AREQUIPA
chevées, sans étages où en ruines, Chaque construction s'élève entre cour et jardin, où au milieu d'un patio qui sert de refuge aux habitants pendant les tremblements de terre, Les appartements sont de plain-pied; on supplée parfois à l'absence d'étages en les doublant, C'est-à-dire qu'au delà de la cour s'ouvre un péristyle qui conduit dans une immense salle ou vestibule, d'où l'on passe dans un grand salon qui ‘en est séparé que par une cloison à jalousies ou à fenètres, avec barreaux et sans glaces. Grâce à cette disposition, l'air circule et répand dans les appartements une fraicheur fort agréable, Les portes des salons sont toujours ouvertes pendant le jour, excepté à l'heure du repas, de sorte que de la rue on peut voir ce qui se passe dans l'intérieur des appartements et les personnes qui s'y trouvent.
Dans les grandes maisons, le patio est ordinairement situé derrière le corps principal du logis; ses murs sont pour l'ordinaire décorés de fresques représentant quelque sujet religieux ; cependant les tableaux peints depuis quelques années sont plus profanes; ils sont aussi plus négligés et attestent en mème temps la décadence des mœurs et celle des arts.
C'est au fond de la vallée du Rimac, sur le dernier versant de la chaine des Andes, que Lima a été bâtie; la rivière qui l'arrose, desséchée en été, torrentucuse en hiver, est parsemée d'ilots couverts de bouquets d'arbustes, de jones et de plantes aquatiques. Ses eaux font tourner quelques moulins et servent à l'entrelien des fontaines publiques ct à l'arrosement des rues ct des jardins, Le palais, qui donne son nom à une vaste place, sept églises et de nombreux couvents, sont les monuments les plus remarquables de la ville péruvienne.
Je visitai ces édifices, dont l'aspect est plus saisissant de loin que curieux dans le détail, et je me dirigeai ensuite vers l'ancienne prison inquisitoriale, On sait quelle fut en Espagne et au Pérou la puissance de l'inquisition, qui ne fat abolie dans ce dernier État qu'en 1811 par un décret des Cortès, J'avais eu occasion de lire dans la relation d'un voyageur anglais qui m'a précédé à Lima, M, Stevenson, quelques détails sur la suppression de ce tribunal inique; je les reproduirai en partie, pour que le lecteur se fasse une idée des tourments et des supplices de toute nature imaginés par les Dominicains.
« La foule, dit M, Stevenson, instruite de l'acte des Cortès, se porta vers la prison dont les pertes venaient d'être ouvertes, et j'y entrai moi-même, Dans la premivre salle, les meubles furent mis en pièces; puis on souleva d'épais rideaux de velours, qui ornaient le dais sous lequel prenaient habituellement place les juges inquisiteurs ; ils furent tirés avec tant de violence, que le dais et un crucifix qui y était attaché tombèrent avec fracas, En retirant le crucifix des ruines du tribunal, nous nous aperçümes avec surprise que la tête du Christ était mobile ; une échelle élait cachée derrière le dais, C'était ainsi que les inquisiteurs pouvaient à loisir faire un miracle et souvent arracher au milieu des tortures, à un innocent, l’aveu d'un crime qu'il n'avait pas commis. L'aspect de ce crucilix frauduleux transporta les assistonts de colère; beaucoup s'écriérent : GIE y a encore des victimes dans les
cellules, cherchons-les », et la porte qui conduit à l'intérieur fut bien vite enfoncée. La première chambre que nous rencontrâmes s'appelait /e secret; cette dénomination excita notre curiosité, et la porte fut également forcée. Nous nous trouvâmes dans les archives. Là étaient les dossiers d'un grand nombre des assistants, qui à leur insu avaient eu l'honneur d'attirer l'attention du saint tribunal. Chacun mit dans sa poche ce qui le concernait lui ou ses amis. Moi-même, voyageur et passager dans la ville, j'étais mentionné comme hérétique et dangereux. Je fis un autodafé des notes pieuses. Un grand nombre de livres défendus étaient enfermés dans la même chambre ; nous y découvrimes aussi, à notre grande surprise, une masse de mouchoirs de coton imprimé. Is avaient encouru le déplaisir de l'Inquisition, à cause d’une figure de la Religion placée au centre, laquelle tenait un calice d'une main et une croix de l'autre. Le manufacturier étourdi n'avait pas pensé que de la sorte on cracherait et se moucherait sur la croix. Pour prévenir ce crime, le tribunal avait acheté toute la pacotille, se dispensant d'en payer le prix au propriétaire, bien heureux encore de ne pas voir sa boutique confisquée au profit du sacré collége.
« Nous entrâmes ensuite, toujours par la violence, dans une autre pièce qui était la salle de torture. Au centre, il y avait une vaste table ayant huit pieds de long sur sept de large; à chaque extrémité, l'on voyait un collier de fer, s'ouvrant par le milieu, et destiné à recevoir le cou de la victime. De chaque côté du collier étaient de fortes courroies garnies de boucles pour fixer les bras près du corps; sur les côtés de la table, on voyait d’autres courroies pour maintenir les poignets; ces attaches correspondaient à des cordes placées sous la table et amarrées à l'axe d'une roue horizontale ; à l’autre bout étaient des liens pour les pieds avec des cordes fixées sur la roue. En étendant un homme sur cette table, on pouvait lui tirer les membres dans toutes les directions et lui disloquer toutes les articulations. La table infâme fut brisée. Vint ensuite le tour d'un pilori vertical placé contre le mur; on y apercevait une grande ouverture et deux petites : elles étaient destinées à la tête et aux poignets, et correspondaient dans la muraille à des trous semblables; en sorte que le patient pouvait être flagellé par les frères lais sans les voir et sans en être reconnu.
« Les foucts, maculés de sang, étaient de toutes dimensions. I y en avait en fil de fer avec des épcrons, d'autres en cordes nouées, d’autres en cuir, Le long des murs pendaient des chemises de crin dont le patient était revêtu après la flagellation. Des ossements humains armés de cordes tenaient lieu de bâillons; des pinces de roseau servaient à interdire tout mouvement de la langue. Dans un tiroir il y avait des quantités d'écrous à doigts ; c'étaient de petits anneaux en fer semi-circulaires, qui pouvaient se fixer à chaque doigt et se visser à volonté pour écraser les ongles et broyer les os.
EL y avait au fond de la pièce un cheval de bois peint en blanc; nous crûmes d'abord que c'était un instrument de supplice, et en une minute il fut mis en pièces; nous nous étions bien trompés, c'était au contraire l'instrument de la