PÉROU. STE
haut Pérou; ils ne tardèrent pas à le perdre par l'imprudence d'un de leurs chefs, et la question de l'indépendance resta plus que douteuse jusqu'à l'entier afranchissement du Chili, époque à laquelle San Martin et lord Cochrane , libérateurs de cette dernière province, songèrent à porter au Pérou leurs armes victorieuses.
Lord Cochrane avait déjà fait, en 1819, une tentative inutile sur le Callao. 11 fut plus heureux en 1820. L'armée libératrice partit de Valparaiso le 21 août; forte seulement de #,500 hommes et de neuf pièces de canon, elle avait à lutter contre 7,800 hommes de troupes réglées, à Lima et à Callao, sans parler d'une armée de 23,000 royalistes répandue sur toute la surface des provinces à délivrer. Le débarquement des troupes républicaines eut lieu sans opposition, le 8 septembre, près de Pisco; et après une conférence inutile à Miraflores, avec le vice-roi Pezuela, une suite d'exploits sur terre et sur mer, uniques peutètre dans les annales de la guerre, fit successivement tomber au pouvoir des deux chefs toutes les positions ennemies, et enfin la capitole où San Martin fit son entrée triomphale le 12 juillet, le vice-roi l'ayant abandonnée dès le 6, L'indépendance du Pérou fut proclamée le 28, Le 3 août, San Martin se déclara lui-même Protecteur du Pérou, et prit, en cette qualité, la direction suprème des affaires civiles et militaires; l'un des premiers actes de son administration fut l'abolition du U'ibut des Indiens et de la mila,
Des mésintelligences éclatèrent bientôt entre le Protecteur et lord Cochrane, qui, abandonnant la cause de l'indépendance, alla offrir ses services à l'empereur du Brésil, Cependant le vice-roi tenait (oujours, et ses troupes avaient fait éprouver aux patrioles plusieurs échecs que fit oublier la bataille de Pinchincha, gagnée sur les royalistes, le 2% mai 1822, par le général colombien Sucre, et dont le résultat fut l'affranchissement de Quito. Le 20 septembre, San Martin abdiqua le pouvoir suprème entre les mains du congrès de Lima, installé le même jour, et se relira avec le titre de Fondateur de la liberté du Pérou. Ses ennemis l'accusèrent d'avoir manqué d'activité et d'énergie dans la guerre de l'indépendance, d'avoir usurpé l'autorité souveraine, d'avoir gouverné tyranniquement par d'indignes ministres et d'avoir abandonné la cause de la liberté au moment du péril; mais il n'appartient qu'à l'impartialité de l'histoire d'examiner la valeur de ces charges. Le gouvernement qui lui succéda ne montra que désaccord et faiblesse, et l'état des affaires devint tel que la capitale tomba le 18 juin au pouvoir du général royaliste Canterac, contraint, il est vrai, dès le 17 juillet suivant, de la rendre au général Sucre, qui était accouru au secours de la république avec 3,000 hommes de Guayaquil, 1,000 Buenos-Ayriens et 1,000 Péruviens.
Cependant, la cause de l'indépendance était cruellement compromise, et il y avait peu d'apparence que les patriotes pussent tenir contre une force de 20,009 hommes, quand Bolivar lui-même, le libérateur de la Colombie, résolut de sauver le Pérou. Le 1° septembre 1823, il fit son entrée à Lima; investi immédiatement de l'autorité suprème, politique et militaire, il ne tarda pas à justifier par ses
actes l'enthousiasme et la confiance qu'il inspirait. Une sorte de charme s'attachait à son nom, et on le regardait comme le seul homme qui pût sauver la république. L'armée libératrice marcha sur Pasco au mois de juillet, Le général Sucre était chef d'état-major. L'armée patriote entrait en campagne forte d'environ 9,000 hommes; l'armée active des royalistes, commandée en chef par Canterac, l'était d'environ 9,200. J'ai déjà parlé des batailles de Junin (G août) et d'Ayacucho (9 du même mois) gagnées, l’une par Bolivar en personne, l'autre par le général Sucre; toutes deux furent décisives, et eurent pour résultat l'occupation rapide de toutes les provinces que les royalistes retenaient encore, et la prise de Callao
12 janvier 1826), seule place qu'ils eussent conservée, brisa le dernier anneau de 13 chaine qui avait si longtemps retenu dix-sept millions d’Américains sous la dépendance de la monarchie espagnole.
Dans l'intervalle, considérant combien les manières, les usages et même la langue de la majorité des habitants du haut Pérou difiéraient de ceux des provinces du Rio de la Plata, la république Argentine, avec au'ant de générosité que de justice, avait fait le sacrifice de ses droits sur des territoires à la liberté desquels elle avait si puissamment concouru; et, dans une assemblée générale de députés, convoquée à Chuquisaca, au mois d'août 1825, le haut Pérou avait été déclaré indépendant sous le nom de Bolivie.
Le libérateur avait résigné ses pouvoirs entre les mains du congrès du bas Pérou, assemblé à Lima le 10 février de la même année (1825). A la prière des Limeños, il les retint pourtant avec une répugnance apparente ou réelle (qui oserait prononcer ?), et partit bientôt pour Chuquisaca ; sa marche vers le pays qui venait de recevoir son nom ne fut pour lui qu'un triomphe. En mai 1826, il proposa et fit accepter au congrès de Bolivie la constitution qu'il avait rédigée pour la nouvelle république; mais il fut trompé dans l'espoir de la faire accepter au Pérou, où elle était impopulaire, et où l'on commençait à se faliguer de la présence des troupes colombiennes, dont les habitudes ne sympathisaient point avec celles des Péruviens. Une opposilion modérée d'abord se traduisit bientôt ei une conspiration contre la personne du libérateur. Les Péruviens, qui n'avaient plus caché leurs sentiments après le départ de Bolivar, déclarèrent ouvertement, en mars 1827, que la constitution bolivienne leur avait été imposée et qu'à un congrès général seul, et non pas à de simples colléges électoraux, appartenait le droit de déterminer la forme de gouvernement qui convenait au pays. Un nouveau congrès fut assemblé à Lima le # juin; on y mit dédaigneusement de côté la constitution bolivienne; le général La Mar fut nommé président de la république du Pérou; ct, à la suite d'une imprudente déclaration de guerre du Pérou à la Colombie, l'armée péruvienne osa entrer, en 1828, sur le territoire colombien, où, le 25 février, elle fut complétement battue et presque détruite par Bolivar à Tarqui, près de Jiron, dans la province de Quito. Cette action mit fin à ia guerre, terminée dès lors par un traité qui fit Le plus grand honneur à la modération et à l'équité du vainqueur,
Cette levée de boucliers ne fut pas le seul tort des Péruviens envers le libérateur; car, avant cette époque, ils avaient offert leur appui à un parti anti-colombien qui, soutenu par eux, attaqua le général Sucre, élu président de la Bolivie, en 1826, par la volonté du peuple. Après s'être défendu en vainqueur d'Ayacucho, ce héros, enfin obligé de céder au nombre, partit pour le Callao, d'où il retourna auprès de Bolivar, sans tirer des Péruviens d'autre vengeance que celle de leur dicter un peu plus tard, après leur défaite à Tarqui, les conditions équitables et modérées du traité de paix dont je viens de parler,
Pendant longtemps le général Santa-Crux nourrit le dessein de réunir la Bolivie et le Pérou dans une confédération, à l'effet 1° de combattre cette idée de séparation et de morcellement qui trop souvent avait présidé à la formation des nouveaux États américains, et 2 de procurer à la Bolivie, par cette jonction des deux pays, les issues qui lui manquent presque complétement sur l'Océan Pacifique. L'hostilité déclarée du Chili vint comprimer l'élan de Santa-Cruz, et les dissensions intérieures empéchèrent l'examen de ce projet.
Depuis l’année 1844 le Pérou jouit, comparativement, d’un état de calme qui tourne au profit de son bien-être matériel. Le commerce du Guano prend des développements immenses. En 184%, on expédiait 15,837 tonneaux de cet engrais; en 1850, l'exportation s'élève à 128,128 tonneaux représentant une valeur de 3,8:5,640 piastres.