‹ Voyage dans les deux Amériques [microforme]Chapitre 41 sur 112 · TR · texte numérisé non relu

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sentent, ainsi que les peintures du chœur, les actes des apôtres, suets des micux appropriés à la conversion des Indiens,

Il faut indiquer aussi, parmi les autres églises, celle de la Merced et celle de San Francisco, qui sont de beaux bâtiments, avec des coupoles et des clochers élevés dans le même style que ceux de la cathédrale, L'église de San Francisco est magnifiquement ornée, enrichie de deux tours peintes et vernissées et d'un dôme tout récemment restauré, On y voit un tableau de la Cène, exécuté par un artiste du pays, l'un des Indiens des Réductions, et qui passe pour un chefd'œuvre. Il est exécuté en plumes dont la couleur imite la sculpture et la peinture, par le seul artifice avec lequel elles sont rapprochées et jointes ensemble.

Parmi les établissements d'un autre genre qui vous rappellent, plus ou moins, le nom de Rivadavia, leur fondateur ou leur appui, il faut distinguer l'Université, l'École normale et quelques institutions particulières. À quelque distance de Ja place de la Victoire, se trouve aussi un vaste bàliment, sans contredit l'un des plus remarquables de Buenos-Ayres, sous le rapport architectonique. FH comprend, dans sa vaste enceinte, l'ancien collége des jésuites avec leur église, la salle de la Chambre des représentants, qui est petite, mais bien appropriée à son usage, et la bibliothèque publique, qui occupe cinq ou six salles et contient environ vingt mille volumes, la plupart rares et précieux. Le noyau de cette collection est dù à la munilicence d'un moine ; mais elle s’est successivement enrichie des livres qui appartenaient aux jésuites, de ceux qu'on à recueillis dans les divers monastères, à l'époque de leur suppression, et des donations faites par des particuliers. Cette bibliothèque contient des ouvrages sur tous les sujets et dans toutes les langues des nations civilisées de l'Europe.

Mes études sur Buenos-Ayres touchaient à leur fin avec le temps que j'y avais destiné, et je les clos par une réflexion générale qui servit de texte à ma dernière conversation avec mon digne hôte D. José, la veille même de mon départ pour la Patagonie, réflexion que me suggérait tout naturellement l'aspect des lieux. « J'ai remarqué, lui disais-je, que vous adoptez promptement les innovations utiles qui viennent d'Europe, et qu'elles sont généralement vulgaires chez vous, bien avant même que notre esprit de routine les ait popularisées à leur berceau. — C'est l'etfet de notre révolution, me répondit D. José. Nous sommes neufs encore pour des jouissances que nos tyrans s'élaient exclusivement réservées, et uous les accueillons avec avidité, comme l'enfant qui se jette sur les joujoux dont ou l'a privé, sauf à les briser lui-même, une heure après, afin d’en avoir d'autres; car nous sommes un peu enfants, nous autres Porteños; mais le temps pourra nous mürir; ct ils’est déjà opéré bien des changements dans notre état social, malgré les entraves apportées à son amélioration. La liberté d'agir et de penser qui, précédant la révolution, devait l'amener et en garantir les résultats ; la liberté du commerce, qui a forcé les naturels à mettre en œuvre leur activité et leur intelligence ; les scènes de la guerre et de la polilique accumulées depuis les dernicres années sur un mème point, toutes ces causes réunies ont eu pour eflet

nécessaire de réveiller le génie national, si longtemps endormi, Je n'en doute pas, cest à la trop courte administration de Rivadavia, de 1820 à 1827, que notre civilisation a dû surtout les immenses progrès qu'elle à faits dans cet intervalle. L'esprit d'amélioration se remarque partout, Ceux même qui sont le plus fortement prévenus contre la révolution ne peuvent s'empêcher de reconnaitre que nous avons fait des progrès, et vous l'avez observé vous-même, Nos habitudes, notre ton, notre manière de vivre, se sont améliorés par suite de la libre introduction des coutumes étrangères, surtout de celles de la France, de l'Amérique du Nord et de l'Angleterre. En dépit même d'anciens souvenirs, tout nous détache de la mère-patrie, qui ne s'est montrée pour nous qu'une marèire, I s'est établi de fortes préventions contre tout ce qui est espagnol.

Ces.réflexions d'un homme aussi impartial qu'éclairé résumaient pour moi l'état politique et moral de la république Argentine. Jointes à mes observations personnelles sur son aspect physique ct sur son régime administratif, elles complétaient assez l'idée que je voulais m'en faire, pour que je crusse pouvoir poursuivre mon voyage dans le Sud, qui me restait à voir, Mes préparatifs étaient faits depuis longtemps. Je devais m'embarquer sur {a Juanila, navire de D. José, qui allait au Carmen prendre du sel pour Buëénos-Ayres, à l'effet d'en alimenter les saladeros; il me serait facile, après avoir exploré les environs, de revenir par terre du Carmen à la capitale. Je n'avais plus qu'à faire mes adieux à mon hôte et à sa famille, sans renoncer à l'espérance de les revoir, Le lendemain matin, de très-bonne heure, j'étais sous voile, et je faisais route pour la Patagonie.

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