‹ Voyage dans les deux Amériques [microforme]Chapitre 61 sur 112 · LIMA · texte numérisé non relu

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ichabilitation et il attestait l'équité du tribunal, Quand une victime avait été brûlée, si quelque temps après on la reconnaissait innocente, son efligie vêtue de Lance et placée sur le cheval était promenée en grande pompe à travers les rues, pour que réparation lui fût convenablement faite.

« Après avoir visité tous les recoins de cette mystérieuse prison, nous nous retirâmes vers le soir, emportant livres, papiers, fouets, instruments de torture, etc. Le lendemain l'archevêque convoqua les fidèles à la cathédrale et déclara excommuniés tous ceux qui avaient pris et qui garderaient en leur possession quoi que ce füt qui eût appartenu à l'ex-tribunal. Pour ma part, je bravai la sentence en dépit des flammes éternelles dont j'étais menacé. L'endroit où on brülait à Lima les victimes de l'Inquisitign est proche de la plasa del Toro; c'était à la porte de l'église de los Desamparados (les Abandonnés) qu'on les livrait aux bourreaux pour les conduire au bûcher. »

Pour ma part, quand je visitai la prison, je vis en grand nombre de petites cellules isolées et disposées dos à dos; les portes étaient disposées de telle facon que toutes avaient accès par des galeries différentes. Les cellules étaient de dimensions diverses, selon le degré de la faute et du châtiment: il y en avait dans lesquelles les prisonniers ne pouvaient se coucher de toute leur longueur; dans quelques-unes, des anneaux étaient encore scellés à la muraille,

Je dirai peu de chose du cimetière de Lima; il est vaste, planté d'arbres aro= matiques au feuillage toujours vert et porte le nom emphatique de Panthéon. J'ai hâte d'en venir à la partie attrayante de mon séjour, les distractions qu'il m'offrit et les observations que je pus faire sur les mœurs et les habitudes des habitants.

Des traits remarquablement fins, de beaux yeux, de petites dents blanches, des cheveux noirs qui dans leur profusion tombent à terre, un pied petit, une jambe fine, de la grâce et de l'esprit, telles sont les femmes de Lima. Leur éducation est imparfaite et souvent incomplète; mais qu'importe? elles ÿ suppléent par les charmes naturels de leur entretien, Leur mise est élégante et recherchée ; elles sont toujours coiffées en cheveux avec des fleurs naturelles, qu'elles aiment passionnément; elles ne portent que des bas de soie et des souliers de satin, Telles vous les rencontrez quand elles sortent en voiture pour se promener ou faire des visites. Mais il est un autre costume plein de mystère et de charme, qui souvent recouvre le premier, Cette jeune femme qui le matin va à l’église ou court les magasins, qui le soir marche d'un pas furtif, peut-être à un rendezvous, a recouvert sa toilette d'une jupe (saya) prenant la taille à la ceinture et descendant jusqu'à la cheville du pied; cette jupe est en étoffe de soie et plissée, elle saisit les formes et les accuse presque aussi nettement que la draperie mouillée d'un sculpteur. Au-dessus de la saya, s'attache el manto (la mantille), qui s'arrête à la taille avec un cordon et revient par derrière sur la tête et le visage, qu'elle enveloppe en se croisant de manière à ne laisser voir qu'un œil. Quelle que soit la couleur de là saya, e£ manto est toujours en soie noire, Les

femmes ne sauraient être reconnues dans ce costume, sous lequel elles dé loient une grâce pleine de charme.

Pendant l'été, les dames ne portent sous la saya et la mantille qu'une chemise brodée et un fichu. Ainsi vètues, on les appelle fapadas. L'usage d'aller tapada à été à plusieurs reprises réprimé et interdit par les lois; mais les femmes n'ont fait de concession que pour le seul jour du vendredi-saint. N'ont-elles pas en effet les meilleures raisons à alléguer? le soleil brunit leur teint, et puis eiles n° pourraient visiter les malades et faire des charités sans être vues.

L'usage a donc prévalu, et c'est dans les promenades, quelquefois dans les bals et au parterre du spectacle qu'il faut les voir. Vives agaceries, causeries pelillantes. A Lima la vie est un long carnaval. Avoir toujours vingt-cinq ans, sa liberté, et vivre au milieu de ce monde aimable et frivole sous ce climat délicieux, au milieu des cercles où l'or circule et couvre les tapis, avec ces femmes gracieuses, assis près d'elles sur leurs sophas! — Mais, hélas! le présent est un point insaisissable, on ne saurait lui prendre longtemps ses jouissances et ses voluptés. — Le solcil qui le matin inondait de ses rayons le versant des Andes, vient de noyer dans la mer ses derniers feux vermeils. Allons, étranger, il faut reprendre ton bâton de voyage et le chemin interrompu. l’our ma part, j'avais joyeusement employé le temps de mon séjour, Diego avait terminé ses affaires, nous part'ines pour Truxillo.

Le jour de mon départ j'appris que Lima n'était pas toujours une ville aussi riante qu'il m'avait semblé, et un habitant qui avait vu le fameux tremblement de terre de 1828 me fit cette description du terrible fléau : Quand les premitres secousses se firent sentir, les rues ordinairement déscrtes, à l'exception de celles qui avoisinent le palais, se remplirent soudain de monde. Chacun était sorti dans le costume qu'il portait chez lui; comme le tremblement commença de nuit, beaucoup étaient en chemise, Les uns se jetaient à genoux, le visage contre terre, ou se frappaient la poitrine en répétant »mc4 culpä, d'autres faisaient publiquement leur confession. Cependant, les filous , plus aguerris et sachant que le fléau pourrait passer et les laisser encore vivants, mettaient à profit la confusion générale et dévalisaient maisons ?t habitants. Les secousses continuaient par intervalle, on entendait le fracas des vitres brisées, des poutres qui s'écroulaient, Dans Je port, les navires entraînés par des tourbillons s'entre-choquaient et coulaient : fond, d'autres étaient emportés dans les terres, Le tremblement le plus terrible fut celui de 1746. Aujourd'hui encore, par un temps clair, on peut voir au fond de la mer la moitié des maisons du Callao qui s'écroulèrent pendant ce sinistre.

* ILest à Lima un usage singulier et qui peint à merveille les mœurs espagnoles de la ville et ses sentiments religieux au milieu des plus vives passions. Toutes les fois que l'Angelus sonne, les personnes qui passent dans les rues s'arrètent et se découvrent au premier tintement de la cloche, L'habitude en est tellement prise, que si un jour de fête, vers le soir, on se trouve sur la place du Palais à

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