‹ Voyage dans les deux Amériques [microforme]Chapitre 63 sur 112 · TRUJILLO · texte numérisé non relu

TRUJILLO

tance au rôle qu'elles ont joué dans la révolution; on peut en dire autant des villes du département de Junin, au N. du dernier, formé, dans toute son étendue, des sommets, des versants et des vallées intermédiaires de notre triple boulevard, à l'E. duquel s'étendent, tout au long, les immenses Pampas del Sacramento; ces pampas sont arrosées par de nombreux cours d'eau et peuplées d'une foule de tribus indiennes encore mal observées ou totalement inconnues. Mais vous allez partir pour nos provinces septentrionales, et à d’autres appartient le droit de vous servir de guide; car je ne les ai pas visitées. » Cette conversation avait eu lieu la veille de mon départ pour Trujillo, vers lequel je me dirigeai, le lendemain, au soleil levant.

Il y a de Lima à Trujillo cent dix-huit à cent trente lieues environ, Dès qu'on quitte le voisinage immé:liat de la capitale, le chemin est à peine tracé sur des collines abruptes, d'où l'on court le risque de tomber dans la mer; mais la vue est ensuite réjouie à l'aspect de la fertile vallée de Chancay, à laquelle succèdent bientôt des collines de sable qui mènent à deux misérables huttes indiennes appelées los Pescadores (les Pècheurs), où, dans la guerre de l'indépendance, cinquante patriotes osèrent charger deux cents royalistes; ils périrent tous, excepté trois, qui reçurent une médaille commémorative de l'événement.

En quittant Pescadores on arrive à /« Loma, espèce de pâturage qu'entretiennent les brouillards des collines, et où les Indiens mènent paître leurs troupeaux de gros et de petit bétail. Huacho est une ville très-sale, habitée par de pauvres Indiens, la plupart pêcheurs, et célèbre pour avoir quelque temps servi de quartier général à San Martin. La vallée qui sépare Huacho d'Huaura, le poste le plus voisin, est riante, fertile, bien arrosée. Cette vil.e même est parfaitement bâtie et jouit d'une belle vue sur la baie de Salinas. Jusqu'à environ une lieue plus loin, le pays est agréable ; mais alors recommencent les pampas sin agua (plaines sans eau) qui conduisent jusqu'à Supe, ville qui n’est guère plus agréable que Huacho, et à Baranca, près de laquelle il faut traverser la rivière du même nom. On arrive ensuite à Pativilca, où finit le département de Lima et commence celui Trujillo. Peu après on rencontre des ruines des anciens Indiens appelées /orteresses, dont une est au sommet d'un rocher suspendu au-dessus des flots, vraie roche Tarpéienne, du haut de laquelle, dit-on, du temps des Incas, on précipitait ies criminels condamnés à mort. La route, à partir de là, traverse un horrible désert où l'on ne trouve que les carcasses des mules qui sont mortes de fatigue sur les collines de sable mouvant,

Le soleil était brülant, et eucore suivions-nous la mer, où l'air est moins lourd et le sable moins profond. Quel voyage! Nous n’entendimes que les cris des oiseaux de mer, les sifflements des veaux marins, les gémissements du ressac jusqu'à Guarmay. A quatre lieues de là, on traverse las Culebras (les Couleuvres), le seul endroit de la route où l’on marche sur la terre ferme. Nous arrivämes ensuite à Casma, où nous ne vîimes, dans une sale auberge, que des joueurs et des buveurs en querelle, s'inquiétant fort peu de leur belle vallée, célèbre par ses

cotonniers. Dix lieues de sable conduisent de Casma à Nepeña, où nous entrimes un dimanche, Tout le monde y était en habits de fête, et la plupart des hommes S'amusaient à faire combattre des coqs, divertissement en usage dans toute l'Amérique méridionale,

Le pays est sablonneux et couvert de collines jusqu'à Santa. Nous rencontrimes plusicurs restes de villes indiennes, et surtout deux rues, parallèles l'une à l'autre, qui s'étendent en ligne droite l'espace de plus d'une licue, avec les ruines des maisons en partie enterrées dans le sable, Santa est une ville considérable située dans une plaine fertile. Elle possède un excellent port, visité souvent par des navires de Lima qui viennent y chercher du riz, du sucre et du saindoux. Santa est à l'embouchure d'une rivière du même nom assez difficile à passer dans la saison des grosses eaux, parce qu'elle est alors rapide et profonde, mais dangereuse en toute saison, à cause des trous qui forment des tournants. Aussi se trouve-t-it à des Indiens à cheval toujours prêts à secourir les voyageurs, Es sont ordinairement deux pour guider chaque passager : lun va devant, afin de rompre le courant, l'autre soutient le cheval du voyageur quand ille voit entraîné, Sur la rive opposée est une hacienda où l'on trouve des chevaux et des provisions, Immédiatement après, on entre dans un désert aride où les rochers sont incrustés de sel; puis on arrive à Viru, qui n'a rien de remarquable, et à Mocha, trèssrande, mais ruinée, avec une vaste église. De ce dernier lieu à Trujillo, la rouic L'averse un pays bien cultivé où de belles haies ne permettent pas de voir les champs qu'elles entourent.

Trujillo, chef-lieu du département du même nom, à deux lieues de la mer, cans la grande et riche vallée de Chimu , aux pieds des Andes, peut être appelée une miniature de Lima. Comme Lima, elle est entourée d'une muraille d'environ douze pieds de haut, formant une suite de bastions et de courtines. Elle peut avoir une licue et demie de circonférence et contient de 7 à 10,000 habitants, Les rues sont larges, coupées à angles droits par quadras, avec une plasu imayor (grande place) au centre, Peu de maisons ont plus d'un étage, à cause des tremblements de terre. Les principales sont bâties et meublées à peu près comme à Eima. Elle a une «lmeda où promenade, formant une partie de la route d'Huanchaco. Outre la cathédrale, elle a plusieurs églises paroissiales où conventuelles, Les dames S'habilent et vivent à peu près comme dans la capitale, Quoique située à quatre degrés seulement plus près de la ligne, la temztrature y est meilleure, et lon y est moins sujet aux fièvres, sans doute parce que l'air y circule mieux. Trulo fit un grand commerce avec la capitale, Guayaquil et Panama. On expédie aussi de Trujillo de l'or et de l'argent, provenant des mines que la ville posséde à peu de distance de la Cordillère, Les retours consistent surtout en marchandises anglaises,

Huanchaco, port de TFrujillo, n'est qu'une espèce de rade ouverte. La ville mème n'est qu'une réunion de misérables huttes indiennes formées de quatre piliers, dont les intervalles sont garnis d'un tissu de roseaux et que couvre un toit

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