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RÉPUBLIQUE ARGENTINE. — GÉOGRAPHIE ET HISTOIRE

Le rôle politique que la confédcration Argentine est appelée à jouer avec les principaux États européens, demande que j'entre dans quelques détails géographiques et historiques.

Le territoire argentin se composait dans l'origine des cinq provinces suivantes : Buenos-Ayres ou Rio de la Plata, le Paraguay , le Tucuman, las Charcas et Potosi. Jusqu'en 1778, elles dépendirent de la vice-royauté du Pérou; à cette époque, elles furent érigées en une vice-royauté dont Buenos-Ayres devint la capitale. Au commencement du x1x° siècle, cette vice-royauté, prenant le titre de Provinces- Unies de La Plata, se divisa en vingt provinces. En 1825, le haut Pérou s'étant détaché de l'Union de la Plata, forma la république de Bolivia d'une partie des provinces de l'Union. Divers autres morcellements eurent lieu à différentes époques. En 1811, le Paraguay se détacha de l'Union pour se déclarer indépendant sous le docteur Francia ; en 1828, Montevideo ou le Banda oriental se constitua en république orientale de Uruguay, ete. Aujourd'hui la république Argentine à une éten-

due de plus de 200 mille lieues carrées de la Cordillère des Andes , qui la sépare du Chili à l'océan Atlantique et du Rio de la Plata, ce grand fleuve qui la baigne, à la Patagonie et au détroit de Magellan. Sa population atteint à peine le chiffre de 800 mille habitants.

Un mot sur ces provinces doit trouver ici sa place. Depuis Buenos-Ayres, en suivant le cours du Parana , jusqu'à l’Esquina, depuis l’Esquina jusqu'à San-Luis, et, enfin, de San-Luis jusqu'à Mendoza, dans une direction occidentale, 1l se prolonge , au sud, une vaste étendue de pays plat, sans arbres, pays couvert de lacs nombreux s’enchainant les uns aux autres à travers un sol sablonneux, et dont les eaux, qui proviennent de plusieurs rivières, se perdent et s'absorbent au milieu de ces sables mêmes.

Comme dans le reste de l'Amérique, les habitants appartiennent à quatre races qui différent entre elles autant par les mœurs que par la nature physique : celle des Zndiens où Américains; celle des bancs où Européens, parmi lesquels on appelle Créoles ceux nés de père et mère espagnols, et qu'on divise aussi en blancs habitants des villes, reproduisant, plus ou moius, dans leurs habitudes, celles de la mère-patrie, et en blancs habitants des campagnes, partagés en deux classes bien distinctes, celle des agriculteurs {pour la plupart Zadiens convertis), et celle des bergers (gauchos et peones). Vient, en troisième lieu, la race des nègres, transplantés d'Afrique comme esclaves, et enfin celle de sang-mèêlé qu'on désigne par le nom générique de gens de couleur (pardoz sambas), et dontil y a plusieurs espèces, entre autres les métis (mesti:os), mélange de sang indien et blanc; et les mulätres (mulatos), mélange de sang africain avec le sang indien ou celui d'Europe. |

Je passe à l'exposé rapide des révolutions politiques dont les provinces de Rio de la Plata furent le théâtre depuis leur origine jusqu’à nos jours, en les rapportant presque toutes à leur capitale ; car en Amérique, comme ailleurs, l'histoire des capitales est presque toujours celle des États aux destintes desquels elles président.

Buenos-Ayres a reçu son nom de son fondateur, D. Pedro Mendoza, en 1534, et le dut à la salubrité de son climat. Les premiers colons eurent beaucoup à souffrir, La ville fat brûlée; et, après avoir éprouvé la famine et tous les maux que cette calamité traîne à sa suite, les Espagnols, en 1539, abandennèrent la place. De 3,000 hommes qui avaient quitté l'Espagne avec Mendoza pour la conquête de la Plata, un quart à peine gagna l'Assomption où se réfugièrent les restes de la colonie. En 15%2, un nouvel armement fut tenté, et l'on essaya de rebâtir la ville; mais les hostilités des Indiens firent avorter ce nouveau projet : Buenos-Ayres fut encore abandonné, Ce fut seulement en 1580 que les Espagnols, qui déjà s'étaient établis à Santa Fe, sous les ordres de Juan de Garay, virent enfin réussir leur troisième tentative pour fonder une ville sur la place choisie par Mendoza. Les naturels, se souvenant qu'ils avaient déjà deux fois rasé les ouvrages des Espagnols, les attaautrent de nouveau et incendiérent les tentes et

les huttes provisoires des colons; mais leur chef fut tué et on les mit en déroute, Avant qu'ils fussent en état de revenir à la charge, la ville avait une garnison et des fortifications capables de résister à de pareils ennemis. La cité commença dès lors à prospérer; et le vaisseau qui fit voile pour la Castille avec la nouvelle de sa construction, y porta une cargaison de sucre et les premières peaux qu’ait fournies à l'Europe le bétail sauvage qui déjà couvrait le pays et qui bientôt changea entièrement les mœurs des tribus du voisinage. Trente ans plus tard, on ne comptait pas moins d'un million de bêtes à cornes conduites des environs de Santa Fe dans le Pérou, tant elles avaient multiplié rapidement sur les plaines sans limites du Tucuman et de la Plata.

Les premiers trafiquants en Amérique, ne voulant que de l'or et de l'argent, estimaient peu les contrées qui n’abondaient pas en ces précieux métaux. Craignant que l'introduction des marchandises au Pérou par la voie de Buenos-Ayres ne nuisit à la vente des cargaisons des flottes et des galions qu'ils envoyaient à Panama, ils sollicitérent et obtinrent du gouvernement la prohibition de toute espèce de commerce par le Rio de la Plata. Ceux à qui nuisait le plus cette mesure réclamèrent avec force; et, en 1602, ils obtinrent la permission d'exporter pendant six ans, sur deux vaisseaux qui leur appartenaient et à leur compte, une certaine quantité de suifs, &e peaux et de charque, mais seulement dans les ports du Brésil et de la Guinée. A l'expiration du terme de cette permission, ils en sollicitèrent une prolongation indéfinie, avec extension à toute espèce de marchandises et droit d'exportation dans les ports d'Espagne. Les consulats de Lima et de Séville s'y opposèrent de toute leur force. Cependant, en 1618, les habitants des rives du Rio de la Plata furent autorisés à équiper deux navires, n'excédant pas chacun un certain tonnage. On leur imposa plusieurs autres conditions; et, pour empêcher tout trafic avec l'intérieur du Pérou, on établit à Cordova du Tucuman une douane où l’on percevait un droit de cinquante pour cent sur toutes les importations. Le terme de cette nouvelle permission écoulé, un ordre de 1622 le prolongea indéfiniment ; et, pour augmenter la prospérité du pays, on établit à Bucnos-Ayres, en 1665, une audience royale qui fut abolie comme inutile en 1672.

Cet état de choses durait depuis longtemps, quoique, par intervalles, des individus obtinssent la permission d'exporter des marchandises, lorsque enfin, en 1778, il fut permis au Rio de la Plata de se livrer à toute espèce de commerce, même avec l'intérieur du Pérou. Avant cette époque, à peine avait-on vu douze ou quinze vaisseaux autorisés à faire le commerce colonial de toute l'Amérique espagnole du Sud; ct ils faisaient rarement plus d'un voyage en trois ans. En 1796, soixante-reize pavires arrivèrent de la seule Espagne dans le port de Bucnos- Ayres, avec des cargaisons évaluées à près de trois millions de piastres, et l'on en vit partir de Buenos-Ayres soixante-scize, dont cinquante et un pour la métropole, quatorze pour la Havane et onze pour la côte d'Afrique.

Dans les années qui suivirent, la guerre survenue entre la Grande-Bretagne et

l'Espagne amena des changements sensibles dans l'état de Ja colonie de la Plata, et la stagnation du commerce y fut telle, que les magasins de Buenos-Avres et de Montevideo étaient encombrés de peaux et d’autres productions du pays, tandis que les marchandises européennes s’élevaient à des prix exorbitants, ou qu'il devenait mème impossible de s'en procurer à aucun prix. Les habitants des États-Unis surent très-habilement profiter de cette ficheuse situation; et, au moyen d’un commerce de contrebande, ouvert de connivence avec le gouvernement espagnol, ils continuèrent à fournir aux habitants de ces provinces les marchandises européennes, et à prendre, en retour, les productions du pays, jusqu'à l'époque où la fortune de la guerre mit momentanément Buenos-Ayres entre les mains des Anglais.

En effet, cette ville se rendit, le 28 juin 1806, aux troupes anglaises commandées par sir Home Popham et par le général Beresford. L'inactivité et l'incapacité du vice-roi, le marquis de Sobre-Monte, ont été sésèrement censurées par le doyen Funes, historien de Bucnos-Ayres; il ne paraît pas, en effet, que cet administrateur ait fait le moindre effort pour défendre cctte importante cité contre l'expédition anglaise ou pour la reprendre aux vainqueurs, Cet honneur était résersé à D. Santiago Linicrs, Français de naissance, qui avait commandé l’un des vaisseaux de guerre espagnols à cette station. Cet oMicier, en l'absence du vice-roi, qui s'était retiré à Cordova, se mit à la tôte de toutes les troupes qu'il put réunir sur les deux rives de la Plata; et, le 12 du mois d'août, ilatlaqua la ville sur plusieurs points avec un succès tel que le général anglais fut obligé de se rendre avec toutes ses troupes, Cet événement peut être mis au nombre des causes déterminantes de la révolution qui, depuis, a séparé ces provinces de Ja mére-patiie; car le peuple de Buenos-Avres, indigné de la conduite de son vice-roi, voulut absolument revêlir son libérateur du pourvoir civil et militaire, avec le titre de capitaine-général,

Dans l'intervalle, des renforts anglais arrivèrent du cap de Bonne-Espérance, d'où la première expédition était partie; et sir Home Popham, après avoir fait une tentative inutile sur Montevideo, prit possession de Maldonado. Le gouvernement anglais, pour ne pas abandonner les avantages commerciaux si importants que semblait lui promettre la possession des rives de Ja Plata, prépara alors un armement destiné à s'en assurer la conquète. En février 1€07, Montevideo fut pris d'assaut par les troupes que commandait sir Samuel Auchmuty. Le général Whitelocke arriva, au mois de mai suivant, à la tête d’un armement considérable; et, le 15 juin, on reçut un nouveau renfort que commandait le général Crau furd, Avec ces forces, évaluées à huit mille hommes (que d'autres rapports portent à douze mille), on résolut d'agir immédiatement contre Buenos-Ayres; mais les Anglais ne furent pas plus tôt entrés dans la place, qu'ils se virent assaillis de toutes parts par un feu roulant de mousqueterie, Les rues étaient coupées de fossés profonds, garnis de canons; et, des fenêtres ainsi que du faite des maisons, lès assaillants étaient exposés aux effets meurtriers d'une grèle de projectiles. le

an

briques et de pierres. 1 parait que l'expédition avait été méditée sans tenir compte de la nature du pays ni du caractère de ses habitants, et qu'elle fut mal conduite. Plus d’un tiers de l'armée anglaise fut tué, blessé ou pris dans la désastreuse attaque du 5 juillet, sans aucune espèce d'avantages; et, le lendemain, on conclut un armistice que suivit une convention, par laquelle il fut arrêté que les Anglais évacueraient la Plata dans le délai de deux mois, et que tous les prisonniers faits des deux côtés seraient réciproquement rendus. Les Anglais perdirent aussi, par cette capitulation, Montevideo, qu'ils auraient pu défendre facilement, et qui leur eût assuré un excellent entrepôt.

L'année 1808 fut témoin de grands événements à Buenos-Ayres. L’invasion de la mère-patrie par les Français et la captivité de la famille royale n’y furent connues qu'à la fin de juillet, époque où un émissaire de Napoléon se présenta avec des dépêches pour le capitaine-général, qui réunissait les pouvoirs militaire et judiciaire. Liniers assembla Les principaux officiers civils, et les lettres apportées par l'envoyé furent ouvertes et lues en leur présence. La conduite de Liniers dans cette circonstance fut molle et incertaine, et malgré ses efforts, l’émissaire français reçut l'ordre de se rembarquer immédiatement, et Ferdinand VIL fut proclamé au milieu de grandes réjouissances, Bientôt après, une nouvelle junte centrale , élue sous l'influence d’Elio, déposa Liniers et lexila à Cordova comme traître. Elio fut mis à la tête de l’armée et le marquis Cisneros fut choisi pour viceroi dans l'été de 1809.

Les rigueurs du nouveau vice-roi, qui fomentèrent d’abord l'esprit d’indépendance, n'étaient que la stricie exécution des ordres venus d'Espagne. La déportation en Europe de quelques citoyens suspects, et l’'emprisonnement de quelques autres, causèrent parmi le peuple une grande effervescence qui, à l'arrivée des désastreuses nouvelles reçues de la mère-patrie, se changea en sédition, « Un certain nombre de braves, dit le doyen Funes, s'unirent secrètement pour extirper la tyrannie, et, en exposant leur repos, leur fortune et leur vie, formèrent le plan de la révolution qui suivit...» « Dans la reprise de Buenos-Ayres, par l'expulsion des Anglais, ajoute-t-il, nous avions fait l'essai de nos forces, et nous nous étions convaincus que nous pouvions nous affranchir des lisières de l'enfance. Nous fümes aussi poussés à cette mesure par l'intention présumée de Napoléon de perpétuer le gouvernement qu'il avait établi en Espagne. » Vers la fin de mai 1810, le timide Cisneros jugea nécessaire, pour rétablir la tranquillité dans la ville, de convoquer une assemblée délibérative formée des principaux habitants, qui, en qualité d'agents du peuple, élurent un pourvoir exécutif sous le titre de Juxre provisoire et gouvernementale des provinces de La Plata. Gette junte fut officiellement installée le 25 mai, et chacun de ses membres prêta séparément serment d'obéissance à Ferdinand VIE. L'histoire politique de la république Argentine peut ainsi se résumer dans ses faits principaux. Jusqu’en 1810, elle est restée sous la domination espagnole; en 1816, elle a proclamé son indépendance définitive par le congrès de Tucuman, et son union a été cimentée par des décrets de 1829.

Mais comme il arrive toujours chez les peuples qui viennent de s’émanciper , à peine à sa naissance, la république Argentine fut livrée à l'anarchie par ce qu'on appelle le parti fédéral, représenté par le général Rosas et par le parti unitaire dont le chef était Rivadavia.

La vie politique de Rosas, qui aujourd'hui a près de soixante ans, a commencé en 1820, époque à laquelle, à la tête d'un régiment, il soutint le gouverneur Rodriguez qui venait d'être investi de cette dignité. En 1828, il comprima l’insurrection soulevée par le général Lavalle ; le 8 dé: embre de l’année suivante, il fut élu gouverneur de Buenos-Ayres. C’est depuis lors qu’il a montré cette inflexibilité de caractère qui a assuré sa domination. En 1832, les avantages qu’il remporta sur les Indiens du sud de Buenos-Ayres augmentèrent encore sa puissance, et au retour de cette expédition, il fut élu, par les représentants, gouverneur et capitaine-général de cette province. Le 7 mars 1835, un décret lui déférait /a somine du pouvoir public (pouvoir absolu). À chaque renouvellement quinquennal il fut toujours réélu, encore bien que chaque fois aussi il opposât un refus préparé à cette haute faveur des représentants, Rosas a forcé Le parti des unitaires à mettre bas les armes, et il était parvenu, avec une grande persévérance, à donner au pays de bonnes institutions. Les avantages physiques de Rosas le servaient merveilleusement : une taille élevée, des traits accentués, un regard des plus pénétrants, une parole pleine de séduction et qu'il savait approprier aux hommes, aux circonstances ; une puissance et une fécondité de travail des plus remarquables, une bravoure incontestée, tout lui assignait le haut rang auquel il était parvenu en brisant tous les efforts de ses adversaires, en fanatisant ses partisans, Rosas aujourd’hui est obligé de chercher un refuge sur la terre étrangère.

Mais la lufte qui a dominé par-dessus tout, c'est celle que politiquement on nomine la question de La Plata, et dont voici l'origine, Au commencement du gouvernement de Juillet, la France fut dans la nécessité de faire valoir auprès du gouvernement de Buenos-Ayres certains griels, tels que le jugement et la condamation de nos compatriotes, et l'incorporation forcée de quelques-uns d’entre eux dans les milices; il était devenu urgent de sauvegarder l'avenir des relations géncrales de l'Europe avec l'Amérique du Sud, en présence du mauvais vouloir qui s'y manifestait contre les Ctrangers. Le 23 mars 1838, Buenos-Ayres fut mis en état de blocus par notre flotte, ct nous primes parti pour Rivera, ennemi déclaré de Rosas. De ce fait surgirent des embarras inextricables, En 1845, l'Angleterre est intervenue dans le débat, dont la solution est encore pendante,

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