon de Luna, estancia située beaucoup plus au S. Nous longeïmes d'abord le rio de Santa-Lucia, jusqu'à un poste dit Aguirré, où il nous fallut traverser celte rivière ou plutôt les marais qui la constituent dans cette partie. Mon guide en prit occasion de m'expliquer cette singulière hydrographie, dont j'avais sous les yeux le premier exemple un peu frappant. « Le cours de toutes nos grandes rivières, me disait-il, et même celui d'un grand nombre de nos petites, se forme de marais remplis de jones ou esteros, ayant, à droite et à gauche, des bañados ou plaines rases couvertes aussi de plantes aquatiques et inondécs aux temps des pluies; de sorte qu’il n’est pas rare de trouver ici des rivières qui, sans être navigables, ont pourtant souvent de deux licues et demie à trois lieues de large, et qu'il faut passer sans ponts ni bacs, comme nous faisons celle-ci, ayant de l’eau jusqu'à la sangle du cheval. En traversant tour à tour des marais, des forêts d'yatais, puis le Batelito (petit Batel), l'un des bras inondés du grand, et entre lesquels se trouve le rincon de Luna, nous finimes par arriver, au milieu de belles plaines herbeuses, à l'habitation de ce rincon, en passant par sa capilla, où chapelle, bâtie par les jésuites, les premiers propriétaires de l'établissement, La richesse du lieu consiste en six mille bêtes à cornes, tant vaches que bœufs et taureaux, deux cents chevaux et huit cents à mille bêtes à laine, J'étais étourdi de tout ce mouvement, et je m'en expliquai à mon guide. « Gardez votre surprise pour le Midi, me dit-il; ce n'est ici qu'une toute petite estancia, Vous en verrez près de Buénos-Ayres qui comptent jusqu'à trente, soixante mille têtes de bétail, et qui encore n'ont rien de fort extraordinaire; car il y en a beaucoup qui en ont jusqu’à deux cent mille, »
Le rincon de Luna dépend de la commandancia du Yaguarétécora, dont le cheflieu est situé à quelques lieues au N. E. du rincon, entre le Batel et l'Ybera, et tire son nom, le Pare du Jaguar, de l'immense quantité de ces animaux qui s'y trouvent, ce qui explique facilement sa situation en des lieux à la fois maréca-
geux et boisés, leur résidence habituelle. Le titulaire de cette commandance, l'un des plus fameux /aceurs du pays, se trouvait alors au rincon | en visite ou en tournée ; et l'occasion était des plus favorables pour recueillir ct résumer les notions les plus précises possible sur le tyran des déserts américains. Le yrguarété, le jaguar (felis onca, Lin.), que les Espagnols appellent £igre, présente, à peu de chose près, les caractères extérieurs de la panthère d'Afrique, quant à la couleur ct à la forme des taches dont son pelage est orné. On le dit tout à fait indomptable , plus féroce que le lion d'Amérique ou puma (couguar ) et plus fort que lui, au point de pouvoir trainer jusqu’à sa retraite un cheval ou un taureau tout entier, et même traverser une rivière chargé de sa proie, car il est excellent nageur. Il se nourrit, quand il ne trouve pas mieux, des poissons qu'il pêche la nuit, en laissant tomber dans l’eau sa salive, qui lui sert à les amorcer ; il les tire avec sa patte, pour les rejeter par derrière lui sur le rivage. Il est, assure-t-on, absolument inaccessible à la crainte. Le nombre de ses ennemis peut l’étourdir, mais l’effrayer, jamais, quand une fois il est animé ou qu’il a faim; car, dès que son appétit est satisfait, il n’attaque plus aucune espèce d'animaux, ni petits ni grands. On assure qu'il a quelquefois poussé l'audace jusqu’à monter, de nuit, sur le pont des bâtiments naviguant sur les grands fleuves. Le commandant du Yaguarctécora était trop en fonds d’anecdotes sur ce sujet pour laisser tomber la conversation ; mais il ne s’en tint pas là, et après nous avoir raconté, en rival! généreux , les exploits d'un Portugais du Parana, qui braverait, dit-il, tous les yaguarétés du monde, avec son couteau dans la main droite, et sa peau de mouton roulée autour du bras gauche , il nous proposa de nous donner le spectacle d'une chasse au jaguar en règle, pour laquelle il était en mesure, ayant amené avec lni quelques-uns des meilleurs tigreros (chiens chasseurs de tigre) de sa résidence, auxquels plusieurs des personnes présentes joignirent les leurs.
Dès le lendemain matin, de très-bonne heure, nous étions en chasse, lui, le capaluz où maitre berger du rincon , mon compatriote, moi et plusieurs peones ou domestiques de l’estancia , tous bien montés et armés jusqu'aux dents. Nous nous dirigeâmes au $., vers un fourré des plus sauvages. A peine eûmes-nous fait un quart de lieue, que nos chevaux s’arrêtèrent tout court, dressant les oreilles et faisant tous leurs efforts pour reculer; signe certain de ce que le commandant appelait une rencontre des plus heureuses. En effet, il se leva bientôt, du milieu des hautes herbes, à une très-médiocre distance des plus avancés d'entre nous, un jaguar femelle, entouré de quatre petits, dont il semblait vouloir couvrir la retraite, L'intrépide commandant, piquant des deux, s’élança contre l'animal! malgré la résistance de son coursier, en faisant tournoyer autour de sa tête son lazo tendu , et enlaça, en un clin d'œil, l’un des petits jaguars; et, faisant force sur l’arçon de sa selle, l'entraîna loin de sa mère, que les chiens entouraient dé;à à quelques pas de distance et la tenaient ainsi en arrêt. La bête, dont la fureur s'était accrue par l'enlèvement de son petit, poussait des rugissements épouvantables. Déjà, deux des plus jeunes tigreros avaient payé de leur vie, sous la griffe
du monstre, l’imprudence d'avoir franchi le cercle que ne passent jamais les tigres ros plus expérimentés; et la scène, une fois ensanglantte, prenait un carartire de moment en moment plus sérieux. L'un de nos meilleurs cavaliers venait d'être désarçonné par son cheval épouvanté, et gisait tout froissé à quelque distance, quand le jaguar, s'élançant contre le coursier, lui mit une patte sur la crinière, de l'autre lui saisit les naseaux, lui tordit le cou en moins d’un instant, et l'étendit sans vie à ses pieds. I n’y avait pas une minute à perdre. On éloigna en toute hâte le pauvre diable qui, heureusement, avait eu plus de peur que de mal. On serra de plus près la bête ; on lui lâcha, presque à bout portant, quelques balles, dont une enfin l'étendit par terre; et, déjà sans vie, elle semblait menacer encore. C'était un spectacle horriblement beau; mais je crus reconnaitre que les plus déterminés chasseurs n’abordent pas sans des craintes très-fondées ce redoutable adversaire, dont la taille et l'énergie seraient, au besoin, l’une des preuves de l'erreur des naturalistes, qui ont cru la nature animale inférieure en Amérique à ce qu’elle est dans les autres continents.
Mon compatriote et moi, nous partimes pour San-Roque, le lendemain de ce bel exploit de chasse, qui dut faire bruit dans le pays; et, traversant le Batelito, puis une plaine remplie de lacs et d’yatais, nous atteignimes enfin San-Roque, bourg fondé vers le milieu du xvin* siècle, et présentant, comme Caacaty, une place alongée, sur l’un des côtés de laquelle se trouve l’église. Je n’y fis pas un très-long séjour ; et cependant, quoique fort bien reçu, grâce à M....., je dus reconnaître , au ton et aux manières des habitants, déjà pleins de morgue et de fierté, que je me rapprochais du midi. J'y fus surtout scandalisé de la fureur avec laquelle on y passe, dans toutes les classes, la meilleure partie du temps à jouer au »onte; fureur telle que, pour assouvir cette déplorable passion, un Correntino de San-Roque jouerait, je crois, tout ce qu'il possède, sa femme, ses enfants, lui-même et son cheval, ce qui est peut-être plus dire encore. Si donc, à San- Roque ou dans les environs, on ne voit jamais d'ivrognes, il n'est pas rare d'y voir des gens s’escrimer du couteau, pour rttablir entre eux l'équilibre de la fortune; et cela, surtout, parmi la classe des bergers, la plus grossière de toutes, accoutumée dès son enfance à se livrer sans scrupule à toute la violence de ses passions,
Je venais de visiter avec intérêt cette province de Corrientes qui s'étend au S. de San-Roque, jusqu'au rio Guayquiraro ou rivière aux Goîlres, nom qui lui vient sans doute du grand nombre de goitreux qu'on y voit. Cette rivière forme la limite septentrionale de la province d'Entre-Rios, qui est intéressante par son immense forêt de Montiel (monte grande del Montiel); qui s'étend le long du Parana, à l'O., et du rio Guuliquay-Grande, à l'E., par les eaux qui la fertilisent, et qui, l'arrosant en tous sens, y nourrissent les beaux pâturages auxquels elle devra sa prospérité agricole, quand les plaies d'une guerre récente auront été fermées pour une population de vingt à trente mille âmes, si faible en comparaison de l'immense étendue du terrain, Je pris le parti de me rendre dans la république orientale de l'Uruguay, par un chemin qui me conduisit au pueblo de
Paysandu , situé sur la rive gauche de l'Uruguay, et le premier lieu habité de la république Orientale. Le lecteur me saura gré de l’y transporter tout d’un trait. Arrivé là, ce n'était plus le même pays. Toujours des rivières et en grand nombre ; toujours des plaines, mais pas aussi uniformément plates que celles que je venais de parcourir; et, au lieu de bañados, de cañadas, d'esteros, à n'en plus finir, des terrains secs, garnis de grandes herbes et d'arbustes clair-semés, qui, quoique d'un effet agréable , ne pouvaient se comparer en rien aux riches aspects des beaux palmiers que j'avais quittés en passant d’une rive à l’autre.
Je ne pouvais d’ailleurs entrer dans un moment plus favorable. La guerre entre Buénos-Ayres et les Brésiliens, pour la possession de Montevideo, venait de finir. D. Manuel Garcia, envoyé de Buénos-Ayres, avait conclu le traité en vertu duquel les troupes de Buénos-Ayres et celles de l'empereur du Brésil devaient évacuer le territoire de la Banda orientale, Ce traité détachait entitrement la province de la république Argentine, donnait un nouveau cours à ses destinées, et en formait un État particulier, sous le nom de Republica oriental del Uruguay.
Tel était l’état des choses à mon arrivée à Paysandu, hameau formé d'une douzaine de ranchos (chaumières) épars çà et là, bâti sur l'Uruguay. Tout y était en émoi ; et partout, sur toutes les routes, les cris de viva la patria! se môûlaient au bruit de la marche des troupes étrangères qui, en exécution du traité, commençaient déjà leur retraite. Je descendis à une pulperia, l'un de ces misérables
“cabarets où l'on ne peut guère trouver autre chose qu'un abri et de l’eau-de-vie,
A mon arrivée, il s’y présentait un détachement de miliciens de la nouvelle république, vrais gauchos, sous un autre costume, qui avaient joint au couteau et au lazo, la carabine et le sabre. J'appris d’eux que le blocus de Montevideo étant levé et les routes toutes libres, je ne devais trouver aucun obstacle à la suite de mon voyage, Je voulais voir cette ville comme capitale, me rendre ensuite à Maldonado, le point le plus important de tous ceux qui se trouvent à l'E. de la république, et relever ainsi la côte méridionale, seule intéressante à connaître sous le rapport de la civilisation ; le reste ne présentant à parcourir que de sauvages déserts. Je m'entendis avec quelques marchands que les intérêts de leur commerce conduisaient à Montevideo. Nous louâmes en commun quelques charrettes, que nous remplimes de marchandises et de bagages, et nous nous miîmes en route, bien armés ; car la fin de la guerre ne nous rassurait pas suffisamment contre la possibilité de quelques rencontres fâcheuses. Nous eûmes plusieurs arroyos à traverser jusqu’au rio Negro, la principale rivière de la république et qui la parcourt du N.-N.-E. au S.-S.-E., pour se décharger dans l'Uruguay, à Santo Domingo Soriano, Arrivés ainsi au rio Negro, nous traversâmes le rincon de las Gallinas (le recoin des poules) où, le 2% septembre 1825, le brave Fructuoso Rivera, à la tête de 250 combattants, vainquit 700 Brésiliens commandés par le colonel Jardin "t leur fit plus de prisonniers qu'il n'avait lui-même de soldats.
Après avoir passé le rio Negro, juste en face de son confluent dans l'Uuruguay, nous arrivames à Santo Domingo Soriano, l'un des plus anciens établissements de
la province, et bâti en 1566 par des Espagnols qui parvinrent à y réunir des Endiens Chanas, habitants des îles qui couvrent le fleuve dans le voisinage, Je trouwai là ce bel Uruguay, dont j'allais bientôt contempler l'embouchure, du double au moins plus large qu'au point où je l'avais traversé dans la province des Missions, Quant au pueblo, il ne présentait rien de remarquable ; et, obligés de traverser à chaque instant des arroyos, ce qui est aussi fatigant qu'ennuyeux, nous ne renconträmes plus aucune habitation jusqu’à las Vacas (les Vaches), triste hameau, formé de baraques de terre couvertes en roseaux et dont le séjour w'était guère propre à nous remettre de nos fatigues; mais une vaste mer s'étendait devant moi, J'avais sous les yeux ane partie de cet immense estuaire du fo de la Plata que forment les eaux réunies de l'Uruguay et du Parana, avec ses passes et ses bancs de sable, si redoutés des vaisseaux. Nous entrâmes ensuite dans des plaines tout à fait horizontales où se trouvaient en quantité des espinillos (acacias épineux) à tête arrondie, où nichaieut en nombre infini des anumbis et des perruches. Leurs cris étourdissants nous poursuivirent jusqu'à la petite rivière de San Juan, à l'embouchure de laquelle, en 1526, Sébastien Gaboto construisit un petit fortin détruit, quelques années plus tard, par les Charruas, ainsi que la ville fondée postérieurement au même lieu. C'est aussi à que ce célèbre aventurier accueillit le seul homme échappé au massacre de l'infortuné Solis, dans sa seconde expédition de 1515.
Nous arrivämnes enfin à la Colonia del Sacramento, la première des trois cités de cette côte qui, commandant le Rio de la Plata sur toute son étendue, promettait à la république naissante une prospérité que la paix seule peut lui garantir. Fondée en 1680 par le gouverneur portugais de Rio-de-Janciro, la colonie fut ruinée, le 7 août 1680, par le gouverneur espagnol de Buénos-Ayres; et dès lors commença entre les Portugais et les Espagnols celte longue suite de différends par suite desquels, en cent quarante-neuf années, elle a changé quatorze fois de maîtres, jusqu'au moment où, en vertu du traité de D. Manuel Garcia, elle venait enfin d'être cédée à la nouvelle république,
Au delà de la Colonia s'étendent de belles plaines ondulées et verdoyantes, du sein desquelles s'élèvent par intervalle des blocs de granit d'une hauteur et d'une étendue souvent très-considérables , dont la présence, sorte de phénomène gCologique très-remarquable , semble caractériser tous les terrains de ectte route jusqu'à Montevideo, Le misérable pucblo de San José ne nous présenta que des maisons couvertes en roscaux, et n'est remarquable que par là grande victoire qu'Arligas y remporta sur les Espagnols, le 28 avril 1811, Cette victoire est, avec celle de /as Picdras remportée par le même chef sur les royalistes, le 18 mai de là même année, un peu au N, de Montevideo, l'un des avantages qui contribuèrent le plus à assurer l'indépendance des provinces du Rio de la Plata. Elle aurait pu mériter à ce guerrier la reconnaissance de ses concitoyens, si son Wiomphe n'eût pas été tant de fois, avant et après, souillé par le sang et le brigandage.
Au delà de ce pueblo, après avoir passé le rio de San José, qui lui donne son nom et dont les bords sont couverts de bois, nous eûmes le spectacle désagréable d'une grande quantité de squelettes de bestiaux répandus sur toute la plaine, et qui témoignaient hautement des ravages de la guerre. De 1810 à 1820, au contraire, toute la Banda orientale était couverte de bestiaux sauvages, à tel point que les voyageurs avaient souvent peine à se frayer une route au travers de leurs innombrables troupeaux ; mais telle est la miraculeuse fécondité de ce sol que, malgré cette abominable tuerie, les estancias du pays en sont encore abondamment pourvues, et fournissent sans peine aux besoins de la consommation et à ceux d’un commerce qui n’a pas cessé d’être la principale ressource de la contrée.
Parvenus aux bords du rio de Santa-Lucia, assez fort pour que nous dussions le passer en pelota, nous y fimes halte, afin de décharger nos charrettes et faire tous les préparatifs nécessaires. Je n'ai rien à dire du pauvre village de Santa Lucia, que nous traversämes sans nous y arrèter, et qui nous conduisit aux deux petits ruisseaux appelés Canelon-Grande, Canelon-Chico (le Grand-Canal, le Petit- Canal. Non loin de ces ruisseaux s'élèvent les clochers de la ville de Canelones, triste, pauvre et des plus mal bâties, quoique par circonstance, lors de l'occupation de Montevideo par les Portugais, elle ait pris rang de capitale et servi de résidence au gouverneur, L'approche nous en était annoncée par des troupes innombrables de chevaux, répandues dans les campagnes. Nous étions alors à quatrevingts licues de las Vascas ; et, quatre jours après, nous entrions dans Montevideo, aprés avoir traversé des plaines nues dont rien, jusqu'à l'horizon le plus reculé, ne variait là monotonie,
J'étais muni de beaucoup de lettres de recommandation pour divers négociants et autres notables de Montevideo et de Buénos-Avres. L'effet de l'une d'elles fut de me procurer un passage par mer, au , agréable que facile, pour Maldonado, d'ou je devais revenir ensuite par terre à Montevideo, complétant ainsi ma tournée à moins de frais, et le plus commodément possible. Je remis, en consequence, à mon retour, l'exploration détaillée de la capitale ; et, en m'embarquant dans le canot qui devait me conduire à bord d'une petite goëlette de charge, j'eus occasion de voir la ville de l'ancrage et de la rade. Elle se développe sur un petit promontoire, et ses maisons blanches d'un seul étage, en amphithéâtre, entremêlées d'arbres et de jardins, présentent, à distance, avec leurs toits en terrasses, un coup d'œil assez pittoresque.
Après une traversée qui ne présenta rien de remarquable, le troisième jour nous mouillons dans la rade de Maldonado, entre l'ile Gorriti et la terre, où les petits navires sont à l'abri, tandis que les grands mouillent en dehors. Assise sur un terrain uni et sablonneux, Maldonado s'étend au front d’une colline de 250 pieds au-dessus du niveau de la mer, Ses principaux bâtiments forment une belle place sur le côté nord de laquelle se trouve une auberge considérable , et, du côté du sud, une église non encore achevée lorsque j'ai vu la ville, mais qui
promettait d'être magnifique. Ces maisons ordinaires occupent le reste de la place ; et toutes les rues adjacentes sont tirées au cordeau, mais n'ont rien de bien remarquable.
Maldonado, considérée sous le point de vue pittoresque, parait moins se distinguer par elle-même que par ses environs, présentant, à côté de collines de granit chargées de terre végétale, des campagnes couvertes de blés qui, dans la, saison, récompensent les soins du cultivateur par une récolte littéralement décuple de la semence. On cite, comme digne surtout de l'attention du voyageur, la fameuse montagne dite le Pain de Sucre (Pan de Asücar), située à une assez grande distance à l'O. de la ville, et dans le voisinage de laquelle coule un petit ruisseau auquel on a conservé le nom de Solis, parce qu'en 1545 les rives en furent trempées du sang de cet infortuné voyageur, à qui l'Europe est redevable de la découverte du grand fleuve appelé depuis le Rio de la Plata. Maldonado, dont les fondements furent jetés vers 172%, ne reçut le titre de ville qu’en 1786 ; elle a beaucoup souffert, tant de ses guerres continuelles avec le Portugal et l'Espagne, que des divisions intestines auxquelles elle à été en proie, presque sans aucun relâche, depuis son origine. Sa principale ressource parait avoir consisté toujours dans son commerce en cuirs de bœufs et en peaux de loups marins, que lui fournit en quantité l’île de Los Lobos, située en dehors de l'1 baie.
Je songeai bientôt à retourner à Montevideo ; mais j'épargnerai à mon lecteur, déjà fatigué de me suivre dans ces plaines, le r'cit détaillé de cette dernière course, qui me ramenant à un point central, le seul peut-être, et bien certainement, de toute cette côte, le plus digne de son atintion. Je me borne à dire que, dans la route de Maldonado à Montevideo, on franchit d'abord le seul terrain élevé du voisinage, faisant partie de la crète qui, sous le nom de Grande Cuchilla, forme l'un des principaux arcs-boutants de la table rase de ces contrées, L'extrémité méridionale en est la Punta Negra (la Pointe-Noire), présentant, au-dessus de l’eau, un front de trois cent cinquante pieds d’élévation perpendiculaire, et terminé par trois sommets séparés, qui le distinguent de tous les autres points de l'estuaire. Du côté de l'E., ses dentelures se voient de près de deux lieues. De l'E. à l'O., elle projette diverses branches qui divisent les eaux nées dans ces parties hautes, quoique inférieure en élévation à la crête même. En abandonnant ces hauteurs, le voyageur entre dans une plaine entrecoupée de petits cours d’eau, mais sans bois. La route tourne autour de la baie de Santa Rosa, dangereuse pour les vaisseaux, quand le vent souffle du S.-E., en y précipitant la masse des eaux de l'Océan. À mesure qu'on approche de Montevideo, la montagne qui lui donne son nom et qui est constamment en vue, domine tout le paysage, isolée, sans contre-forts, indépendante de toute crête, espèce de garde avancée de la grande Plata, et qu'on peut regarder comme une position militaire de la première importance,
* Montevideo, capitale de l'État Oriental, qui, d'abord, a porté le nom de San Felipe, est bâtie sur une petite colline basse de roche primitive, entourée de
murailles et de fossés: la mer la baigne de tous les côtés, excepté celui de la terre, Cette ville compte aujourd'hui environ 15,000 habitants. Sa population, avant la guerre, était de 26,000 âmes. Montevideo fait un grand commerce, dont le principal débouché a toujours été Buenos-Avres, qui en est distant de quarante lieues seulement; aussi quand j'arrivai, les magasins de tous les négociants de la ville étaient-ils encore encombrés, par suite de l'interruption des relations avec cette dernière cité depuis le commencement de la guerre,
Les habitants de Montevideo doivent à leurs fréquentes communications avec les étrangers des habitudes pleines d’aisance et de politesse, Leurs femmes, spirituelles et vives, ont quelquefois un air de fierté quiles à fait accuser, par quelques voyageurs, d'une affectation dans les manières qu'elles se font bientôt pardonner par la grâce réelle avec laquelle elles accucillent les étrangers.
Le climat de Montevideo est humide. Le temps dans les mois d'hiver est parfois mauvais, et le froid généralement vif. En été, la sérénité de l'air est fréquemment t'oublée par des tonnerres épouvantables, précédés de terribles éclairs, qui souvent causent des avaries aux navires, et que suivent des pluies quelquefois assez fortes pour détruire les moissons. La chaleur y est très-incommode, et les moustiques, dont les appartements sont alors remplis, en augmentent encore la fatigue, surtout pour les personnes non acclimatées.
Les environs de Montevideo sont agréablement variés de petites collines et de longues vallées qu'arrosent de jolis petits ruisseaux ; mais il est rare que la culture vienne animer le paysage. On ne voit guère d'enclos que ceux des jardins des principaux marchands, et presque nulle part on ne voit de bois.
Là s'arrête ce que j'ai à dire de Montevideo. Je pris congé de la république oricntale de TUruguay, en faisant des vœux pour sa future prospérité; je partis et m'embarquai sur le paquebot, afin de me rendre à Buenos-Ayres, où, grâce à la prudence d’un pilote habile, j'arrivai sain et sauf après avoir franchi les bancs nombreux et les écueils de toute espèce qui obstruent en grande partie l'estuaire du rio de la Plata.