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depuis la conquête, soumis au gouvernement directorial de Santiago ; le second, toujours possédé par les Indiens aborigènes qu'on doit encore regarder comme indépendants, puisqu'ils ont leurs chefs particuliers, et qu'ils sont régis par leurs lois et par leurs coutumes propres. Les limites de ces deux grandes divisions n'ont jamais été bien exactement fixées; mais le rio Biobio est regardé généralement comme la ligne de démarcation , les Espagnols n'ayant jamais pu se maintenir au S. de cette rivière au delà des forts et des positions militaires dont ils en ont couronné les bords.
A peine sorti de la capitale, on entre dans les plaines de Maypo, où la grande route est, pendant quelque temps, parallèle au canal de Maypo. Ce canal, commencé sous le gouvernement espagnol et terminé en 1819, court N. et S&. dans le sens de la Cordillère, sur une étendue d'environ neuf lieues. Cette création industrielle a eu pour effet immédiat de fertiliser la plaine aride qu'elle traverse, et, depuis son achèvement, elle a plus que triplé le nombre des terres cultivées. Déjà si précieuse à l'industrie, la plaine de Maypo n’est pas moins célèbre dans les annales politiques du Chili, comme théâtre d'une bataille sanglante que s'y livrèrent, le 5 avril 1818, les troupes royalistes commandées par Osorio, et les troupes patriotes conduites par San Martin. Après un combat acharné, la victoire de San Martin fut complète et assura l'indépendance du pays.
Quand on a franchi le rio Maypo, on entre dans la province de Rancagua, qui a deux lacs, l’un d’eau douce, vanté pour la beauté du paysage qui l'entoure et pour le poisson qu'on y pêche, les cygnes et les flamants qui en habitent les eaux ; l'autre est situé près de la côte, et son beau sel est un article de commerce considérable. La capitale de la province, appelée Rancagua ou Santa Cruz de Triana, que nous trouvâmes sur notre route, est située sur le rio Cachapoal qui la sépare de la province de Colchagua, Un peu à droite, dans une ravine de la Cordillère, sont les bains de Cauquenes, assis dans la position la plus romantique, sur un plateau très-étroit, au bord d’un précipice au pied duquel roule le Cachapoal , à la profondeur de cent pieds.
Nous traversâmes la province de Cochagua, située au S. de ia précédente, sans que j'eusse occasion d'y faire aucune remarque particulière, si ce n’est sur son extrême fertilité, due sans doute aux nombreuses rivières qui l’arrosent. Nous traversâmes sans nous y arrêter San Fernando, sa capitale. Nous étions pressés de gagner Talca, destination de plusieurs de mes compagnons de voyage. Cette ville est située dans une petite vallée sur le rio Claro. Elle n’a pas plus de 1,000 habitants, mais les environs en sont bien cultivés. La province, en général, possède d'immenses ressources. Elle a une rivière du même nom qu’elle, l'une des plus importantes du Chili, et qui reçoit un grand nombre d’affluents.
Nous touchions à la province de Chillan, la plus septentrionale des quatre dont se compose la juridiction du S.; elle est petite, mais très-fertile ; elle est couverte, à l'E., de chaînes de hautes montagnes, et s'étend, à l’O., en plaines bien arrosées par la rivière Itata et ses affluents. Rien ne pouvait m'arrêter dans la capitale de
celte province; mais pouvais-je me refuser à profiter de l'occasion de faire, sur l'une des terres classiques du volcanisme, une excursion jusqu'au volcan d'Antuce, moi qui en avais vu un si grand nombre sans en avoir encore abordé aucun?
Je m'arrangeai avec quelques gens du pays connaissant parfaitement la langue et les habitudes des Indiens sauvages que nous pouvions rencontrer sur cette route nouvelle. Je pris congé de mes compagnons de Santiago, qui suivaient directement leur chemin vers le midi, et je tournai à droite, avec mes guides. Après avoir abrégé la course, autant que possible, grâce à leur connaissance des licux, et traversé plusieurs villages insignifiants et une assez grande rivière (le rio Lara), nous ne tardâmes pas à nous apercevoir, à la difficulté toujours croissante de notre marche ascendante, que nous aHions entrer dans les Andes et en gravir un des sommets les plus élevés. Enfin, après avoir franchi le Ruscuë, torrent impétueux qui, dans les crues, rompt toutes les communications, nous etmes la vue du volcan, qui se présentait à nos yeux dans toute sa magnifi- “ence. Nous nous arrètâmes pour nous reposer au village d’Antuco, but de notre voyage.
La vallée d'Antuco, qui occupe le point habité le plus élevé des Andes, s'étend sur une longueur 0. et E, de près de sept heures de chemin, et n’a pas moins de largeur. Le rio Laxa la sépare en deux parties presque égales. Elle présente de grandes beautés naturelles, et le village lui-même est fort romantique, situé au pied de ses hautes murailles, dont la verdure l'égaie. Toute la magnificence du paysage le cède encore à l'aspect du volcan, qui n’est éloigné du village que de quelques heures de marche. Il sort du cratère une fumée presque continuelle, L'aspect de ce pic est tous les jours nouveau, soit que sa cime se colore des rayons obliques du soleil, soit que la flamme de son cratère perce les nuages pendant la nuit, illuminant la neige qui l'entoure de toutes parts, ou le disputant d'éclat avec la lune argentée.
Le plus beau point dans la partie élevée de la vallée est le pic de Pilque. A peine »-t-on gravi la moitié de la hauteur, qu’on arrive dans des prairies où se croisent la végétation alpestre et les plantes à la végétation vigoureuse et fortement colorée des tropiques. À mesure qu’on remonte dans la vallée d’Antuco, les images gracieuses deviennent de plus en plus rares, on voit se développer peu à peu les caractères de la plus terrible puissance volcanique. Les rocs se dépouillent de leur verdure et se calcinent, et de hautes murailles de laves se manifestent à l: vue. On est alors entouré de basaltes et de laves affectant mille formes fantastiques, et le sauvage torrent (le Toun Leuvu) se présente comme pour interdire au voyageur l'accès de la haute balustrade de montagnes sur laquelle il se trouve. A la prière des habitants, le gouvernement a fait construire en cet endroit un fort et y a mis une petite garnison. Un précipice et une montagne à pic à gauche; le torrent sauvage à droite ; devant, une petite colline surmontée d’une plat *-forme juste assez large pour renfermer la garnison dans l'intérieur d'une palissade, tel est l'aspect de ce fort de peu d'importance.