ÉTATS DE GUATEMALA CONFÉDÉRATION DE L'AMÉRIQUE CENTRALE
Je voulais, en quittant le Pérou, pénétrer dans l'Amérique du Nord par l'un des ports de la Confédération mexicaine : un caboteur se rendait à Acapulco, je m'embarquai avec lui. La traversée fut d’abord heureuse ; mais assaillis par un coup de vent à la hauteur du Nicaragua, nous fûmes obligés de chercher un abri dans le port de Realcjo.
Realejo, située au fond du havre de Cardon, est peuplée de métis presque tous artisans, forgcrons, calfats ou charpentiers employés au radoub des navires «ui viennent s'y abattre en carène. D'excellents bois de construction, des chantiers actifs, des manufactures de toile à voile, forment la plus grande richesse de ce port, dont l'importance est plutôt maritime que commerciale, Du reste, rien, dans l'aspect des lieux et de la population, n’était nouveau pour moi. La conquête espagnole, en passant sur le Nouveau-Monde, semble lui avoir donné une physionomie uniforme. Partout le croisement des races entre les vainqueurs et les vaincus à créé ce type cuivré, que l’on retrouve avec toutes ses nuances depuis le Mexique jusqu'au Chili, type que modifient, sans l'altérer beaucoup, tantôt le régime hygiénique, tantôt les différences de température.
La ville de Realejo date des premiers jours de la conquête, Elle fut fondée en 153% par quelques compagnons d'Alvarado, qui, dans leur marche vers le Pérou, ayant rencontré sur les bords de ce havre un emplacement convenable, s'y établirent en se séparant du gros de la troupe, C'est à peu de distance de Realejo que s'étend le lac de Nicaragua, moins remarquable peut-être par lui-même que par les projets qu'il a fait naître. Le lac de Nicaragua, l'un des plus grands de l'Amérique centrale, a cinquante lieues de l'E, à l'O, sur trente lieues du N. au S.: sa profondeur moyenne est de dix brasses avec un fond de vase, excepté sur les bords où le fond est de sable blanchätre.
Ce lac abonde en poissons qui suffisent à la consommation des villes voisines. Une multitude d'îles s'y élèvent, comme autant de corbeilles vertes ou fleuries , et lui donnent l'aspect le plus pittoresque et le plus vivant, Quoiqu'une multitude de ruisseaux se jettent dans ce vaste bassin, et que la petite rivière de San Juan en soit le seul déversoir, on a remarqué, comme un singulier phénomène , qu'à aucune époque de l'année il n'y a ni crue ni décroissance dans les eaux du lac, qui gardent toujours le même niveau. La véritable importance de ce bassin est moins dans son étendue que dans un plan de jonction des deux Océans, par son intermédiaire.
Ou sait combien d'esprits positifs et d'imaginations ardentes ont, de nos jours, rôvé le projet gigantesque de couper par un vaste chenal cette langue de terre qui forme le chainon d'attache des deux Amériques, combien d'industriels ou d'ingénieurs ont cherché à réaliser ainsi la jonction de l'un et de l’autre Océan. Upérer cette jonction, serait résoudre en effet le plus grand problème maritime et commercial que les hommes poursuivent depuis qu'ils ont renoncé à percet l'isthme de Suez, Il est done utile de l’envisager dans sa généralité.
Parmi les divers points sur lesquels on a tour à tour dirigé des enquêtes savantes, il en est cinq qui plus que les autres ont fixé l'attention des ingénieurs et des hydrographes : l'isthme de Darien, celui de Panama, l'isthme de Tehuantepec, la baie de Honduras, et enfin le lac de Nicaragua.
L'isthme de Darien, traversé dans presque toute son étendue par le fleuve Abrato ct par son affluent le Naïpi, navigables tous deux, semble un lieu propice à ces travaux de jonction qui uniraient Cupica dans la mer du Sud à Porto-Bello et à Carthagène. Ce projet, étudié soigneusement par M. de Humboldt, et repris, il y a deux années, par l'ingénieur suédois M. Greiff, est plein d'avenir.
Quant au percement de l'isthme à Panama mème, M. de Humboldt donne l’une des raisons qui s’y opposent : « L'élévation du terrain, dit-il, forcera l'ingénieur à avoir recours, soit à des galeries souterraines, soit au système des écluses. Par conséquent, les marchandises destinées à passer l’isthme de Panama ne pourront ètre transportées que dans des bateaux plats, incapables de tenir la mer. » Un autre obstacle non moins sérieux serait l'absence complète d'un bon mouillage pour les navires à Panama, et surtout dans l'Atlantique, à l'embouchure du rio Chagres.
C'est encore à M, de Humboldt que l'on doit un plan de canalisation de l'isthine de Tehuantepec qui, arrosé par trois fleuves, sembla de prime abord favorable au projet : le pays était excellent, le climat très-sain, la population suftisamment active; mais on a reconnu que le Chipa, principal courant d'eau, n'était praticable, même pour les pirogues, que pendant la saison des pluies, D'un autre côté, la navigation par la mer des Caraïbes et le golfe du Mexique est redoute des bâtiments qui viennent d'Europe où de l'Amérique septentrionale, Toute cotte région manque de ports, et l'on s'est borné avec raison, en 1851, à établir une bonne route entre la partie du rio Huasacualco, qui cesse d'être ravigable et les lagunes de Tehuantepec.
Les montagnes qui séparent le Hunduras et son grand fleuve le Motagua de l'océan Pacilique, présentent une barrière insurmontable pour un canal maritime.
Reste done à examiner le système de canalisation du lac de Nicaragua. M. Michel Chevalier a bien exposé, dans un travail publié en 18%% par la Revue des Drux- Mondes, les objections que ce projet soulève, et que de récentes études ont conlirmées, Un magnifique cours d'eau, le San Juan, met le lac en communication avec l'Atlantique ; le lit du fleuve à reçu des améliorations qui permettent de le remonter, et de traverser le lac. Depuis deux ou trois ans, un service de bateaux à vapeur est organisé pour le transport des passagers, quoiqu'il y ait parfois sur cette petite mer des coups de vent d’une grande violence; mais il faudrait percer la muraille qui existe entre le lac de Nicaragua et l'océan Pacifique, puis, arrivé jusqu'à la mer, trouver un bon port, el il n'y en a pas. Des modifications ont été apportées à ce plan primitif : des projets secondaires , jusqu'au nombre de sept, ont été proposés, Aucun d'eux n'a, il parait, de valeur réelle, puisque tous ont été abandonnés, et que, pour le moment, les systèmes de canalisation ont fait place à une entreprise plus modeste et plus facile : l'établissement d'un chemin de fer. Une compagnie américaine jette dans sa partie la plus étroite de l'isthme une voie ferrée qui, partant de l'île et de la ville de Mauhanilla sur la baie 1e Limon, arrivera en droite ligne à Panama par Gatun et Gorgona. Les ingénicurs s'accordent à reconnaitre l'excellence de ce tracé, les travaux touchent à leur terme; et bientôt, en attend t que le même navire porte à pleine voile sts marchandises de l'un à l'autre "7, la vapeur sera l'intermédiaire qui faci'itera les communications de l'industrieuse Europe avec les riches contrées des cêces oricntales de l'Asie.
Ces considérations, inspirées par le lac de Nicaragua et par les vastes plans qu'il a vus naitre, nous ont un peu éloigné de Realejo. Un séjour de vingt-quatre heures suffit à notre caboteur pour s'y ravitailler; mais, au lieu Ce pousser jusqu’à Acapulco, comme cela était convenu entre nous, il me sigailia qu'il allait rebrousser chemin vers Panama. Que faire? J'avais cru abréger ma route, en abordant au Mexique par l’ouest; je me voyais forcé de change: mon itinéraire, de retourner vers l'isthme pour gagner ensuite par terre Porto-Bello, d'où je
pourrais m'embarquer sur un navire à la destination de Vera Cruz. Je pris ce parti, et dans les deux mois de retard que me valut ce changement de direction, je mis en ordre mes notes sur l'État de Guatemala que je n'avais fait qu’entrevoir,
Dans les premiers âges de son existence connue, le royaume de Guatemala tira son nom du mot guanhtemali (Vieux tronc pourri), parce que les Mexicains qui guidérent Alvarado vers le roi des Kachiquels, maitre de la contrée, trouvérent, près de l'endroit où il tenait sa cour, un arbre que l’âge avait usé et fendu, Le nom en demeura à la capitale que fondèrent les Espagnols.
Cette région favorisée appartenait autrefois à divers peuples, gouvernés chacun par leurs chefs et constamment en guerre les uns avec les autres. De là vient aujourd'hui encore la confusion de dialectes qui règne dans cet État. Toutes ces tribus, d'origine, de langues, de mœurs, de costumes divers, ne s'accordent que sur un seul point, le catholicisme. C'est la seule unité que l’on retrouve au milieu de tant de contrastes.
Aujourd'hui cinq républiques, dont la principale est encore le Guatemala, occupent l'étendue de l’isthme, Lorsque le Mexique eut secoué le joug de l'Espagne, les provinces de l'Amérique centrale se proclamèrent à leur tour indépendantes. Le dictateur du Mexique, [turbide, fut nommé protecteur de l'isthme ; puis une condération unit, de 182% à 1839, les cinq républiques sous le nom de Guatemala. Des discordes survinrent, la guerre civile agita pendant trois ans l'État fédéral, enfin il fallut se séparer et proclamer l'indépendance réciproque des provinces, Les cinq républiques sont : Guatemala, Costa-Rica, Nicaragua, Hondur:s et Salvador.
i° Guatemala. — Treize districts ou provinces composent cette république d'une étendue de #,500 lieues carrées, et peuplée de 560,000 habitants. Bornée au N.et au N.-0. par les États-Unis mexicains, au S. par l'Océan Pacifique et à l'E. par la baie de Honduras et la mer des Antilles, elle ne touche que par le SE. aux deux états de Honduras et de Salvador.
Le gouvernement de Guatemala est démocratique, électif et représentatif, La religion catholique est la religion de l'État, Les pouvoirs suprèmes y son confiés 1° à un président élu par la nation; 2° à une chambre de représentants élue par les districts; 3° à une cour suprème composée de sept membres nommés aussi à l'élection, et qui régit les tribunaux de cantons et de districts : cest ainsi que sont représentés le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire.
Nueva Guatemala est située sur un plateau que recouvre une brillante végétation. Bâtie en 1772, quand les éruptions de deux volcans voisins eurent détruit en grande partie Guatemala l'Antigua, la capitale moderne est coupée d'une facon régulière, avec des rues tirées au cordeau, Les maisons, à un seul étage à cause des tremblements de terre, ont comme attenances des jardins, des cours et des terrasses; presque toutes sont desservies à l'intérieur par une eau vive que des aquedues amènent dans la ville et dans les faubourgs. Toutes ces enr-
constantes donnent à Guatemala un aspect d'ordre, d'élégance et de propreté, Autour de la grande place, sont les plus beaux édifices de Nueva Guatemala, avec leurs péristyles réguliers et à colonnades. Du côté de l'est se trouve l'entrée principale de l'église métropolitaine, avec le palais archiépiscopal à sa droite et le collége des Infantes à sa gauche. Dans le centre de la place, on remarque une bolle fontaine en pierre, dont l'eau arrive de deux lieues de distance, La cathédrale, quoique petite, et inachevée, est d'un assez joli style, D'autres églises, celles du Panthéon et de Sainte-Thérèse, un amphithéâlre en pierres destiné au combat des taureaux, et plusieurs autres édifices, complètent cet ensemble de constructions qui est d'un très-bel effet, Sous le rapport intellectuel, Nueva Guatemala n’est pas moins avancée : elle compte plusicurs instituts littéraires, parmi lesquels il faut citer l'Université, l'Académie des beaux-arts, la Société économique , la bibliothèque publique, le cabinet d'histoire naturelle et le musée d'anatomie,
Les habitants de Guatemala sont en général doux, affables, hospitaliers, mais en revanche mous et indolents. Les ouvriers ÿ sont intelligents et habiles, surtout dans la sculpture, dans l’orfévrerie et dans la lutherie, On à vu des ouvragis de sculpteurs distingués s'exporter non-seulement pour Mexico, mais encore pour l'Europe où ils obtiennent les suffrages des artistes.
2 Costa Rica. Le territoire de cette république est d'une étendue de 2,240 licues carrées ; sa population dépasse 100,000 âmes, dont 90,000 blancs et 10,000 Indiens. La république est souveraine, libre et indépendante, Parmi les devoirs que la constitution impose aux.ciloyens, il est un article qui recommande d'être hospitalier ; un autre porte qu'à partir de 1853, pour jouir de ses droits de citoyen, il faudra savoir lire et écrire ; entre autres dispositions qui font perdre les droits civiques, nous citerons l'ingratitude envers ses père et mère, l'abandon de sa femme et de ses enfants, ou la violation notoire des obligations imposées par la famille, La religion cat'lique est la religion exclusive de la république ; aucun autre culte n'y est salarie. Par une déclaration solennelle du 30 août 1848, Costa Rica à pris le titre de nation souveraine.
3 Nicaragua. Celle république, sur une étendue de 3,500 licues carrées, compte 350,000 habitants, Des dissensions civiles ne cessent de l'agiter. Depuis 1348, ses démèlés avec l'Angleterre ont une certaine gravité, en raison des conséquences qu'ils peuvent avoir. Les Anglais se sont emparés du port de Saint- Jean de Nicaragua, sous le prétexte que l'extrémité orientale de cet État fait partie du royaume des Mosquitos, dont ils sont protecteurs depuis le règne de Charles I. Ce port Saint-Jean est situé tout près de l'un des exdroits où l'on à projeté le canal de jonction de l'Océan Pacifique avec l'Atlantique.
4 Honduras. Cet État est le plus étendu des cinq républiques de l'Amérique centrale; sa population dépasse 400,000 habitants. IE est riche en produits de toute espèce, maïs, raisin, cacao, coton, café, ete., et renferme de vastes et excellents pâlurages; ses montagnes recèlent de nombreuses mines d'or et d'argent,
et dans les plaines ainsi que sur le bord de la mer s'élèvent quelques villes qui ne sont pas sans importance : la capitale, Comayagua ou Valladolid, à un évèché, une belle église et un collége, plusieurs couvents et un riche hôpital. Sa population est de 18,000 âmes. Le principal port est Omoa, situé au pied des Andes, Truxillo, ville fortifiée, est bâtie au bord d'un lac où nous retrouvons comme un souvenir de l'antique fable de Délos; on dit que des îles flottantes, couvertes de gros arbres, y changent de place au gré des vents. Enfin Copan, simple bourgade, atteste par des pyramides, des portiques et des sculptures, une splendeur et une civilisation qui ont disparu.
5 El Salvador, limitée au N., à l'E, et à l'O. par les États de Guatemala, de Honduras et de Nicaragua, au sud par l'Océan Pacifique; cette république n'a que 1,000 lieues d'étendue et une population de 100,000 âmes. La participation de Salvador aux troubles de Guatemala, ses efforts pour reconstituer une alliance fédérative avec Honduras et Nicaragua, ses démêlés avecl'Angleterre qui la bloque depuis novembre 1850, voilà le résumé de son histoire politique.
Tel est l'aspect statistique et géographique de l'ancienne Confédération de Guatemala, Il serait fort difficile de démêler, au milieu des traditions orales, confuses et incohérentes, ce qu'il était avant les jours de la conquête. On croit pourtant que la contrée eut pour premiers maîtres des Indiens venus du Mexique, et qui, une fois établis sur le territoire, s’y fractionnèrent en quatre nations distinctes avec leurs chefs et leurs gouvernements : les Quichés, les Kachiquels, les Zutugiles et les Mans. Des guerres sanglantes ne tardèrent pas à naitre entre ces diverses peuplades ; elles duraient encore à l’arrivée des Espagnols.
Dans ces jours de sauvage ct belliqueuse indépendance, les indigènes n'étaient pas, comme on les voit aujourd'hui, incultes, chétifs, abâtardis. La civilisation chrétienne , qui les a soumis à l'obéissance, semble avoir nui à leur développement, En voyant aujourd'hui cette race si déchue, on a peine à croire qu’en d'autres temps elle ait pu bâtir des cités si vastes et si bien défendues, des palais si magnifiques, des ouvrages construits avec art, comme ceux dont les vestiges subsistent encore, De nos jours, le plus grand luxe des riches Indiens consiste en un logement à plusieurs pièces irrégulières et mal disposées, et leur code de lois ne se compose guère que de traditions demi-sauvages, amalgame étrange de paganisme et de la loi chrétienne. C'est pourtant ce même peuple qui à construit Utatlan, Mixco, le grand cirque de Copan, son hamac de pierre et la caverne de Tibulca. Quand on remarque presque sur tout le globe ce déptrissement graduel et général de toutes les races noires ou cuivrées au moment où elles se trouvent en contact avec la race blanche, on ne peut plus considérer ce fait comme une circonstance isolée et fortuite que les vainqueurs auraient pu empêcher ou qu'ils auraient fait naître ; il faut y voir ce doigt providentiel du progrès, qui introduit peu à peu dans le monde des éléments nouveaux pour une œuvre nouvelle, et qui ne peut fonder la civilisation de la race blanche que sur l'extinction ou la fusion lente des races noires ou cuivrées,
On ne peut nier, toutefois, qu'une sorte de riche et grande civilisation ne régnât parmi ces peuplades du Nouveau-Monde, au moment où elles furent atteintes par la conquête. Dans la forme de gouvernement, on connaissait la succession au trône par ordre de primogéniture, mais avec survivance acquise au frère cadet, de manière à ce que la couronne ne fût jamais exposée à tomber entre des mains inhabiles. Le conscil suprème de Quiché était composé de vingt-quatre seigneurs, avec lesquels le roi délibérait sur les affaires de l'État. Ces conseillers étaient investis de grands priviléges; ils avaient l'honneur de porter sur leurs épaules le fauteuil royal quand le monarque quittait son palais. L'administration de la justice et des revenus publics était dans leurs attributions, Leur puissance se trouvait ainsi fort grande; mais elle avait pour contre-poids une tout aussi grande responsabilité. A la moindre faute ils étaient sévèrement punis.
Ces peuples avaient des lois pénales auxquelles le souverain lui-même n'échappait pas. Convaineu de cruauté et de tyrannie, le roi pouvait être déposé par les «haguaes (premiers nobles), qui tenaient à cette occasion un conseil solennel et secret ; d’autres fois, on se contentait de confisquer les richesses du roi flétri, pour les donner à son successeur.
Si les ahaguacs se rendaient coupables de quelque crime d’ État, d'un complot ou d'une malversation, on les condamnait à mort, et leurs parents étaient vendus comme esclaves. Tout crime contre le roi ou contre les libertés publiques était puni de la même manicre, la mort, la confiscation, et l'esclavage des proches. Les voleurs étaient condamnés à payer la valeur des objets dérobés, plus une amende; s'ils tombaient en récidive, l'amende était doublée ; au troisième délit, on les condamnait à mort, et ils étaient exécutés, à moins qu'un homme puissant ne les rachetät; au quatrième, ils étaient impitoyablement précipités du haut d’un rocher. Le rapt était puni de mort, l'incendie aussi, et comme les incendiaires passaient pour les ennemis du pays, le feu n'ayant pas d'action limitée et pouvant brûler une ville quand on ne voulait brûler qu’une maison, toute la famille du coupable était bannie du royaume. Celui qui se soustrayait à l'autorité de ses maîtres payail une amende la première fois, et la seconde il subissait la peine capitale. Le vol des choses saintes, Ta profanation des temples, entrainaient la mort du coupable, l'infamie de sa famille, Une loi assez singulière était celle qui autorisait un jeune homme, désireux de prendre sa femme dans une maison, à payer cette alliance à l’aide de services dome stiques pour un temps limité, et de présents faits aux parents de sa future. Si, le temps d'épreuves une fois écoulé, on lui refusait la jeune fille, les parents étaient tenus de rendre ses présents au jeune homme et de le servir à leur tour aussi longtemps qu'il les avait servis. Cet usage se retrouve identiquement le même dans l'archipel malais.
Considérées dans leur ensemble, ces lois sont sages en grande partie, justes quoique sévères, logiques quoique entachées de cruauté, Parmi les coutumes
qui portaient l'empreinte de cette justice sauvage, il faut citer surtout la manière dont on cherchait à s'éclairer sur la vérité d'une accusation. Si le prévenu avouait son crime, on l'exécutait à l'instant même; s'ille niait, il était mis à la torture. On le dépouillait de ses vêtements; puis, après l'avoir suspendu par les pouces, on le fouettait d'une manière cruelle.
Les Indiens de ce temps portaient divers costumes qui indiquaient leur rang et leur fortune. Les nobles seuls pouvaient avoir un vêtement de coton blanc marqueté de diverses couleurs. Les cheveux, fort longs, étaient tressés et retenus par derrière. A leur extrémité figurait une ganse, signe distinctif des chefs militaires. Sur les épaules se jetait un manteau blanc orné de figures d’oiseaux, de lions, et autres décorations de cordelettes ou de franges. Les orcilles et la lèvre inféricure toujours percées recevaient, comme parure, des pendants d'or et d'argent ayant la forme d’une étoile : les insignes d'une charge et d'une dignité se portaient toujours à la main. L'habillement des Indiens modernes est au contraire simple et pauvre. Deux pièces de même étoffe leur servent, l'une de ceinture, l'autre de turban. Quelques Fndiens de la côte sud ont adopté ce costume, mais dans ce canton le plus grand nombre ne portent guère que le #43tate, qui est leur langouti ou calimbé,
La physionomie des indigènes de Guatemala différe peu de celle des races primitives de l'Amérique; et, quoique séparées entre elles par la langue, les tribus se rapprochent par le type.
Le nombre de leurs dialectes est fort considérable, et nul État du Nouveau- Monde n'en offre une aussi grande variété. C'est une confusion dont il est difficile de se faire une idée. Dans l'État seul de Guatemala, on compte vingt-six idiomes, dont les radicaux offrent de grandes différences,
A cette esquisse sommaire et rapide se bornent les traits saillants de l'État de Guatemala. Il existe, d'ailleurs, entre ce pays et le Mexique de tels rapports archéologiques, ethnologiques et historiques, que le tableau de Guatemala peut être considéré comme un simple avant-propos à celui des provinces mexicaines,